Mar 272010
 

Ca fait quelques temps que je me dis que je vais écrire un billet sur le sujet. Et quelques temps que je me dis que non, ça ne sert pas à grand chose et que je vais perdre mon temps (et vous faire perdre le votre) en écrivant sur un sujet qui a déjà fait couler tellement d’encre (je pourrais dire qui a fait transiter tellement de bytes, mais je trouve que la vieille expression est bien plus jolie).

Mais au final, l’annonce du lancement de la plateforme Izneo (est ce une référence à celui qui voulait devenir calife à la place du calife ?) m’a décidé à écrire un billet sur les TOD et plus largement sur le marché des Trucs numériques.

Parce que j’ai un peu l’impression que bien souvent, les sociétés de contenu, on va dire, partent du principe que On Demand ça veut dire ‘on va vous prendre pour des cons et s’en mettre plein les poches’.

Je prend un exemple. La série The Mentalist, diffusé sur TF1. Je n’ai pas regardé les épisodes en diffusion le mercredi soir. (j’aime regarder les épisodes dans l’ordre, déjà que la VF …) J’aurais pu les enregistrer puis les remettre dans l’ordre mais j’y ai pas pensé. Mais bon, je me suis dit, je vais voir si je peux pas les regarder en VOD. Je vais donc sur le site de TF1 et là… j’hallucine complet. Un épisode va me couter 1,99 euros. Et je pourrais le voir à volonté pendant 48h. Après, plus rien.

Donc je fais le calcul. 23 épisodes pour la saison 1. soit la totalité de la saison pour 46 euros. Pour simplement pouvoir les regarder pendant 48 heures chaque épisode. Alors que sur amazon, j’ai le coffret DVD complet, pour 35 euros. Et avec des vrais DVD que je peux regarder autant que je veux, quand je le veux (même dans 3 ans) et que je peux prêter à mes amis. Alors qui va acheter de la VOD TF1 ?

Et pour izneo, c’est le même principe. 2 euros (1,99 mais bon allez, arrêtez de chipoter), pour pouvoir lire une bd pendant 10 jours ? Et après plus rien… Alors j’aime beaucoup les livres et j’adorerais les lire en numérique mais faut pas non plus déconner. 2 euros, (voir un peu plus, mais plus que la moitié du prix physique), c’est le prix que je serais prêt à payer pour une édition numérique de BD que je pourrais conserver, ad vitam. Sachant qu’en plus si j’aime je vais acheter la version papier. Mais que même si je n’achète pas la version papier, 2 euros une version numérique (voir un peu plus), ça ne me semble pas être un tarif qui va faire vendre père et mère au maisons d’éditions. Mais deux euros pour un truc lisible pendant 10 jours, sérieusement non. A 50 cents ok, ça me permet de lire une première fois pour savoir si je veux vraiment l’acheter puis de l’acheter. Mais plus.. Faut pas déconner. ( A ce point de ma diatribe, je pense que je dois préciser que je suis un gros consommateurs de bouquins, j’ai un budget mensuel bouquin compris entre 60 et 120 euros et qui monte parfois à 150 euros, donc oui des bouquins j’en achète, sans arrêt, en fait au vu de mon compte en banque, je dirais même que j’en achète trop. Voilà, la précision est faite.)

En fait, je ne comprend vraiment pas comment réfléchissent les vendeurs de TOD… parce qu’on le sait tous qu’hormi les couts d’infrastructure pour gérer les augmentations de charge (les serveurs, la bande passante tout ça), une fois le cout de production du TOD amorti, le prix de vente n’est plus que marge brute.

Donc pourquoi faire des prix aussi élevés ? Et après venir râler que les plateforme ne décollent pas ?

Pourquoi ne pas proposer des prix adéquat, qui allongeront, il est vrai, au départ, le temps de rentabilisation du TOD, mais permettront de vendre plus..

Je sais pas, ça me semble plus logique de vendre 50 000 TOC à 50 cents l’un que 1000 à 2 euros l’un. Mais peut-être que c’est pas logique et qu’il vaut mieux vendre 1000 à 2 euros. Ou alors peut-être que les vendeurs de TOD pensent qu’on est tous des salauds qui ne cherchent qu’à avoir des trucs gratuits et que donc moins cher, ça se vendra pas mieux et qu’il vaut mieux mettre un bon coup de bambou derrière le crane de ceux qui achètent que de tenter de se dire que moins cher, les gens achèteront plus… (A mais là, ça voudrait dire qu’il faudrait un peu faire confiance au consommateur…. c’est sur)
Je ne comprends pas non la volonté de vouloir rendre le TOD périssable. Pour le plaisir d’emmerder ses clients ? Par vieux réflexe d’économie de la rareté en espérant que comme ça, le gentil client qui a acheté une fois sa bd ou son épisode de série, si il veut le revoir ou le relire dans 30 jours, il va le racheter à nouveau ? Sérieusement, pourquoi ?

Enfin, une piste qui est très peu explorée, c’est celle qui a été mise en place par spotify. Pourquoi pas un tarif mensuel avec un accès illimité à des ressources juste en consultation. C’est une idée trop bien pour qu’elle soit mise en place ? Parce que bon, mais si izneo ils me disent :’pour 10 ou 12 ou 14 euros par mois, tu peux lire autant de bd que tu veux’, mais je signe tout de suite et pour longtemps. Et là, ça n’a pas d’importance que si j’arrête mon abonnement à un moment ou un autre, je me retrouve une main devant, une main derrière, parce que pendant les X mois pendant lesquels j’aurais souscrit un abonnement, j’en aurais lu des bouquins. Et ceux qui m’auront vraiment plu, je les aurais même achetés, pour les avoirs, là, en vrai.

Alors après y a les gens qui vont dire ‘ouaip mais si les gens paient 10 ou 12 euros par mois pour lire autant qu’ils veulent, ils vont plus acheter de truc’. Ha ? Ha .. Tiens c’est étrange, je m’étais pas rendu compte que les bibliothèque, les vraies, celles où après s’être inscrit, on peut lire autant de livre que l’on veut et même les ramener chez soi pendant quelques temps, je ne m’étais pas rendu compte que ces lieux de perditions étaient en train de détruire l’économie du livre… Parce que bon, mon histoire de ‘licence globale’ sur un catalogue, c’est un peu ce que mette en place les bibliothèques, depuis des années. Et parfois même, l’inscription est gratuite…. vous vous rendez compte ?

Enfin, je vais arrêter de tirer à boulet rouge sur les vendeurs de TOD ou de Truc en format numériques. Mais bon, ça finit par énerver parfois de les voir pleurer encore et encore parce que les gens achètent pas, de les entendre chouiner que si ils achètent pas c’est parce qu’ils piratent et puis après de voir que quand on veut acheter un truc, on est pris pour des dindons.

Et bien entendu, je généralise. Il y a plein d’initiatives, plus qu’excellentes, comme in libro veritas qui propose différentes licences sur les bouquins (vive les créatives commons) et des pdf gratuits.

Ou Au diable vauvert (oui je sais, je les aime bien, mais bons, ils proposent des tellement bon bouquins) qui a proposé l’intégralité de Jpod, gratuitement, à travers son application Iphone. Et je suis sur que les ventes de Jpod n’ont pas été moins bonnes que les ventes de leurs autres bouquins, ‘malgré’, cette mise à disposition de l’oeuvre. Il faudrait leur demander (@audiablevauvert, je te pose une question 🙂 ), mais je suis prêt à leur payer un coup à boire si je me trompe.

Ce passage au numérique permet à mon sens d’imaginer tellement de nouvelles façons de proposer du contenu, de la culture, que je trouve triste à pleurer la non inventivité des vendeurs de TOD ou assimilés… Espérons qu’un jour cela change. (et les réductions sur le support physique quand on a déjà acheté la version numérique, hein … ou les contenus ‘en plus’ dans les versions numériques, voir des ‘clefs’ dans les contenus physiques pour ouvrir des contenus numériques…)

  8 Responses to “Réflexions sur les TOD (Truc à la demande)”

  1. Pour jPod tu pressens bien : c’est une des meilleures ventes de Coupland en grand format. Impossible bien sûr de déterminer si nous avons “perdu des ventes” avec la mise à disposition, mais j’ai tendance à croire que dans l’ensemble elle en a plutôt généré. Cela dit, le gratuit qui génère l’achat, rien de neuf : on a tous lu des BD dans les journaux et ça ne nous a pas empêchés d’acheter ensuite les albums qu’on aimait bien.

    • en fait je voulais reply à ton commentaire et j’ai reply à mon billet …
      parfois, je fais n’importe quoi. La réponse à ton commentaire est donc , dans mon commentaire en dessous 🙂

  2. Merci de ta réponse, rapide en plus.

    Et qui va dans mon sens (pour la peine, le jour où l’on se croise, je te paierai quand même un coup à boire)

    Pour le gratuit, je suis tout a fait d’accord avec toi. Et concernant les bd, j’en donnerais un autre exemple. On a tous lu des BD, assis dans un rayons de la FNAC ou des grand supermarchés, et pourtant.. on les a acheté après les BD.

    En fait, au dela du simple gratuit, je pense que c’est tout simplement soit le contenu de qualité, soit un modéle économique basé sur l’abondance et non pas la rareté qui fait vendre.

    Je suis même pret à parier que si vous lanciez une appli ipad par exemple, en mettant en place un modele d’abondance. (du style X euros par mois pour un accés illimité en lecture du catagloque diable vauvert, avec un système de rewards pour les vétérans du style 1 bouquins offert tout les 8 mois d’abonnement, ça marcherait du tonnerre (et si vous faisiez du poche, je suis sur que ça marcherait encore plus) )

    On prend les paris ? (et tiens, d’un point de vue pro, je suis même sur qu’on pourrait trouver un accord business pour qu’on vous dev le truc).

  3. […] This post was mentioned on Twitter by Jean-Michel ARMAND, Jean-Michel ARMAND. Jean-Michel ARMAND said: [BLOG] 2 billets : Izneo plateforme de BD-On Demand http://2tu.us/1vls et http://2tu.us/1vlt réflexions sur les plateformes de On Demand […]

  4. Au delà de l’exemple de la bibliothèque, il y a l’exemple plus commercial des cartes illimités de cinéma. Il y a avait le même genre de peur, les gens vont y aller tout le temps ça va être la ruine. Au final, en moyenne global ça leur fait un ticket de ciné à 6 euros, donc pas du tout à perte.
    Et de la même manière, il y a la version papier à acheter en plus si on a vraiment aimé comme le dvd pour le ciné (qui devait lui aussi ruiner tout car à quoi bon aller au ciné qd on a cette superbe qualité sur dvd…)

    • l’exemple des cartes de ciné est tout à fait excellent. en écrivant l’article j’y ai pas pensé …

      Mais c’est vrai que c’est un exemple de plus de la réussite des business models basé sur l’abondance.

  5. Excellent billet, je discute régulièrement avec des éditeurs de BD pour aborder ce sujet et les réactions sont souvent crispées et crispantes. “Il ne faut pas habituer les gens au gratuit” me répond-on régulièrement ! Comme si le gratuit était ennemi de la culture ! La culture c’est gratuit par essence, ce qu’on paye, c’est le moyen d’y accéder d’une manière ou d’une autre. Si je veux lire un livre, voir un film ou écouter un disque, j’ai le droit de l’emprunter à une bibliothèque ou à un copain. L’apparition de la radio a boosté les ventes de disques non ? Mais les éditeurs sont comme ça, ils ont la trouille. Je peux le comprendre, plus on gère une grosse société, plus les prises de risques sont… risquées. D’où la nécessité de discuter, de collaborer avec des lecteurs, des libraires et des auteurs. Comme ce n’est pas ce qui est fait, le syndicat des auteurs de BD a lancé une pétition la semaine dernière, qui a récolté plus de 900 signatures, dans laquelle il est annoncé que les auteurs bloqueront la diffusion de leurs œuvres sur support numérique tant qu’un groupe de travail auteurs/éditeurs ne sera pas mis en place sous l’arbitrage du ministère de la culture.
    http://www.appeldunumerique.com

    • a trop être frileux, on finit par se prendre les pieds dans le tapis. Je veux bien qu’il soit difficile pour des grosses boites de simplement ‘bouger’ mais quand même. (d’ailleurs en parlant d’immobilisme, il serait quand même temps d’harmoniser la TVA sur les oeuvres numériques avec celle sur les oeuvres non numérique..)

      L’idée du groupe de travail et du collectif d’auteur n’est pas mauvaise (pour ne pas dire très bonne), en espérant que ça fasse avancer les choses.

      (et au fait, si je ne me trompe pas, très bon boulot pour Lincoln)

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