Sep 242010
 

Au diable vauvert, c’est avant tout pour moi de beaux bouquins. C’est étrange parce qu’avant même d’avoir acheté mon premier Au diable vauvert (qui était Identification des schémas de William Gibson) j’ai aimé cette maison d’édition. Sans avoir acheté un seul de ses livres, je l’ai aimé. Comme quoi .. Alors bien sur, ce n’est pas la seule maison d’édition que j’aime, mais c’est la seule avec Mnémos que j’ai aimé comme ça, et puis c’est tout.

Du coup, quand je suis tombé sur le compte twitter, je ne pouvais pas ne pas le follow. Et je me suis rapidement rendu compte, que c’était plus qu’un compte corporate. Que c’était un mix entre un compte corporate et un compte perso que j’aurais follow, même si ce n’avait pas été le compte @audiablevauvert. D’ou l’envie de lui poser des questions …

Je suis donc très heureux de vous présenter la longue interview du mec qui tient les manettes du diable … 🙂

Une dernière précision, lorsque j’ai écrit les questions je ne connaissais pas bien l’homme en question, je me demandais donc comment faire pour poser des questions qui pourraient tomber dans le vent si je me trompais. Après quelques réflexions j’ai décidé de faire une interview dont il était le héros. Vous verrez donc, de temps en temps des branchements qui ont orienté le héros de cette interview vers certaines questions, en fonction de ses réponses précédentes … Comme j’aime bien le principe et le résultat, je pense réutiliser le le principe pour les prochaines.

1– Si tu devais te présenter en trois phrases, que dirais tu ?

Half man,
Half machine,
Half opossum.

= Ta cyber life  =

2 — Tiens-tu des blogs (autre que celui d’au diable vauvert si c’est toi qui t’en occupes )  ?

Pour le Diable, je m’occupe du twitter, un peu du facebook. Et aussi de la mise à jour du site (ce qui explique que ce soit un peu flottant, parfois).
J’ai eu un blog il y a quelques années, j’y racontais ma vie de jeune précaire avec lucidité et ironie, en plaçant des références culturelles bien senties. Un blog comme il y en a des milliers, donc. J’ai arrêté quand j’ai commencé à nourrir un projet de roman, qui lui-même est mort quand j’ai commencé à faire de la traduction le soir après l’école.

== Branchement dont vous êtes le héros : si tu as répondu oui à la question 2 va à la question 3 sinon à la 4 ==

3 —  lesquels (les urls sont acceptées) et de quoi parlent-ils ?

C’était un blog dans lequel je racontais, sous le nom de Clochard Sublime, mes premiers mois dans ce coin perdu du Sud hostile. Il prolongeait une séries de strips réalisés sur gnomz.com, un site un pixel qui a été, pendant une époque bénie (ou un âge sombre, ça dépend des points de vue), occupé par une bande d’étudiants, chômeurs et intellectuels précaires dont je faisais partie, avant que les lois de l’évolution ne fassent leur œuvre et qu’il soit envahi de jeunes kevins pleins de kevinerie.

4– Plutot twitter(identi.ca) ou facebook ? quelles utilisations as-tu des deux ?

J’ai un facebook qui était personnel à l’origine, qui l’est de moins en moins. J’y fais ce que font les gens sur facebook, je like des statuts, je tagge des photos, j’écris des choses que j’espère drôles, je mets des vidéos, de la musique et parfois même des vrais articles avec du texte intéressant dedans. Jamais de lolcats (il est de notoriété publique que ce sont les chats eux-mêmes qui ont inventé les lolcats pour accroître leur emprise sur nous, hors de question que je rentre dans leur jeu).

Sur twitter, je suis AuDiableVauvert, je suis donc censé être une entreprise et adopter un ton informatif et professionnel. Bon. En fait c’est pas très drôle et sur twitter c’est à la fois sans intérêt et contre-productif. Donc j’ai vite préféré une utilisation plus communautaire, quitte à sortir largement de ce que je suis « censé » faire sur twitter avec un compte corporate. C’est beaucoup plus rigolo et ça ne m’empêche pas de parler des sorties de livres, des dédicaces ; je crois que le message passe aussi bien, voire mieux, et que mes followers ne voient pas que je cherche à les manipuler de la manière la plus sournoise qui soit font la distinction entre la promo et les messages plus personnels, l’un n’excluant pas l’autre. D’ailleurs ce double statut est courant sur ce média, mais peut-être plus à l’échelle personnelle, pas entrepreneuriale. Ça me permet d’avoir des contacts informels avec les lecteurs (et non lecteurs), jamais désagréable.
J’y écris aussi pas mal de choses sur la vie quotidienne d’une maison d’édition : ça permet d’exorciser les bugs de word et les jpeg livrés en mauvaise définition, et aussi d’humaniser le métier d’éditeur, cette grande profession mystérieuse et largement fantasmée.

5– Es tu addict au Net ? si oui tu as une ou deux anecdotes sur le sujet ?

Addict je sais pas, mais je passe facilement beaucoup de temps sur le net.
Cela dit, ça allait nettement mieux avant facebook puis twitter.
Mes problèmes de troubles de l’attention aussi allaient mieux.

Question anecdotes, il y a ce truc qu’on a tous connu, tu veux raconter un épisode marrant à un ami qui ne traîne pas sur le net (ça existait encore il y a quelques années), tu commences, tu te marres d’avance, et tu lâches « et alors là y a popy qui a créé un fake de elbombastico et avec vishnu ils ont… » avant de t’arrêter face à l’air consterné de ton interlocuteur.
Ou ce qui était censé être une session boulot sérieuse qui se transforme en raid express parce que tu as reçu un mail t’avertissant d’une opération trolling ou contre-trolling – le raid se poursuit jusqu’au milieu de la nuit, ce qui fout en l’air le boulot du lendemain, que tu passeras uniquement à inspecter les cendres des événements de la veille.
Les gens dont tu ne connais pas le prénom malgré ce qui ressemble fort à de l’amitié.
La peau blanche en juillet…
Les incursions dans les zones les plus bizarres de youtube après des heures de lien en lien…
Une banale vie d’internaute, quoi.

6– Sur le net on peut te trouver où ?

Dans les commentaires de quelques blogs, sous divers pseudos que je ne donnerai pas car ils ne sont pas nécessairement rattachés à des commentaires, disons, constructifs.
Sinon sur facebook et twitter, par manque de temps pour autre chose.
J’ai un usage du net plus consommateur qu’il y a quelques années.

= Le boulot  =

7 — Ton bureau au boulot il ressemble à quoi ? (si tu as une photo …)

Au fond de la maison, c’est le seul bureau qui ferme (privilège de celui qui a besoin de silence pour bosser sur les textes – je biche pas mal grâce à ça). Quand mon plan de travail est rangé, on pourrait probablement y faire atterrir un petit avion (ça n’arrive jamais). J’ai un Mac 21’ qui tient encore la forme. Derrière moi, les titres étrangers en lecture ou en cours de travail, par terre des piles de jeux d’épreuves de bouquins finis.

8– Tu as fait quoi comme étude ? Bosser chez Au Diable Vauvert est une première expérience dans le monde du travail pour toi ?

J’ai passé un deug de droit qui m’a déprimé, je suis parti en licence de sciences politiques, j’ai enchaîné sur la maîtrise, n’ai pas réussi à rendre mon mémoire et me suis inscrit en licence de com (parce que « ça peut toujours servir ») le temps de le finir – résultat, j’ai séché la majorité des cours et n’ai écrit mon mémoire que l’été suivant – mais j’ai quand même eu cette licence qui était une blague. Ensuite, j’ai tenté de prolonger en master de com mais les cours s’annonçaient trop mauvais, je suis parti au bout de deux semaines.

Comme expériences dans le monde du travail, j’ai vendu des magazines pour l’ofup (une expérience atroce), du cidre en Bretagne (une bien meilleure expérience) et j’ai cueilli des fruits. Et puis j’ai fait éditeur.

== Branchement dont vous êtes le héros : si tes études et/ou tes expériences passés n’ont pas grand chose à voir avec ton boulot actuel va à la question 9 , sinon à la question 10 ==

9– Qu’est ce que tu as fait que tu as changé d’orientation pro et que tu t’es mis à bosser dans une maison d’édition ?

Pendant ma maîtrise, je me suis aperçu que les échappatoires les plus courants que me proposaient mes études étaient la fonction publique territoriale, la recherche et le journalisme. Comme aucun ne me tentait vraiment, je me suis demandé ce que j’aimais faire. Et vu qu’à ce moment-là je passais pas mal de temps à écouter de la musique, traîner sur le net et lire des livres, je me suis dit que j’allais devenir éditeur, sans savoir vraiment ce que ça recouvrait ni comment j’allais faire. Ensuite, après l’échec de mon master de com et une année sabbatique, je me suis inscrit en lettres pour avoir des conventions de stage, j’en ai fait un premier de cinq mois chez Payot & Rivages, un second de six mois au Diable, et puis on ne m’a pas laissé rentrer chez moi, alors je suis resté.

10– Allez, un peu de promo, qu’est ce que c’est qu’au diable vauvert et en quoi est-elle différente des autres maisons d’edition ?

Il y a des chevaux pas loin, des vignes, et un figuier dans le jardin.
D’un point de vue éditorial, c’est une maison à la fois généraliste et qui sait prendre des risques, ça me plaît. Construire un catalogue généraliste et en même temps pointu, publier des choses qui n’auraient pas forcément vu le jour ailleurs, accompagner les auteurs, je ne suis pas certain que ce soient des choses qui se fassent partout.
Les soirs de printemps, on joue à la pétanque en buvant du pastis sur le parking.

11– Ton pire souvenir de boulot , ton meilleur souvenir ?

Pire souvenir, je ne sais pas, des bouclages très durs où tu marches au RedBull et à la nicotine, mais en même temps ce sont souvent des moments formidables où tu es le plus à fond dans le texte. Sinon en règle générale, les moments de charrette permanente, des délais serrés dans tous les sens, tu n’arrives plus à maîtriser ton travail, tu es stressé, tu fais mal les choses… ça peut arriver assez souvent à ma fonction, il faut essayer de les anticiper pour ne pas que ça casse.
Meilleur souvenir, chaque fois que j’envoie un bouquin en impression et que l’auteur et moi sommes contents après avoir bien sué pendant quelque temps. Les fins de salons du livre aussi, quand tout est enfin calme, l’œil du cyclone avant de démonter, quand on se repasse le film des jours précédents.

12– tu twittes parfois que les manuscrits que tu dois lire sont mauvais, lequel (sans donner de nom) était le pire ? est-ce parce que le style était pourri, l’histoire nullissime ou autre ?

Le pire peut prendre autant de formes différentes que le génie…
On tombe sur des choses qui mettent parfois en colère ou qui dépitent, une écriture lourde et cliché, et en plus une histoire très mauvaise. En général, dans ce cas je passe mon chemin au bout de quelques dizaines de pages, voire moins si mon corps me lance des signaux de détresse.
Il y a aussi les choses ratées, tu repérais une bonne idée, une écriture pas mal, un personnage intéressant, avant de t’apercevoir que la tentative est un échec et qu’il n’y a rien à faire, il faut peut-être garder quelques idées et brûler le reste.
Et puis il y a les choses sournoises, celles qui t’aguichent et te tiennent un moment, cinquante pages, parfois plus, et finalement tu te rends compte qu’on t’a bien mené en bateau, que tout cela est parfaitement creux et que, en fait, tu t’embêtais un peu.
Attention, je ne me plains pas sur le ton « on a pas des métiers faciles mon bon monsieur », j’ai souvent des moments de lecture agréables, des textes que je termine même s’ils ne sont pas publiables, mais juste pour  un petit quelque chose qui me fait continuer, un plaisir de lecture.
Et enfin il y a, de temps en temps, la vraie chose. Celle pour laquelle tu n’as aucun doute, tu lis le matin, tu lis le soir, et plus important, tu as envie de t’y remettre (l’envie de se remettre dans un texte est peut-être le meilleur indicateur, en ce qui me concerne).

13– ton auteur préféré ?

J’ai toujours été incapable de répondre à ce genre de questions…
David Foster Wallace, Chuck Palahniuk, Don DeLillo, Alex Jestaire, James Ellroy, Donald Westlake, Warren Ellis, Jack O’Connell, Richard Brautigan, William Burroughs, Haruki Murakami, Philip K. Dick, Isaac Asimov, Agatha Christie, Hunter S. Thompson, Borges, Fresan…

14– Comment est ce que vous choisissez quels manuscrits vous allez lire et parmi ceux-ci ceux que vous allez publier ?

On opère un premier tri qui sépare les manuscrits reçus en « refus direct » et « à lire ». La distinction se fait sur des critères impitoyables et évidents en même temps : est-ce que j’ai envie de savoir ce qui se passe après ? est-ce que quelque chose m’accroche ? est-ce que je n’ai pas l’impression d’avoir lu ça vingt fois ? est-ce que c’est crédible ?
Ensuite les manuscrits à lire sont répartis dans les casiers des membres du comité de lecture, on les prend, on fait nos devoirs, et on se réunit pour en parler. Certains manuscrits tournent peu, d’autres beaucoup plus, on n’est pas d’accord, on s’engueule, certains misent même des parties de leur corps sur un texte, la mauvaise foi déchire l’air comme du shrapnel. Mais au bout du compte la décision se fait toujours plus sur l’enthousiasme que sur la longue discussion ; s’il n’y a pas un élan pour porter un projet, ça ne marche pas.

14bis– si tu avais un ou deux conseils à donner aux jeunes auteurs pas encore publiés qui vont lire tes mots, tu leur dirais quoi ?

Toi qui entres ici abandonne tout espoir.

== Branchement dont vous êtes le héros : si tu as répondu ‘va plutôt chercher un vrai boulot’ à la question 14bis va en 14ter sinon va en 15 ==

14ter– bon et à par ce conseil là, tu as pas un autre vrai conseil pour ceux qui voudraient se faire publier ?

Ecrivez, relisez, coupez, n’essayez pas d’imiter, n’essayez pas d’inventer à tout prix, sentez votre texte et faites-le.
Sélectionnez quelques éditeurs dont vous connaissez et aimez la ligne, ciblez votre envoi, n’oubliez pas que ce que vous avez mis des mois à peaufiner sortira d’un bac en plastique pour rejoindre d’autres enveloppes identiques à l’autre bout, et armez-vous de patience. Et ne vous découragez pas. Contrairement à la demi-légende, le plus souvent vous ne serez pas méprisés et considérés à la légère, le plus souvent vous aurez affaire à des gens qui lisent quantité de manuscrits – pour beaucoup mauvais, quand même – et qui aimeraient bien avoir le temps de chercher le prochain coup de chaud littéraire. Bien sûr, ce serait différent si on passait moins de temps à boire du champagne à Saint-Germain en fumant des cigares. (note de MrJmad : il y avait ici normalement un caractère point d’ironie, mais en attendant de trouver comment le mettre avec wordpress.. je fais une note pour dire qu’il devrait être là)
Vous pouvez, sinon, tenter de jouer la bande par les soirées littéraires et les réseaux, mais c’est sans garantie et il faudra bien écrire quelque chose un jour si vous voulez être publiés. Il y a des chances que vous vous sentiez bien mieux, au final, si vous avez adopté la première méthode.
A moins que vous ne cherchiez que la publication pour les lumières de Saint-Germain. Déjà, à la limite, c’est mieux que pour la richesse (là vous feriez fausse route). Si vous voulez stupre et gloire, il y a de bien meilleurs moyens. Je me demande si un blog mode ou mac n’est pas plus efficace.
Mais bon, après, c’est vous qui voyez. Chacun ses motivations.

15– Les DRM vous en pensez quoi ?

Qu’elles ne servent qu’à être contournées.
Elles sont donc une perte de temps, en plus d’être parfaitement contre-productives.

16– Le numérique en général adapté aux bouquins, vous en pensez quoi ?

Qu’il est logique, d’une part. Le son et l’image sont déjà numérisés, pourquoi l’écrit devrait-il rester un bastion du « matériel » ? Donc ça existe, ça ouvre énormément de possibilités nouvelles, aussi bien sur le plan du collaboratif que du récit hypertexte que de la diffusion des savoirs, je me demande encore pourquoi il y a un débat sur ce point.
Là c’est le moment où je me sens vieux : j’aime bien les livres papier. J’adore un bon bouquin bien fabriqué, souple, quand tu es plongé à fond dedans tu as dans la main gauche quelques centaines de grammes qui t’ont captivé et il t’en reste autant dans la main droite. J’aime un livre usagé, un poche tout abîmé, j’aime retrouver mes pages cornées, mes annotations.
Les gens nés dans les années 90, les digital natives, je ne suis pas persuadé que le papier veuille dire grand-chose pour eux, ils ont l’habitude de lire sur écrans. Si le « numérique » (j’aime pas ce terme, trop vague, un peu comme « démon » ou « dieu ») fait arriver des textes dans les iPods, ça me va. Ce que je veux c’est diffuser des textes, en soi c’est mon métier, papier ou écran peu me chaut.
Ça pose bien sûr des grandes questions économiques. Je pense que l’ebook doit se vendre à un prix bien moindre que le papier, ne serait-ce que pour une raison de prix perçu par l’acheteur. Si le livre pouvait éviter de reproduire les erreurs de la musique, ce serait une bonne idée.
Il y a donc, en toute simplicité, de grandes mutations qui s’amorcent, des modèles économiques à inventer, qui tiennent un compte honnête de la rémunération et des dépenses réelles des différents acteurs, des enjeux de la diffusion, etc. L’expansion du livre dématérialisé me semble devoir venir de la masse, la baisse des prix et la diversification des formats ont le potentiel de déclencher une croissance significative du nombre d’acheteurs (voir notes de bas de réponse 1 et 2). Je ne crois pas que les ventes de livres baissent parce que « les gens ne lisent plus », je ne sens pas une hostilité vis-à-vis de la lecture, mais peut-être un décalage entre le livre, son format et son prix, sa demande en temps et en attention, et les pratiques culturelles actuelles – et peut-être aussi une production littéraire qui ne sait plus être à la fois populaire et intelligente. Le livre doit réintégrer les modes de consommation culturelle actuels (si on veut qu’il continue à y avoir des livres et de la littérature, bien sûr, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup).
L’autre grande peur, c’est que les nouveaux formats changent la littérature. Et alors, ai-je envie de dire. On a une littérature si parfaite que ses fondements sont assurément les meilleurs et que tout changement significatif ne donnerait que du mauvais ?

note de bas de réponse 1 : Si l’on part du postulat qu’un prix bas tend à diminuer l’effort nécessaire au piratage et son intérêt.

note de bas de réponse 2 : Oui, d’accord, ça peut paraître un doux rêve. Mais on n’a pas vraiment d’autre choix que d’essayer d’imaginer, en ce moment. Et si on commence à avoir peur de tout ce qui change, on ne risque pas d’aller très loin.

17– Je suppose que tu connais les licences Creatives Commons. Certaines des licences CC sont libres, qu’est ce que tu penses du libre appliqué à l’art ? et plus
spécialement à l’édition ? (si tu veux des précisions sur les licences libres : http://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_libre et la licence art libre : http://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_Art_Libre )

Le libre est difficile à appréhender dans un modèle économique comme celui de l’édition « traditionnelle », forcément. Les CC me semblent idéales pour une structure qui ne soit pas strictement marchande et spécialisée, plutôt une association.

18– Est ce que, à ton avis, Au Diable Vauvert publierait des auteurs voulant distribuer leurs textes avec une licence libre ?

La question ne s’est pas encore posée. Se la poser sérieusement signifie, encore une fois, réfléchir en termes de modèle économique (ce n’est pas une obsession, mais une entreprise est avant tout un acteur économique, c’est sa raison d’être), puisque la LAL autorise la commercialisation par un tiers. Très franchement, je n’ai aucune idée de la possibilité et des modalités de sa cohabitation avec une structure commerciale.
Ce qui n’empêche pas que je sois convaincu que le libre et le collaboratif aient un grand avenir – je préfère penser à celui-là qu’à une mainmise et un verrouillage total par les détenteurs des copyrights.

= Ta vraie life, quand tu es pas au boulot   =

19 — Ton bureau chez toi il ressemble à quoi ? (si tu as une photo …)

J’ai un peu rangé pour l’occasion. Mais comme j’ai un coloc en ce moment dans le bureau, ça annule une partie de l’effort… Tu pourrais ajouter un laptop 15’4 qui n’a pas très bien encaissé la dernière traduction et qui souffle beaucoup.

20– Tu t’investis dans des trucs précis ? projet divers / art / asso ?

Plus du tout. Entre le départ de mon Master de com et mon premier stage, j’ai pris une grosse année sabbatique pendant laquelle je me suis énormément impliqué dans Radio Campus Rennes et dans une asso d’événementiel autour de la musique électronique.
Question art, je dessine comme un enfant de 4 ans, j’ai jamais su tenir une guitare ni prendre une photo correcte. Je n’écris pas.
J’ai pour projet divers de prendre des vraies vacances un jour.

21– Si tu devais choisir un événement que tu as vécu, un seul, pour te definir, tu choisirais lequel ?

Le jour où j’ai désamorcé une bombe nucléaire dans le noir en sauvant une top model russe d’un incendie.

22– tu es rôliste ?

J’ai un tout petit peu tâté de quelques jeux, mais non, on ne peut pas dire que je sois rôliste.

== Branchement dont vous êtes le héros : si tu as répondu oui à la question 22 passe à la 23 sinon à la 24 ==

23– tu joues à quel style de jeux ? plutôt joueur ou MJ ? tu aimes jouer au jdr pourquoi ?

24– tu as d’autre passion, loisir ? lesquelles ?

J’écoute énormément de musique, j’aime la photo mais je n’y connais rien, je consomme des films, j’aime tout ce qui ressemble à des clichés du bonheur, la nature, la bouffe, la boisson, l’amour, le sexe, pas nécessairement dans cet ordre.

== Branchement dont vous êtes le héros : si à la question 24 tu as répondu jeux vidéo va à la question 25 sinon va à la question 26 ==

25– tu joues à quoi ? tu penses quoi de l’annonce de la sortie duke nukem for ever ? ton premier souvenir de jeux vidéos ?

Je pense que la sortie de Duke Nukem forever est calée sur la prochaine manifestation de Nessie, qui devrait arriver en même temps qu’une éclipse solaire – il est possible que tout ça se produise en 2012.
Je ne joue pas à grand-chose, à rien en fait actuellement, sauf à des jeux flash sur Kongregate. Mon premier souvenir de jeu vidéo, c’est probablement Streets of Rage sur MasterSystem (la première version, celle qui avait dû être dessinée par le créateur de la BX) et Alex Kidd aussi (qui est, du coup, mon premier souvenir de pierre-papier-ciseaux).

= Question pour me faire mousser  =

26– Est ce que tu lis le Mad Blog ? Pourquoi ? (que ça soit oui ou non)

A vrai dire pas vraiment, je l’avais découvert en même temps que ton profil twitter, je repasse de temps à autre. J’ai commencé par écrire un mot sur un billet avec de belles photos de la Nasa, avant que tu m’informes que je me trompais de blog.
Voilà voilà. (note de MrJmad : en fait dans la première version de cette réponse, monsieur @audiablevauvert me parlait de photo de Nasa très jolies, étonné je lui réponds par mail que je ne me rappelais pas avoir fait un billet avec des photos de la Nasa, réponse de l’interressé avec un lien vers un billet, provenant d’un mad blog qui n’était pas mon mad blog … Moralité .. une grosse crise de rire de mon coté qui m’a mis de bonne humeur toute la soirée )

= Allez, on a presque fini, quelques dernières questions pour vraiment te connaitre =

27– Tu es plus Sylvester Stallone ou Liv Tyler ? pourquoi ?

Ça dépend, c’est pour un film du dimanche soir, un barbecue, une balade à New York ?

28– Si tu devais choisir un bouquin, un bon film, une série cool, une série pourrie , un nanard, tu choisirais quoi (tu dois choisir un de chaque et si possible donner une explication) ?

Un bouquin : Un dernier verre avant la guerre, de Dennis Lehane. Son premier bouquin, un titre magnifique qui correspond à une scène impeccable au milieu du roman. Dans ce livre, dans cette ville, c’est vraiment la guerre, entre classes, entre ethnies, entre sexes, entre quartiers, dans les bureaux, les rues, les familles. Mais tout a pourtant l’apparence de la normalité – parce que c’est la normalité, en un sens. Et Lehane pose ça, tranquille, sans jamais le théoriser, et pourtant ça te saute au visage, tu t’en sors jamais. C’est un très grand roman noir qui ne se la raconte pas.
A égalité avec Fictions, de Jorge Luis Borges. Je n’avais rien lu depuis pratiquement cinq ans, et puis un jour j’ai lu ça, je me suis dit « ouah, ça peut faire ça aussi, la littérature ? », et j’ai replongé. Des nouvelles qui jouent avec la littérature elle-même, avec la fiction et ce qu’elle peut créer, avec le langage, la mémoire, les livres, le temps. Je crois que ça reste un des plus grands livres que j’ai lu.
Ces deux-là sont ceux que j’offre le plus, j’en rachète des exemplaires chaque fois que je vais dans une librairie.
Et Tourville d’Alex Jestaire, le premier bouquin que j’ai défendu au Diable, et Une poire pour la soif de James Ross, une histoire des frères Coen cinquante ans avant, et American Tabloid de James Ellroy, et La Horde du contrevent d’Alain Damasio. Faut pas me poser ce genre de questions, tu sais, j’arrive jamais à y répondre comme il faut.

Un film : Il était une fois en Amérique, ou à peu près n’importe quoi de Sergio Leone. Parce que ses films sont à la fois élégants et parfaitement anars version je-m’en-foutiste, et que, bon, le monde se divise en deux catégories.

Une série cool : Lost. Parce que je l’ai aimée même si elle s’est un peu foutue de moi, que je ne suis pas déçu de la fin de notre histoire – je la voyais en partie arriver depuis un moment mais on était bien ensemble – et que je sais que je chercherai à la revoir.

Une série pourrie : Le Rebelle. Parce que les costumes de Bobby Six Killer, la coiffure de Bobby Six Killer, les bijoux de Bobby Six Killer, parce que le monologue de début.

Un nanar : Fifty/fifty : deux agents renégats de la CIA sont rappelés pour aller déstabiliser un gouvernement communiste oppresseur sur une île d’Asie. Ils seront en cela aidés, évidemment, par le peuple oppressé. La scène de fin est de toute beauté et je crois qu’il y a une explosion d’hélicoptère. Je peux me tromper, mais je crois que les deux personnages principaux sont doublés par la même voix française.
A égalité avec Mutronics / The Gyver, une histoire d’armure alien et de mutants machiavéliques. Mark Hammill y joue le flic en mocassins à glands.

29– Ton pire souvenir scolaire ?

Une humiliation quelconque en 6e, certainement.

29bis — Quand tu étais petit, tu voulais faire quoi comme métier ?

Pâtissier. Ou pilote de quelque chose qui va vite.

30– Quand je dis chaussette, tu penses à quoi en premier ?

A un chat.

31– Tu es plus pâte carbonara ou moule marinière ?

Breton => moules marinière.

32– ton livre de chevet actuel ? Pourquoi ?

Un manuscrit en remplace un autre, je n’ai jamais vraiment eu de livre de chevet.

33– Le livre que tu as détesté lire et que pourtant, tu as fini ?

Les Confessions, de Rousseau, au lycée, peut-être. L’Ombre du vent aussi. Ma mémoire a l’excellente habitude d’effacer les souvenirs des mauvais livres.

= Juste avant la fin, un peu de liberté  =

34– Une question à laquelle tu aurais aimé répondre et que je ne t’ai pas posé ?

Quel super-pouvoir aurais-tu aimé avoir ?

35– Et donc, la réponse ?

Pouvoir voler, bien entendu.

36– Un coup de gueule à passer ?

Je voudrais profiter de cette tribune pour exprimer mon opposition à l’injustice, à la violence, à la guerre, à la maladie et à ceux qui se garent sur des places handicapés. Je n’aime pas beaucoup le chômage non plus, ni les gens méchants. Et ne me lance pas sur les salauds qui maltraitent des chatons.

37– Un sujet qui te tient à coeur et dont tu veux parler à ceux qui lisent ton interview ?

J’aimerais bien un wombat de compagnie.

38– Le mot de la fin, en 17 mots ? (ce qui fait les 17 mots de la fin … )

Le savais-tu ? Il existe exactement dix-sept groupes de symétrie plane dans un espace à deux dimensions.


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  One Response to “MadInterview de l’homme derrière @audiablevauvert”

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Jean-Michel ARMAND and Général Spinoza, Clément Poursain. Clément Poursain said: Chouette itw de @AuDiableVauvert par @mrjmad ici : http://is.gd/fqmDI / Attention, cet homme aime les wombats. […]

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