{"id":1715,"date":"2011-10-12T18:18:18","date_gmt":"2011-10-12T16:18:18","guid":{"rendered":"http:\/\/j-mad.com\/blog\/?p=1715"},"modified":"2011-10-12T18:20:52","modified_gmt":"2011-10-12T16:20:52","slug":"pour-un-panier-en-plastique-de-plus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/2011\/10\/12\/pour-un-panier-en-plastique-de-plus\/","title":{"rendered":"Pour un panier en plastique de plus"},"content":{"rendered":"<p><em>(NdA : pour la petite histoire, j&#8217;ai imagin\u00e9 cette nouvelle, un \u00e9t\u00e9, alors qu&#8217;en vacances chez mes beaux parents, je rangeais le panier \u00e0 linge de ma belle-maman et que je me demandais qui s&#8217;occupait de dessiner les petits motifs sur ledit panier).<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Georges avait 41 ans. Il pensait \u00eatre quelqu&#8217;un d&#8217;important. Chaque soir, lorsqu&#8217;il rentrait chez lui, apr\u00e8s qu&#8217;il se soit lav\u00e9 les mains et les oreilles, sa m\u00e8re le lui r\u00e9p\u00e9tait. Pendant tout le repas, et jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;ils aillent se coucher apr\u00e8s avoir pass\u00e9 leur soir\u00e9e devant la t\u00e9l\u00e9vision, elle ne cessait de lui dire combien il \u00e9tait sp\u00e9cial, dou\u00e9, talentueux. Georges en \u00e9tait lui-m\u00eame convaincu. D&#8217;ailleurs, il avait fait les Beaux-Arts et si il n&#8217;avait jamais \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9, si ses oeuvres n&#8217;avaient pas eu de succ\u00e8s, il savait que c&#8217;\u00e9tait simplement parce que les grands artistes ne sont jamais reconnus de leur vivant.<\/p>\n<p>En fait, Georges \u00e9tait un rat\u00e9. S&#8217;il avait fait les Beaux-Arts, ce n&#8217;\u00e9tait pas parce qu&#8217;il avait du talent, mais bien gr\u00e2ce aux relations de sa m\u00e8re. Elle avait m\u00eame r\u00e9ussi tant bien que mal, \u00e0 force de pressions et de menaces, \u00e0 ce qu&#8217;il ne soit pas renvoy\u00e9 avant la fin. Apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de d\u00e9convenues et de d\u00e9ceptions toutes plus humiliantes les unes que les autres, Georges, gr\u00e2ce \u00e0 un ami de sa m\u00e8re, avait fini par trouver du travail dans une grande fabrique de paniers en plastique.<\/p>\n<p>Son entreprise fabriquait toutes sortes de paniers, des paniers \u00e0 linge, des petits, des grands, des paniers en forme de tube, de cube ou d&#8217;\u00e9toile. Et Georges avait la difficile t\u00e2che de dessiner les diff\u00e9rents motifs qui seraient imprim\u00e9s, trou\u00e9s ou grav\u00e9s sur les paniers. Peu \u00e0 peu, ann\u00e9es apr\u00e8s ann\u00e9es, il avait finit par se convaincre qu&#8217;il \u00e9tait l&#8217;un des piliers de son entreprise. Il avait constamment peur de perdre l&#8217;inspiration. Georges se figurait en effet que sans lui et son talent, la fabrique de panier dans laquelle il travaillait, son entreprise comme il l&#8217;appelait serait vou\u00e9e \u00e0 la faillite. De m\u00eame, pour ne pas risquer d&#8217;oublier une id\u00e9e g\u00e9niale, il ne se d\u00e9pla\u00e7ait jamais sans un petit calepin sur lequel il dessinait ses esquisses de motifs. Ayant conscience de sa valeur, il ne parlait plus aux autres employ\u00e9s, les consid\u00e9rant comme de simples outils jetables suivants les volont\u00e9s du march\u00e9. Bien entendu son attitude hautaine en avait fait la cible de tous les quolibets. Pour Georges, les sarcasmes de ses coll\u00e8gues \u00e9tait la preuve parfaite de leur jalousie et donc de son talent. Mais cela ne l&#8217;emp\u00eachait pas de se lamenter \u00e0 ce sujet aupr\u00e8s de sa m\u00e8re. Comme il aurait aim\u00e9, disait-il souvent, que les gens moins dou\u00e9s que lui sachent rester \u00e0 leur place, qu&#8217;ils se contentent de leur petitesse et l&#8217;admirent pour son talent.\u00a0 Mais, soupirait-il, tandis que sa m\u00e8re l&#8217;aidait aux mots crois\u00e9s, les gens peu g\u00e2t\u00e9s par la nature sont ainsi qu&#8217;ils n&#8217;\u00e9prouvent que col\u00e8re et jalousie.<\/p>\n<p>Georges \u00e9tait tellement certain d&#8217;\u00eatre la force vive de son entreprise qu&#8217;il suivait les ventes de chacun des nouveaux produits et cela quotidiennement. Lorsqu&#8217;un des nouveaux types de paniers mis sur le march\u00e9 se vendait mal, il le prenait comme un affront personnel, comme un d\u00e9ni de son talent. Lorsque\u00a0 le mod\u00e8le grand format de panier \u00e0 linge rectangulaire sur lequel il avait dessin\u00e9 des farandoles de petits cochons et de li\u00e8vres avait fait un monumental flop, Georges avait bien failli ne jamais s&#8217;en remettre.<\/p>\n<p>Pourtant, malgr\u00e9 toute la satisfaction que lui apportaient l&#8217;importance de sa position sociale et sa vie parfaitement r\u00e9ussie, il n&#8217;\u00e9tait pas tout \u00e0 fait heureux. Il r\u00eavait en effet de partir en croisi\u00e8re avec sa m\u00e8re, une longue croisi\u00e8re \u00e0 la conqu\u00eate des \u00eeles tropicales. Il \u00e9conomisait donc, petit \u00e0 petit, afin de s&#8217;offrir son r\u00eave.<\/p>\n<p>Finalement, Georges eut assez d&#8217;argent. Consciencieusement, il pr\u00e9para ses bagages et ceux de sa m\u00e8re. Comme il \u00e9tait pr\u00e9voyant et qu&#8217;il ne voulait pas risquer que l&#8217;une de ses g\u00e9niales id\u00e9es soit perdue en cas de naufrage, il avait achet\u00e9 un petit scanner et un transmetteur par satellite. Ainsi, il pourrait envoyer \u00e0 son bureau chacun de ses croquis et m\u00eame s&#8217;il arrivait malheur au bateau, il continuerait, pour un temps, \u00e0 soutenir les ventes de son entreprise.<\/p>\n<p>Un matin, alors que la croisi\u00e8re touchait \u00e0 sa fin et que Georges admirait son tout nouveau bronzage rouge br\u00fbl\u00e9, il eut une id\u00e9e g\u00e9niale, une v\u00e9ritable illumination. Pris de tremblements sous la beaut\u00e9 de son inspiration, il pris son calepin et dessina une frise de losanges, chacun des losanges \u00e9tant constitu\u00e9 de petites spirales. D\u00e8s qu&#8217;il eut finit son croquis, il se pr\u00e9cipita dans sa cabine et le scanna. Au moment d&#8217;envoyer le croquis num\u00e9ris\u00e9, il fut pris d&#8217;un acc\u00e8s de parano\u00efa et d\u00e9cida d&#8217;utiliser les fonctionnalit\u00e9s de cryptage de son transmetteur. Celui-ci mis ce qui sembla une \u00e9ternit\u00e9 \u00e0 Georges pour crypter et envoyer le fichier \u00e0 son bureau. Enfin, il \u00e9mit une courte s\u00e9rie de bips aigus, indiquant que l&#8217;envoi \u00e9tait fini. Georges s&#8217;autorisa alors \u00e0 soupirer de soulagement. Plus que jamais, il avait la sensation qu&#8217;il \u00e9tait important et que ses actes auraient d&#8217;immenses cons\u00e9quences. Et, malheureusement, pour la premi\u00e8re fois, Georges avait raison.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s l&#8217;envoi de Georges, sur la face cach\u00e9e de la Lune.<\/p>\n<p>Zggrtsu, le charg\u00e9 des communications de la base avanc\u00e9e ZgrutStio dans ce syst\u00e8me solaire courait de toutes ses 22 pattes le long des coursives pour aller pr\u00e9venir le commandant.<\/p>\n<p>Les ZgrutStio; cette race technologiquement tr\u00e8s avanc\u00e9e \u00e9tait pr\u00e9sente dans la majeure partie de la galaxie. Pourtant, ce n&#8217;\u00e9tait pas une race port\u00e9e sur la recherche th\u00e9orique et la science. Non, c&#8217;\u00e9tait plut\u00f4t des pirates, des pilleurs. Ils recherchaient avec avidit\u00e9 de jeunes civilisations pleine de vie. Une fois qu&#8217;ils en avaient trouv\u00e9e une, ils attendaient, l&#8217;espionnant, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;elle devienne m\u00fbre. Alors ils attaquaient, volant tout ce qu&#8217;ils pouvaient voler, r\u00e9duisant les \u00e9lites en esclavage, d\u00e9truisant tout le reste. Cette fois-ci, les ZgrutStio s&#8217;estimaient plus que chanceux. La civilisation qu&#8217;ils surveillaient, bien que tr\u00e8s jeune, \u00e9tait tr\u00e8s prometteuse. Les ZgrutStio esp\u00e9raient que les secrets qu&#8217;ils allaient pouvoir voler leur donneraient un avantage important contre les Dracvis. Les ZgrutStio \u00e9taient en effet en guerre contre les Dracvis et cette guerre ensanglantait la Galaxie depuis des milliers d&#8217;ann\u00e9es. Les deux races avaient jur\u00e9 qu&#8217;elles se d\u00e9truiraient l&#8217;une l&#8217;autre.<\/p>\n<p>Mais revenons \u00e0 Zggrtsu.<\/p>\n<p>Ses longues tentacules dorsaux brillaient de l&#8217;\u00e9carlate le plus pur, signe de la terreur qui lui gla\u00e7ait le sang. Il d\u00e9boula dans la salle de r\u00e9union du conseil de la base alors que celui-ci \u00e9tait r\u00e9uni au grand complet pour discuter des prochains objectifs \u00e0 remplir. Les tentacules dorsaux du commandant en chef en devinrent vert de col\u00e8re. Il ne retint d&#8217;ailleurs qu&#8217;avec d&#8217;immenses efforts le jet d&#8217;acide concentr\u00e9 qu&#8217;il aurait pu cracher sur le jeune Zggrtsu.<\/p>\n<p>&#8220;Comment osez-vous d\u00e9ranger ainsi le conseil ? Vous voulez \u00eatre d\u00e9class\u00e9 et finir en nourriture pour larve ? Expliquez vous officier ?&#8221;.<\/p>\n<p>Zggrtsu, tremblant, tenta de reprendre un peu d&#8217;aplomb &#8220;J&#8217;ai capt\u00e9 une transmission Dracvis de niveau 20, Monsieur&#8221;.<\/p>\n<p>Les tentacules dorseaux du commandant s&#8217;agit\u00e8rent de surprise.<\/p>\n<p>&#8220;D&#8217;o\u00f9 provenait cette transmission ? Et que disait-elle ?&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Elle provient de la plan\u00e8te que nous surveillons, Monsieur. Il semblerait que les habitants de celle-ci soit sous la protection des Dracvis&#8221;.<\/p>\n<p>Les membres du conseil d\u00e9glutirent de surprise, tandis que les dos se teintaient de violine, couleur de la stupeur puis pass\u00e8rent rapidement au bleu haineux.<\/p>\n<p>Zggrtsu continua, esp\u00e9rant que les hauts grad\u00e9s qui l&#8217;entouraient ne d\u00e9chargeraient pas leur haine sur lui.<br \/>\n&#8220;Le message est explicite, ils disent qu&#8217;ils savent que nous les espionnons, qu&#8217;eux-m\u00eames nous surveillent et qu&#8217;en \u00e9coutant nos transmissions, ils ont pu d\u00e9couvrir les coordonn\u00e9es de notre plan\u00e8te m\u00e8re.&#8221;<\/p>\n<p>Zggrtsu, se laissa enfin aller \u00e0 la panique, ses tentacules parcourant toutes les nuances de l&#8217;arc en ciel. &#8220;Comment ont-ils pu d\u00e9couvrir cela ? Si les Dracvis venaient \u00e0 avoir cette information qu&#8217;adviendrait-il de nous ?&#8221;.<\/p>\n<p>Le commandant en chef, sans r\u00e9pondre \u00e0 Zggrtsu, appuya sur certains des boutons de la console qui se trouvait devant lui. Une grande image holographique apparu alors, au centre un ZgrutStio surpris salua.<\/p>\n<p>&#8220;Salutation mon commandant, que puis-je pour vous ?&#8221;.<\/p>\n<p>Le commandant rendit le salut puis donna ses ordres.<\/p>\n<p>&#8220;Officier, je veux que vous armiez imm\u00e9diatement tous les vaisseaux chasseurs avec les petits destructeurs et que vous attaquiez, j&#8217;ordonne la destruction imm\u00e9diate de la plan\u00e8te bleue&#8221;.<\/p>\n<p>Et tandis que des dizaines de petits vaisseaux chasseurs d\u00e9collaient de la base ZgrutStio leurs soutes charg\u00e9es de mort, Georges lui, montrait la frise \u00e0 sa m\u00e8re, lui assurant que ce motif l\u00e0 transformerait le monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(NdA : pour la petite histoire, j&#8217;ai imagin\u00e9 cette nouvelle, un \u00e9t\u00e9, alors qu&#8217;en vacances chez mes beaux parents, je rangeais le panier \u00e0 linge de ma belle-maman et que je me demandais qui s&#8217;occupait de dessiner les petits motifs sur ledit panier). &nbsp; Georges avait 41 ans. Il pensait \u00eatre quelqu&#8217;un d&#8217;important. Chaque soir, &hellip; <a href=\"https:\/\/j-mad.com\/blog\/2011\/10\/12\/pour-un-panier-en-plastique-de-plus\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Pour un panier en plastique de plus<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[49],"tags":[],"class_list":["post-1715","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoires-et-ecrits"],"aioseo_notices":[],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p12cdp-rF","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1715","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1715"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1715\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1718,"href":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1715\/revisions\/1718"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1715"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1715"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/j-mad.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1715"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}