Dec 232013
 

Note de l’auteur  de début d’histoire : Ayant lancé en début de mois et bien naïvement, l’idée  d’écrire un polargeek de Noël,  je me devais de trouver le temps d’en écrire un, même si j’étais le seul de tout mes compères de polargeek à en écrire un. Voici donc ma petite histoire de Noël, longtemps réfléchi, écrite le temps d’une nuit, avec Noisli pour fond musical. J’espère qu’elle vous plaira !

 

Cela faisait bien longtemps maintenant que le repas était terminé. Les assiettes avaient été repoussées vers le centre de la table tandis que les convives semblaient respecter quelques secondes de silence, comme pour apprécier encore un peu leur festin.
“Matthieu, je me suis cru assis à la table d’un grand restaurant, je ne comprends pas pourquoi tu as lâché la cuisine…” lança la plus large des trois personnes assises autour de la table de camping qui trônait au milieu d’un des salons les plus encombrés de la ville.

Un salon-bureau aurait rectifié la propriétaire des lieux. Propriétaire qui justement reposait sa tasse de café.
“Et pour conclure convenablement, comme chaque année, je vous propose que nous vérifions que les douze mois qui viennent de s’écouler n’ont pas gâté notre armagnac”.
“Excellente idée Alana” répondit celui qui ceint d’un tablier de cuisinier, se leva en ajoutant “je vais chercher les verres.”
La seule femme du groupe, Alana, puisque c’était bien elle, se leva et ouvrit ce qui ressemblait à un vieux poste de police anglais bleu. Elle en ressortit une bouteille déjà plus qu’à moitié vide.

“Tu es sure que tu n’en a pas bue toute seule, depuis l’année dernière ?” demanda malicieusement le cuisinier, en se rasseyant à table, trois verres à tulipe en main. “Qu’en penses tu Benoît ?”
Préférant ne rien répondre, Alana se contenta de remplir généreusement les verres.

Chacun l’amena à son nez, goûtant aux arômes boisés de l’alcool. Après quelques instants, Alana leva son verre. “Aux 11 mousquetaires”. Ses deux acolytes levèrent à leur tour leurs verres en portant le même toast.

Quelle était cette étrange réunion, qui se tenait dans un non moins étrange appartement éclairé uniquement par quelque bougies et quelques diodes d’ordinateurs ? Quelle était le sens de ce toast, portés en cette fin de nuit d’un 30 novembre, jour aussi  triste et froid qu’une cave à champignon ? Peut-être aurais-je pu vous le raconter si Benoît n’avait pas lancé un “Alana et pour Cas..”
Le regard noir que lui lança Alana le fit taire plus rapidement qu’une extinction de voix instantanée.
“Je ne veux pas en parler”
Un silence lourd comme un croiseur impérial tomba sur nos trois amis. Les secondes succédèrent aux secondes tandis que l’ambiance se dégradait de plus en plus. Le point tragique, celui qui amène à dire des mots regrettables qui brisent des amitiés, s’approchait dangereusement et personne ne semblait pouvoir l’empêcher.
Et minuit sonna.
Au loin, le carillon sourd d’une cathédrale se fit entendre. Mais le salon, lui s’éclaira subitement de rouge et de vert alors que le silence était remplacé par une version 8bits d’un chant de noël.
“Mais qu’est ce que ?”
“Je les avais presque oublié, ce sont mes octocats de Noël” répondit Alana, en montrant une bonne douzaine de petites figurines en vinyle, disséminées dans l’appartement. Chacune d’entre elle représentait un petit animal étrange mi chat mi-poulpe déguisé qui plus est en lutin de Noël. Et elles brillaient toute d’un mélange criard de rouge et de vert.
“Mais où donc as tu trouvé ces cochonneries ?” demanda Matthieu, trop content d’avoir trouvé un sujet qui ferrait oublier à tous les instants précédents.
“C’est grâce à ma première vraie affaire, la première qui ne concernait pas un vol de compte facebook, une récupération de photo ou un nettoyage de virus.”
“J’aimerais bien savoir comment résoudre une affaire t’as amené à avoir ces … choses dans ton appartement. J’espère au moins que ce ne fut pas ton paiement”.
Alana n’était pas dupe. Elle savait que tout cela n’était qu’une excuse pour oublier la question malheureuse de Benoît. Mais à cet instant précis, la seule chose qu’elle voulait c’était passer à autre chose. Elle aurait accepté pour cela une perche plus glissante que celle que lui tendait son ami.
“Très bien… C’était il y a … dix-sept ou dix-huit mois, en mars ou en avril”.
“Ha oui, cela remonte.. cela faisait à peine plus de six mois que tu avais ouvert ton agence”
“Exactement, je ne savais pas encore que je devrais alors installer mon bureau dans mon appartement et je passais mes journées à attendre le client dans mon petit bureau en hôtel d’entreprise”.
“Ils ont du être content que tu partes vu le nombre de fois que tu as fait sonner l’alarme incendie en fumant dans ton bureau”
“Bon Matthieu tu me laisses raconter ou tu me coupes à chaque phrase ?”
“Ok ok, vas y.. et fais passer la bouteille, nos verres sont vides”.
“A la boire aussi vite, elle ne tiendra pas beaucoup d’année..”
Les verres furent pourtant à nouveau remplis et Alana se plongeant dans ses souvenirs.
“C’est dans de tel moment, que ça me manque vraiment … ”
“Oui, mais moi je suis content de ne plus avoir à puer la clope à chaque fois que je passe chez toi ,donc arrête de te lamenter sur le plaisir qu’on éprouve à se tuer à petit feu et commence ton histoire”.
“Il faut toujours que je me sacrifie pour vous…. donc..”

A l’époque je fumais encore. Je me souviens, quelques temps avant que cette affaire me tombe dessus, la petite équipe de développeurs web qui avait ses bureaux juste à coté du mien s’était plains aux gestionnaires des locaux et l’on m’avait une fois de plus officiellement signifié que fumer était interdit dans l’immeuble.

Ce jour là, j’attendais donc mes futurs clients en perfectionnant mon approche marketing de mon discours de présentation…
“Ouais tu jouais à Team Fortress quoi”, lança moqueur Matthieu
Alana repris, ignorant l’interruption :
“Alors que je perfectionnais mon discours marketing de présentation, ils me contactèrent par téléphone. Cela ne faisait que quelques mois que j’avais démarré du coup, sans plus d’information que ‘nous avons un problème’, je m’étais proposé d’aller les rencontrer.

La première chose que je me souviens à propos de leur bureau, c’est de m’être dit qu’eux, ils avaient des sous. Leur bureau, un grand open space, aurait pu contenir quatre fois mon appartement et mon bureau tout entier était plus petit que leur placard. J’avais l’impression d’être retour dans ma vie d’avant. Grand bureau, baie vitrée, salle de détente avec console de jeux vidéos, même les pistolets nerfs, tout y était.

Et comme je m’y attendais, c’était une jeune startup qui démarrait. Le patron, qui n’y connaissait visiblement pas grand chose à l’informatique et qui en plus avait le culot d’avoir presque dix ans de moins que moi me raconta avec force détail et un plaisir visible mais non partagé “leur aventure merveilleuse”.

Tout avait à priori commencé 5 mois plus tôt, en décembre lors d’un startup week-end. Il y était allé avec un de ses amis pour faire mûrir son projet de site web social révolutionnaire LifeGame. Il y avait rencontré ce qui allait devenir le noyau dur de l’entreprise. Après avoir brillamment été élu meilleur projet du week-end, “le meilleur projet que le jury est jamais vu” si je cite ses mots, ils avaient lancé leur société à coup de love-money et s’apprêtaient à mettre en ligne une alpha de leur site pour pouvoir démarrer une levée de fond.

Tandis qu’il me servait son conte de fée, je voyait ses yeux briller en imaginant la piscine de dollar qu’il allait lever.

Mais, ils étaient victime d’espionnage industriel, là encore je cite ses mots. Alors qu’ils allaient annoncer en grande pompe leur alpha, ils furent pris de vitesse. Une autre startup, une entreprise lyonnaise annonça avec force capture d’écran, le lancement d’une alpha reposant exactement sur la même idée.

Rien de bien mystérieux pensais-je alors. Si leur idée était bonne, n’importe qui regardant leur vidéo de pitch pouvait s’être lancé sur un projet parallèle. ”

“Et c’était quoi leur projet ?” demanda Benoît.

“Une start-up issu d’un start-up week-end, avec un projet qui parle de réseau sociaux révolutionnaire.. tu crois que j’ai fait attention aux détails ?”
Alana se rendit compte qu’elle avait été un peu trop sèche.
“C’était un truc du genre, faire comme si la vie réelle était un jeu de rôle, en créant des quêtes pour tes amis, comme faire à manger pour notre prochaine soirée, d’où leur nom.

Quand je leur suggérais qu’il était très possible que ce ne soit pas de l’espionnage industriel, mais juste de la récupération suite à leur communication, ils me montrèrent les designs qu’ils avaient imaginés pour leur site et ceux des lyonnais. Et effectivement il n’y avait aucun doute. Le site des lyonnais était un plagiat brutal et total.

Je me rendis donc compte qu’ils avaient vraiment besoin de moi et que c’était vraiment une affaire intéressante. Pourtant cette affaire a failli s’arrêter là lorsqu’ils me proposèrent de travailler pour un tiers de mon prix en arguant que grâce à eux j’aurais une référence de poids, que c’était une chance pour moi de pouvoir les aider, etc etc …”

“Comment les as tu décidé à te payer plein tarif ? Grâce à ta grande science de la stratégie commerciale ? ” ironisa Matthieu

“Continues comme ça et la prochaine fois, je ne t’invite pas à manger” riposta Alana
“Comme c’est moi qui fait à manger, si je ne suis pas là, vous n’allez pas manger grand chose.. ou pire.. un truc que tu auras essayé de préparer toi” contra Matthieu.
“Humpf… Pour en revenir à mon histoire, je n’ai rien eu à faire. Les lyonnais ont ouvert une page facebook avec d’autres exemples de pages de leur futur site, et ces nouveaux visuels étaient eux aussi intégralement copiés sur ceux de LifeGame.

Une fois mon chèque d’acompte touché, et mes loyers de retard payé, je m’étais mis au travail. Je me figurais que ça allait être rapidement plié. J’avais alors tout  tout de suite pensé à un stagiaire qui aurait voulu se faire un peu d’argent ou un ex employé. Mais les plagiat étaient basés sur des designs très récents et LifeGame était trop jeune pour avoir viré des gens. J’imaginais un virus, développé tout exprès pour l’occasion, qui aurait volé le code source et les design de LifeGame.

Mais rien de toutes ces pistes n’aboutirent.

Pas de virus, pas d’employés mécontents, pas de firewall mal configurés, pas de serveurs de test ou de gestion de code source en libre accès sur internet.

Rien.

Je commençais à me dire que je n’étais pas faite pour ce métier et que je ferrais mieux de me contenter de la version informatique de la traque de maris volage, lorsque j’appris qu’une start-up lilloise attaquait pour piratage et vol de propriété intellectuelle une société bordelaise. ”

“Et le rapport avec tes poulpes Alana ? ”

“Tu n’as pas deviné Matthieu ? ”

“Je ne suis pas détective informatique moi … ”

“Le rapport est très simple, la start-up lilloise avait participé au même start-up week-end parisien que LifeGame. Ce fameux start-up week-end de décembre.

Une fois que j’eus compris que le point de départ de l’arnaque se trouvait être ce fameux start-up week-end, ce fut facile de démêler les choses.

Parmi les sponsors de l’édition parisienne, il y avait Github et il y avait donc ces goodies. Des Octocat déguisé en lutin de noël, pour être raccord avec la période.

Et ces petites babioles étaient plus que de bêtes petites sculptures de vinyle. Elles pouvaient se configurer par une petite interface web pour par exemple être verte quand il n’y avait pas de bugs assignés à un développeur ou rouge lorsque les tests automatisés échouaient.”

“Tu es en train de nous dire que c’est Github qui avait piraté ton client et la société lilloise ?” réagit Benoît.

“Non, c’est uniquement les octocats qui ont piraté Lifegame. Elles étaient programmées pour chaque nuit envoyer sur un serveur git tiers tout les repos privés auxquels avaient accès les développeurs.”

“Mais qui a fournit ces mochetés indiscrètes?” demanda Matthieu

“Un des membres de l’organisation du Week-end. Il a fait croire que c’était des goodies officiels et ensuite il a revendu les accès au serveur git pirate. Ce qui expliquait le vol de deux des projets de ce start-up week-end là”.

“Tout s’explique, sauf la question principale. Comment ces octocat sont arrivés chez toi?”

“J’allais y venir Matthieu. En fait, je les ai demandé en plus de mon paiement. Je voulais m’amuser avec, voir ce que je pouvais faire en les bidouillant. Mais je n’ai jamais eu le temps et ils ont finis dans un carton, quand j’ai du libérer mon bureau pour l’installer ici, dans mon appart. Ce n’est qu’il y a quelques mois qu’en fouillant pour retrouver un vieux papier, je suis tombé à nouveau dessus. Et je me suis dit que ça serait rigolo d’avoir des octocats de l’avent, qui me chantent chaque nuit à minuit une chanson de noël”.

“Et donc ?” ajouta Matthieu

“Donc quoi ?”

“Toutes les histoires ont une morale, c’est quoi la morale de ton histoire ?”

“Hum..” Alana réfléchit quelque secondes ..

“La morale de l’histoire, c’est que nos parents, quand on été petit avaient raison.. On ne doit jamais accepter un cadeaux d’un inconnu” Conclut-elle en souriant.

 

 

Note de l’auteur  de fin d’histoire : Concernant le titre, vous devez vous demander d’où vient le mot chatrou. C’est en fait la façon dont on appelle un poulpe dans cuisine antillaise. Je trouvais que le mot allait très bien pour définir les octocats de Github (et je n’aurais pensé trouver un mot contenant le mot chat et désignant un poulpe .. une fois que je l’ai découvert, je ne pouvais pas ne pas l’utiliser)


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