Dec 282012
 

Cela fait longtemps qu’écrire quelque chose sur le sujet me titille. Mais c’est à la fois un sujet personnel, trollifére et pas forcément intéressant. Mais Exirel, avec son petit billet publié sur blog2rolistes a été le billet qui a fait débordé le vase.

Je vais donc faire un billet #troll, un billet plein de vieux con qui râle parce que c’était mieux avant et que maintenant tout fout le camp et s’en va à vau-l’eau.

Donc mon billet parlera de ce que c’est, à mon avis, être geek et du fait que ce terme est maintenant totalement galvaudé et soit devenu un qualificatif qu’on s’auto-décerne, comme un trophée de jeu vidéo, parce qu’il se trouve que depuis quelques années, le geek c’est In, merci au marketing de masse.

Il semblerait donc qu’aujourd’hui, être geek, cela veut dire être quelqu’un qui possède différent terminaux informatiques et les utilisent d’une façon ‘cool’. Quelques phrases vraiment entendues (ou lues) qui ont eu le don de m’énerver prodigieusement :

  •  ‘j’ai discuté sur facebook jusqu’à 3h du mat, suis trop geek’
  •  ‘dés qu’il y a un nouveau truc (mettre ici un nom de marque, mais c’est souvent Apple qui ressort) qui sort, il faut que je l’achète tout de suite, parce que je suis trop un geek’
  • ‘Nan mais c’est pas possible que je n’aille pas voir The hobbit en avant première et en costume, suis trop geek’ (dit par une personne n’ayant pas lu le livre, ni les trois tomes du seigneurs des anneaux, ici ça marche aussi avec quelques modifications avec games of thrones).

Tout cela me désole. J’en viens à préférer, il y a de cela 15 ans le fait d’être ostracisé du fait de l’étiquette geek que je portait au dessus de ma tête. D’ailleurs, pour moi, être geek implique, en partie au moins, ce décalage avec les autres. Être geek, c’est avant tout vouloir vivre sa passion sans se préoccuper de ce que les autres pourront en penser, c’est faire le choix de faire une croix, si nécessaire sur des interactions sociales trouvées peu intéressante pour privilégier sa (ou ses) passions. Il y a pour moi, une notion forte de ‘sacrifice choisi’. De prise de conscience qu’il faut parfois choisir entre faire ce que l’on a vraiment envie de faire et être bien vu socialement, bien intégré. Prendre conscience que cela peut donner ‘mauvaise réputation’, qu’on peut avoir l’air alors d’un ‘je ne sais quoi’. Cela n’a d’ailleurs pas forcément de rapport avec l’informatique ou les jeux vidéos. Quand j’étais collégien/lycéen, il suffisait d’être rôliste, fan de jeux de cartes à collectionner (magic ou autre d’ailleurs), fan de comics ou de manga pour être catalogué ‘bizarre geek’. J’avais même des copains fan de modélisme, qui n’avaient jamais touché à un PC mais qui passaient leur soirée/week-end à construire des avions en balsa, qui étaient eux aussi catalogué geeks pas fréquentable, ou des potes accros aux échecs qui eux aussi se voyaient taxés de geek. Et c’était vrai au final. Parce que tous, nous faisions passer notre soif de connaître, de comprendre, de savoir, d’absolu découverte concernant notre sujet de passion avant les relations sociales avec les gens qui ne nous comprenaient pas. Bon, je ne nies pas que le travers de cela, c’était une tendance à l’auto-ostracisation, à une sorte d’élitisme du rejeté, élitisme bizarre à base de ‘regarde moi ces noobs qui ne savent même pas lire le Quenya ou le Sindarin’ (je crois que j’ai vraiment du dire cette phrase, à un moment ou j’avais la nuque longue, un dictionnaire Français ↔ Quenya dans mon sac, un D20 porte bonheur et un jeu de tarot qui ne me quittais jamais).

Si je suis un geek, si j’étais un geek, ce n’est pas parce que j’ai commencé l’informatique à l’école primaire, le soir après l’école, dans le club info de mon école. C’est parce que j’ai choisi de le faire plutôt que de rester devant la télé ou d’aller faire du foot comme la plupart des garçons de mon âge, malgré les sarcasmes que cela a entraîné.
Si j’étais un geek, ce n’est pas parce que j’avais les dernières consoles de jeux juste pour faire comme tout le monde (d’ailleurs jusqu’à mes 15 ans, je n’avais qu’une Atari 2600 comme console), mais parce que j’avais un ordi et que je me battais avec des nuits entière pour apprendre le basic puis le turbo pascal pour pouvoir ‘faire faire des choses que j’aurais imaginé à mon ordinateur’ (ça aurait marché aussi si j’avais passé des heures à apprendre par cœur le moindre recoin des niveaux d’un jeu pour arriver à le finir sans utiliser un seul continu ou en utilisant qu’une seule arme, etc etc). Et tant pis si j’avais l’air d’un mec bizarre qui n’était du coup pas invité aux booms des mes camarades de classes (où que l’on me donnait une fausse date pour être sur que je ne pourrais pas être la, par un malheureux hasard).
Si j’étais un geek, c’est parce que je voulais comprendre, apprendre, savoir, tester, aller le plus loin possible, quitte à y passer des heures, des jours, des nuits. Si je suis toujours un geek, c’est parce que je veux toujours comprendre, apprendre, savoir, tester, aller le plus loin possible.

Si j’étais un geek, ce n’est pas parce que j’achetais des trucs ‘geeks’ , juste parce qu’ils étaient ‘geek’. Je les achetais parce que je les aimais et que je comprenais leur sens. Bon aussi parce que cela permettait de faire un tri rapide des gens que je croisais/croise. Typiquement quand je porte un tee-shirt avec une référence à Firefly, je sais que je vais avoir quelque chose en commun avec celle/celui qui va la comprendre. Moyen comme un autre de se reconnaître entre ‘nous’:). Enfin, on va dire qu’avant ça marchait bien, maintenant ça m’arrive de croiser des gens qui ‘s’habille geek’ sans avoir la moindre idée de ce que signifie les choses qu’ils portent, et croiser quelqu’un qui porte un truc flaggué Cthuhlu sans connaître Lovecraft, ça fait bizarre…. (cela me fait penser à l’époque où avoir des fringues avec des caractères chinois/japonais étaient ‘cool’ et où tout le monde voulait porter un truc avec de telles inscriptions sans savoir du tout ce qu’il y avait écrit, me suis toujours demandé si certains ne portaient pas des fringues avec genre ‘gros couillon’ écrit dessus)

Le jour ou je ne voudrais plus que paraître et utiliser, faire mien des codes que je ne comprends pas, juste parce que j’ai l’impression qu’ils ‘font bien’,  je ne serais pas ce que je serais, mais sûrement pas un geek, dans le sens que je donne à ce mot. (J’en serais peut être toujours un, dans le sens qu’il tend à avoir de plus en plus maintenant, mais bon, cela ne m’intéresse pas vraiment).


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 Posted by at 12:23

  4 Responses to “Être Geek, chronique du naufrage du sens d’un mot.”

  1. Pour paraphraser Sardou : “Geek des années 80, mais Geek jusqu’au bout des dés 20..”

    Désolé ! (euh en fait non :D)

  2. Hello mon JMad et merci d’avoir résolu le problème ! 🙂

    Billet intéressant, en réponse à un autre billet non moins intéressant ! Personnellement, j’avoue ne pas me poser ces questions existentielles sur le sujet. Je l’ai souvent dit, lorsque j’avais 10 ans, que je programmais des heures durant sur mon CPC 464, que je matais Star Wars en boucle, que j’observais les étoiles avec mon télescope en attendant de voir des soucoupes volantes et que je lisais le Seigneur des Anneaux, je ne connaissais même pas l’existence du terme Geek. Je n’avais pas non plus l’impression d’être “à part” ou “exclu”. Différent peut-être. Et encore. J’avais juste plaisir à mener cette vie là et je ne m’inquiétais même pas de savoir ce que pensaient les autres de moi. En fait, je crois qu’on a trop souvent tendance à penser que le Geek est forcément exclu ou à part. Je n’ai jamais eu cette sensation là. Je pense que c’est très lié à la personnalité, pas à ses passions. Je me souviens de copains d’école qui étaient mis à l’écart et qui n’étaient absolument pas Geeks… En somme, il faut à mon avis éviter de faire des amalgames ou des généralités.

    Quant au phénomène de mode qu’est le “Geekisme” aujourd’hui, personnellement je m’en fous royalement. Ça ne me touche pas, ça ne m’atteint pas. Au pire, ça me fait sourire. Je trouve même dommage que certains Geeks adoptent une attitude d’exclusion envers ces gens là alors qu’à les écouter, ils en ont eux-mêmes été victimes ! Un joli paradoxe qui a d’ailleurs été soulevé dans le reportage “La Revanche des Geeks”. Je ne prendrais qu’un exemple ; la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Même si il y avait forcément un gros côté mercantile à l’affaire, je reste persuadé que Peter Jackson l’a fait avec passion et avec ses tripes (il suffit de regarder les Making Of pour s’en convaincre) et que son énorme succès a eu pour conséquence de faire découvrir cet univers au plus grand nombre et sûrement d’avoir donné envie de lire les livres. Où est le mal ?

    Bref, le principal pour moi et de rester soit même, et de continuer à vivre notre vie de Geek comme on en a envie, de partager ses passions avec les autres et même de les faire découvrir à ceux qui s’y intéressent. Au final, j’en serais presque à me dire que ce qui me débecte le plus n’est pas tant le business que cela engendre aujourd’hui mais cette espèce de sectarisme primaire que certains “Geeks” aimeraient “imposer”.

    My2Cents ! 😉

    Siddh

  3. les vrais geeks savent qu’ils sont des geeks et de toute façon, même quand ça passera de mode, on sera encore geek. Car now the geek rules the world. Et c’est tout ce qui compte.

  4. Fatalement d’accord avec ce billet,aujourd’hui tout le monde s’autoproclame geek, les vrais geek c’est comme les mac cain, c’est ceux qui en parlent le moins qui en mangent le plus.Ca me fait bien rigoler ceux qui se disent geek parce qu’il regardent les films marvel et ont deux figurines chez eux, enfin bon, pour vivre heureux vivons cachés, faut pas oublier que grace a tous ces pseudos geek on a droit a plus de license, de film, de produits dérives donc on va pas se plaindre non plus, c’est un mal pour un bien on va dire.

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