{"id":921,"date":"2010-10-09T20:29:46","date_gmt":"2010-10-09T18:29:46","guid":{"rendered":"http:\/\/j-mad.com\/blog\/?p=921"},"modified":"2010-10-09T21:47:47","modified_gmt":"2010-10-09T19:47:47","slug":"la-cantatrice-et-lassassin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/2010\/10\/09\/la-cantatrice-et-lassassin\/","title":{"rendered":"La cantatrice et l&#8217;assassin"},"content":{"rendered":"<h4><em>Explication de texte : <\/em><\/h4>\n<p><em>La cantatrice et l&#8217;assassin est la premi\u00e8re nouvelle que j&#8217;ai fini, vraiment fini et que j&#8217;estime &#8216;lisible&#8217;. (si je l&#8217;ai fini, c&#8217;est peut-\u00eatre parce qu&#8217;il est tr\u00e8s court&#8230; mais bon l&#8217;important est que je sois arriv\u00e9 \u00e0 le finir). Je me souviens l&#8217;avoir \u00e9crit un samedi apr\u00e8s-midi, de novembre, il y a quelques ann\u00e9es, juste apr\u00e8s une op\u00e9ration mineure. Je m&#8217;en souviens bien, parce que les anesth\u00e9sies, m\u00eame locales, me mettent toujours un peu dans le cirage et que cette petite histoire, j&#8217;en ai r\u00eav\u00e9 une bonne partie, en d\u00e9but d&#8217;apr\u00e8s-midi, avant de me r\u00e9veiller et de me jeter sur un stylo, pour l&#8217;\u00e9crire d&#8217;une traite.<\/em><\/p>\n<p>L&#8217;assassin chercha du regard le num\u00e9ro de la chambre que ses patrons .. ou ses ma\u00eetres, oui ma\u00eetres \u00e9tait le mot qui convenait pensa-t-il, lui avaient donn\u00e9 en le d\u00e9posant \u00e0 deux rues de l&#8217;h\u00f4tel de luxe dont il arpentait les couloirs. Il n&#8217;avait que quelques dizaines de minutes avant qu&#8217;on ne d\u00e9couvre son intrusion. Il devait tuer la cantatrice. Lorsqu&#8217;il avait demand\u00e9 ce qu&#8217;\u00e9tait une cantatrice, ses ma\u00eetres lui avaient r\u00e9pondu qu&#8217;une cantatrice cr\u00e9ait de la musique et de l&#8217;espoir. L&#8217;assassin ne savait pas ce qu&#8217;\u00e9tait l&#8217;espoir et encore moins ce que pouvait \u00eatre la musique. Il trouva enfin la porte de la chambre qu&#8217;il cherchait. Tout en la crochetant, il pensa \u00e0 la tulipe de sang qu&#8217;il allait tracer avec la pointe de sa lame sur la peau de sa victime. La serrure c\u00e9da silencieusement. D&#8217;un bond, il entra dans la chambre, sa lame d\u00e9j\u00e0 d\u00e9gain\u00e9e et pr\u00eate \u00e0 tuer. La chambre \u00e9tait vide et plong\u00e9e dans la p\u00e9nombre. Seules quelques bougies et la p\u00e2le clart\u00e9 des deux clairs de lune filtrant \u00e0 travers les volets faisaient reculer l&#8217;obscurit\u00e9. Il ferma la porte en se demandant sur quelle partie du corps de la cantatrice il dessinerait sa tulipe. L&#8217;assassin aimait les peaux jeunes et lisses, les tulipes y fleurissaient bien mieux que sur la peau des vieillards. Ses ma\u00eetres lui avaient dit que la cantatrice \u00e9tait jeune, l&#8217;assassin sourit. Ce soir, sa tulipe serait superbe.<\/p>\n<p>L&#8217;assassin s&#8217;\u00e9loigna de la porte et scruta la pi\u00e8ce d&#8217;un long regard. D\u00e9cor\u00e9e de rouge et d&#8217;or, elle rayonnait la joie et la chaleur. Des valises \u00e0 demi-ouvertes \u00e9taient pos\u00e9es sur le bord du lit bordeaux. Sur un dossier de si\u00e8ge, une robe de soir\u00e9e attendait d&#8217;\u00eatre mise. L&#8217;assassin passa ses doigts sur le doux tissu soyeux. De la lumi\u00e8re filtrait du dessous d&#8217;une porte. Ce devait \u00eatre la salle de bain. Ses ma\u00eetres lui avaient certifi\u00e9 qu&#8217;elle serait dans sa chambre, la cantatrice devait donc \u00eatre l\u00e0. L&#8217;assassin tendit l&#8217;oreille, mais l&#8217;isolation \u00e9tait parfaite. Impossible de savoir ce que faisait la cantatrice. Il raffermit sa prise sur le manche de sa lame et avan\u00e7a doucement vers la porte, tous les sens aux aguets. Il posa enfin la main sur la poign\u00e9e. Il pensait ouvrir la porte et se jeter en avant pour \u00e9gorger sa cible avant qu&#8217;elle n&#8217;ait le temps d&#8217;appeler des secours. Il fit tourner la poign\u00e9e et pr\u00e9para sa dague. Alors qu&#8217;il allait sauter dans la pi\u00e8ce, la musique le stoppa net dans\u00a0 son \u00e9lan. La cantatrice \u00e9tait sous la douche, il pouvait la distinguer vaguement \u00e0 travers le rideau de plastique. Mais surtout, la cantatrice chantait. De toute sa vie, l&#8217;assassin n&#8217;avait jamais entendu la moindre musique, le plus petit chant. Et l\u00e0, brutalement, il entendait un chant si parfait.. qu&#8217;il en avait mal. Quelque part il le savait, des gardes avaient d\u00e9couvert sa pr\u00e9sence. Ils devaient s\u00fbrement d\u00e9j\u00e0 \u00eatre en train de hurler dans leur radio tout en courant vers cette petite salle de bain. Il le savait et pourtant il ne bougeait pas. Plus rien n&#8217;avait d&#8217;importance, plus rien d&#8217;autre n&#8217;existait que ce chant qui lui parlait, qui lui racontait sa propre vie.<\/p>\n<p>Il entendit le chant lui parler des lacs infinis de tristesse o\u00f9 il s&#8217;\u00e9tait si souvent noy\u00e9. Il \u00e9couta le chant lui parler des d\u00e9serts de souffrance que lui avaient inflig\u00e9s ses ma\u00eetres pour parfaire son entra\u00eenement. Le chant lui raconta les \u00e9tendues blanches et infinies de solitude qu&#8217;il avait travers\u00e9 tout au long de sa vie. L&#8217;assassin sentait les larmes couler sur ses joues. Ses doigts se d\u00e9serr\u00e8rent et sa lame tomba au sol. Le chant continuait \u00e0 lui parler et lui continuait \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 pleurer. Les bruits de cavalcade se rapproch\u00e8rent et les gardes enfonc\u00e8rent la porte de la chambre qu&#8217;il avait si soigneusement referm\u00e9. Ils se pr\u00e9cipit\u00e8rent \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la chambre en hurlant \u00e0 la cantatrice de ne pas bouger. La cantatrice, effray\u00e9e, arr\u00eata de chanter.\u00a0 Apeur\u00e9e, elle cria qu&#8217;elle \u00e9tait dans la salle de bain et passa la t\u00eate entre les deux pans du rideau de douche. Elle vit alors son assassin, les yeux plein de larmes, le regard perdu et rempli de douleur, son arme tra\u00eenant sur le sol. Elle vit aussi les gardes faire irruption. L&#8217;assassin encore emp\u00eatr\u00e9 dans la puissance et la beaut\u00e9 du chant reprit alors quelque peu ses esprits. Il tenta de se baisser tout en ramassant son arme pour faire face aux soldats et lutter. La cantatrice vit toute la sc\u00e8ne comme au ralenti. L&#8217;assassin se retournait lentement, un instant elle crut qu&#8217;il allait r\u00e9ussir \u00e0 ramasser son arme et \u00e0 rouler bouler jusque derri\u00e8re un meuble. Mais les gardes d\u00e9gain\u00e8rent et tir\u00e8rent. L&#8217;assassin re\u00e7ut les tirs des lasers en plein ventre. Il crut que ses entrailles hurlaient de douleur dans son cr\u00e2ne. Il s&#8217;\u00e9croula, sa vie s&#8217;\u00e9coulant lentement de ses blessures.<\/p>\n<p>Le chef des gardes s&#8217;excusa aupr\u00e8s de la cantatrice pour cet incident. Il lui promit que tout serait rapidement remis en ordre, qu&#8217;on allait la changer de chambre et que cela ne se reproduirait plus. Il hurla dans sa radio pour que le service de ramassage se d\u00e9p\u00eache d&#8217;arriver pour s&#8217;occuper d&#8217;un mort et qu&#8217;on envoie au plus vite des gens pour la cantatrice.<\/p>\n<p>L&#8217;assassin, envelopp\u00e9 de son linceul de souffrance tenait ses mains crisp\u00e9es sur son ventre d\u00e9chir\u00e9. Il tourna la t\u00eate vers la cantatrice. &#8220;Chantez encore, s&#8217;il vous pla\u00eet&#8221; supplia-t-il de la voix p\u00e2teuse des agonisants. Les gardes rican\u00e8rent en lui promettant qu&#8217;il aurait bient\u00f4t droit aux doux chants des d\u00e9mons de l&#8217;enfer et le chef de la s\u00e9curit\u00e9 lui envoya un coup de pied dans les genoux pour faire bonne figure.<\/p>\n<p>&#8220;De l\u00e0 d&#8217;o\u00f9 je viens, on respecte les mourants et on ex\u00e9cute leur derni\u00e8re volont\u00e9, m\u00eame si ce sont des criminels&#8221; s&#8217;insurgea la cantatrice d&#8217;un ton sec et tranchant. Elle sortit de la douche et s&#8217;agenouilla dans le sang de l&#8217;assassin. Les gardes \u00e9berlu\u00e9s ne savaient plus que dire ou que faire. La plus grande des cantatrices, celle pour qui les princes se damneraient, celle que tous r\u00eavaient d&#8217;entendre chanter, celle dont les chants ravissaient les foules et faisaient na\u00eetre l&#8217;espoir dans des millions de c\u0153urs. Celle-la m\u00eame \u00e9tait nue devant eux, assise dans le sang de celui qui avait tent\u00e9 de la tuer. La cantatrice prit la t\u00eate de l&#8217;assassin et la posa sur ses genoux. L&#8217;assassin ouvrit \u00e0 nouveau les yeux. Il plongea son regard au fond de celui de la cantatrice qui lui caressait les cheveux et le front. Il d\u00e9glutit et articula difficilement alors que du sang apparaissait d\u00e9j\u00e0 aux commissures de ses l\u00e8vres : &#8220;Chantez encore, s&#8217;il vous pla\u00eet, chantez encore pour moi.&#8221;<br \/>\nLa cantatrice continua \u00e0 peigner les cheveux de son assassin. Les larmes coulaient maintenant sur ses joues.<br \/>\n&#8220;Oui, je vais chanter encore une fois pour toi&#8221; r\u00e9pondit-elle dans un souffle. La cantatrice commen\u00e7a alors \u00e0 chanter. Elle chanta la vie, la rougeur de l&#8217;amour et le blanc de la haine, elle chanta l&#8217;espoir, la douleur et la joie. Les gardes debout \u00e9coutaient et pleuraient submerg\u00e9s par la force du chant.<\/p>\n<p>Le regard de l&#8217;assassin ne l\u00e2chait plus celui de la cantatrice, muet dialogue, muet pardon. Il \u00e9coutait le chant qui lui parlait, lui apprenait les sentiments et les \u00e9motions qu&#8217;il ne connaissait pas. Et la cantatrice chanta encore, la flaque de sang autour d&#8217;elle s&#8217;agrandissant peu \u00e0 peu.<\/p>\n<p>Pour\u00a0 la premi\u00e8re fois, alors que sa vie le quittait, l&#8217;assassin comprenait ce qu&#8217;\u00e9tait le bonheur d&#8217;\u00eatre en vie, pour la premi\u00e8re fois il \u00e9tait heureux et en paix.\u00a0 Il laissa le chant lui raconter le bonheur, il laissa le chant le bercer. La cantatrice chanta jusqu&#8217;\u00e0 ce que le visage de son assassin devienne froid sous ses doigts. Elle ferma alors les yeux de l&#8217;inconnu qui avait voulu la tuer. Et pour la premi\u00e8re fois, une cantatrice pleura son assassin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Explication de texte : La cantatrice et l&#8217;assassin est la premi\u00e8re nouvelle que j&#8217;ai fini, vraiment fini et que j&#8217;estime &#8216;lisible&#8217;. 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