Nov 052010
 

Bon alors, comme je n’ai pas eu le temps de beaucoup poster depuis lundi, un petit billet rapide listant les petites références plus ou moins obscures qui se sont glissées dans les trois premiers épisodes de mon PolarGeek.

Petites précisions à propos des références, quand c’est Alana qui les donne directement, à travers une pensée ou un dialogue, je m’oblige à n’utiliser que des références qu’elle peut avoir, histoire de rester un peu logique, tout de même.

L’épisode 1 était un peu trop court pour pouvoir s’amuser à mettre des clins d’œils (à part l’histoire des chocolatines ..:) ). Il n’y a donc qu’une référence aux fauteuils déco starwars.  Bon, en fait, je ne vais pas relever toutes les références à StarWars plus ou moins explicite, ça serait vous faire injure. Et rallonger artificiellement mon billet.

Pour l’épisode 2 :

  • Casey Pollard, c’est un petit clin d’oeil à Cayce Pollard, l’héroïne d’identification des schémas de William Gibson (un de ses chefs d’œuvres)
  • LearnMore, c’est directement relié à BuyMore, le magasin qui occupe une place centrale dans la série Chuck.
  • Le bonnet Domo Kun, je vous invite à aller le voir sur thinkgeek (le liens direct vers le bonnet) .

Pour l’épisode 3 :

  • Jack, qui apparaît dans le premier dialogue entre Alana et Mathieu est une référence, bien entendu, mais mystère, je ne vais pas non plus pas vous dévoiler tout de suite qui est Jack…
  • ‘Je ne dis pas que c’est pas injuste, je dis que ça soulage’ est une citation des tontons flingueurs, de Théo, pour être exact.
  • Evey, le nom de la chienne de Mathieu, c’est bien entendu tiré de V pour Vendetta.
  • La mention du scout ou du Alana was explosed by grenade → Team Fortress 2 (où je suis un très mauvais joueurs), mais ce n’est pas et de loin, la première fois qu’Alana en parle.
  • Tout plein de références directes à StarCraft 2, Zerg, Protoss et autres ..

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Oct 312010
 

Quatre jours maintenant que j’étais plongée dans l’audit du code d’e-learning. Enfin disons plutôt cinq jours, si j’en crois le tac que j’ai entendu quand j’ai commencé mon dernier, enfin presque dernier, expresso.

Et mon dieu, j’ai rarement vu une application aussi mal développée. Quand je parlais de garagistes à propos de certaines SSII, je crois que j’étais en dessous de la vérité. J’ai déjà listé des dizaines de failles possibles, de trous de sécurité si grands qu’on pourrait y faire passer des troupeaux d’éléphants… J’avais vraiment l’impression de remonter un fleuve de merdes codifiques depuis que j’avais plongé mon nez là-dedans.

“Mais…”, je ne pus retenir une exclamation, m’attirant le regard courroucé de mon Dark Vador Bubble Head, réveillé en sursaut alors qu’il rêvait de conquérir la galaxie et de faire cuire à la broche des petits lutins verts.

Pourquoi, mais pourquoi celui qui avait codé cette appli avait trouvé intelligent de faire générer en javascript des bouts de requêtes SQL exécutées sans vérification sur le serveur ? Je n’avais plus qu’à rajouter un item dans mon long long long rapport de failles et faire un petit patch rapide.

De longs couloirs dégueulasses et sombres. A ma droite, Drak courait en clopinant, lâchant un juron douloureux de temps en temps, visiblement mal en point. A ma gauche, Risfil, qui n’a plus rien de l’elfe propre sur lui qu’il était encore il y a quelques heures. Je ravale mes larmes en pensant à Fyx, notre barde qui doit servir de festin aux créatures qui nous sont tombées dessus… J’entends encore son dernier cri lorsque ces monstres l’ont fait tomber à terre et ont commencé à le dévorer, alors qu’il était encore vivant… Nous n’aurions pas du accepter la mission que l’encapuchonné nous proposait. Dès le départ, je savais que c’était trop bien payé pour être honnête. Et les morts ne profitent pas de leur argent. Si je devais mourir, ça ne serait pas seule. Je me retournais écartant les bras tout en psalmodiant les premiers mots de mon plus puissant sortilège. Le pouvoir se rua dans mes veines, électrisant mes cheveux, tandis que la magie hurlait d’impatience, attendant que je prononce le dernier mot de mon sortilège, attendant d’être libérée et de…

Je reconnu rapidement la sonnerie qui me vrillait les tympans comme étant celle de mon smartphone. Le retrouver ne fut pas une aussi mince affaire.
“Allo ?
– Hum, excusez-moi Monsieur le zombie, j’ai du me tromper de numéro…
– Fais pas le con Mathieu, tu me réveilles.
– A 15 heures ?
– J’ai bossé tard.
– Ok, tu as le temps pour un ciné avec tes vieux potes ?
– Pas cette fois, non, faut que je m’y remette.
– Ok, tant pis, passe le bonjour à Jack.”

Avant que je n’ai pu répondre de la répartie la plus cinglante que j’eus été capable de trouver au saut du lit, ce fourbe avait déjà raccroché. Tant pis. Je trouverais bien l’occasion de me venger. En attendant, je récupérais Jack qui était tombé de notre lit, je l’adossais à nouveau aux coussins et rallumais la machine à expresso.

Je vous ai déjà dit que je détestais les lundi ? Et bien, c’est encore pire lorsqu’ils arrivent après un week-end passé à auditer l’un des logiciels le plus mal codé de l’histoire de l’humanité. Cette appli était une telle catastrophe que sur les dernières heures j’aurais préféré faire n’importe quoi, même des logiciels de gestion d’assurance en WinDev plutôt que continuer à explorer ce code…

“Bonjour Messieurs, j’ai donc procédé durant la semaine dernière à un rapide audit non exhaustif de votre application”. Carpendar n’avait malheureusement pas profité de la semaine pour redécorer son bureau. J’avais l’impression que chacune des photos de lui me regardait tandis que j’exposais le résultat de mes recherches au petit comité qui m’écoutait. “Je dis non exhaustif parce que vu la somme de problèmes que j’ai trouvée…”, petit signe vers le gros rapport posé sur le bureau du DG, “… je pense qu’il faudra que vous procédiez à un audit complet de votre application”.

Plus je parlais, plus l’heure tournait, plus je les voyais se décomposer. J’étais presque sûre que Carpendar réfléchissait à comment il allait pouvoir faire en sorte que mon rapport n’arrive jamais jusqu’aux dirigeants d’Horizon. Quant à Tave, il devait prier pour que mes conclusions ne soient pas trop violentes avec lui. “En conclusion, en ce qui concerne l’audit, je vous ai joint un patch corrigeant ou limitant chacun des problèmes que j’ai pu trouver. Je vous conseille d’ailleurs vivement de me laisser les mettre en place dès la fin de cette réunion”.

“Et concernant les piratages ? D’après Monsieur Tave, personne n’a tenté de se connecter d’une manière frauduleuse. N’est-ce pas ?” Le gugus avait un large sourire victorieux en répondant à son boss. Je préférais de loin lorsque quelques minutes plus tôt il suait à grosses gouttes en se demandant si j’allais citer les noms des responsables qui avaient commit le code que j’avais audité et s’il en ferait partie. “Effectivement, aucune tentative de connexion frauduleuse, comme je le pensais. Je pense que Mademoiselle Oscar a formulé des conclusions un peu hâtives la semaine dernière et que c’est bien, comme je vous l’avais dit, un piratage d’un élève.” J’enrageais. L’image rapide d’un clavier lui écrasant le crâne me traversa l’esprit. Le bougre continua sur sa lancée. “Il est fort probable que les corrections qui nous sont proposées régleront le problème. Est-il absolument nécessaire de garder le dispositif de contrôle que nous avons du mettre en place ? Il ralentit en effet notre applicatif et j’ai peur que les utilisateurs finissent par se plaindre”. Mais qu’est-ce qu’il avait à me descendre comme ça celui-là ? A croire qu’il veut absolument redorer son blason.

“Qu’en pensez-vous Mademoiselle ?”, me demande Carpendar. “Je pense qu’il est trop tôt pour en déduire quoi que se soit. Et que la plupart des protections que j’ai mises en place la semaine dernière sont de toute façon indispensables si vous voulez pouvoir dormir sur vos deux oreilles. Et qu’en cas de problèmes, elles vous donneront des informations qui vous permettront de réagir au mieux. Voilà ce que je vous propose : nous nous revoyons dans une quinzaine de jours et si vous souhaitez vraiment diminuer tout ce qui est logs et surveillance, je vous conseillerais sur ce que vous pouvez désactiver sans risque. Et je le ferais gratuitement. Mais en attendant, j’aimerais pouvoir patcher au plus vite votre application, certains problèmes sont vraiment critiques. Et j’aurais besoin de Monsieur Tave, son nom est cité à plusieurs reprises dans des portions de code  problématiques, il pourrait être utile que je lui explique quelques subtilités”. Le dit Tave se fit littéralement fusillé du regard par son patron. Œil pour œil, Monsieur le développeur. Et tant pis si je n’étais pas entièrement sûre que cela soit vrai, les auteurs ne figurant quasiment jamais en entête des fichiers. Il le méritait bien. Je ne dis pas que c’est pas injuste, je dis que ça soulage, comme dirait Théo.

“Merci Mathieu de m’avoir amenée, je ne sais pas comment j’aurais fait sinon.
– Tu sais que j’aime te rendre service ma grande, et puis peut-être que tu accepteras un dîner…
– Le jour où tes zergs arriveront à la cheville de mes protoss peut-être, pas avant…
– Tu es trop dure. Je me gèle les fesses pour t’amener en banlieue alors que j’aurais pu rester au chaud devant mon clavier et voilà comment tu me remercies.
– Tu aurais pu aussi penser à la nettoyer, j’ai des poils de chien partout maintenant.
– Evey ne perd pas ses poils”, commença-t-il à répliquer alors que je lui en tendais trois ou quatre accrochés à ma manche de manteau. “Ou alors presque pas”, finit-il en maugréant.
– “Je vais faire un tour dans le coin, appelle-moi quand tu veux que je te ramène.
– Tu es vraiment un amour Mathieu, promis la prochaine partie, je laisse 35 secondes d’avance à tes zergs”. Je ne comprends pas pourquoi, il démarra alors sans me répondre et en me tirant la langue… Les hommes…

Même sans mon bonnet, étrangement, la standardiste me reconnue. “Monsieur Carpendar vous attend, vous pouvez y aller”.

L’ambiance du jour, dans le bureau du DG, n’était pas du tout la même que celle de la semaine dernière. Carpendar était visiblement joyeux, un peu comme s’il venait d’être classé premier sur un championnat de TeamFortress. Il exsudait la confiance et l’autosatisfaction. Quant à Tave, il me semblait étrange. Un peu comme s’il était surpris. Un peu comme le dernier survivant d’un Saw. “Mademoiselle Oscar, vous aviez raison et cela depuis le début. D’ailleurs pour vous remercier de vos services…”. Le DG fit glisser une enveloppe vers moi. Sans trop comprendre je l’ouvrais. J’y trouvais un premier chèque, correspondant au paiement de la facture que j’avais envoyée pour les jours passés. Mais il n’était pas seul. Son petit frère, son frère jumeau en fait, se trouvait aussi dans l’enveloppe. “Oui, nous avons décidé de rajouter une prime pour l’efficacité de votre travail. Vous nous ferez une facture supplémentaire que vous pourrez envoyer à notre service comptabilité.” “Merci beaucoup mais je ne comprends…”, je dus prendre sur moi de ne pas sauter sur place de bonheur. Ces deux chèques m’envoyaient directement au paradis des situations financières.

“Comme je le disais, vous aviez raison depuis le début. Samedi, Monsieur Tave a détecté une intrusion par l’un de nos salariés. Un professeur, que nous avions embauché il y a peu, s’est connecté et a changé plusieurs questions de l’examen qui se tient en ce moment même. Autant dire que nous avons tout de suite supprimé tous ses accès et que nous avons entamé une procédure de licenciement pour faute grave.
– Voici donc la raison de votre bonne humeur ?
– Pas seulement. En fait, ce recrutement a été fait par le service de DRH du groupe Horizon qui n’avait pas vérifié qu’il y a quelques mois ce salarié travaillait pour l’un de nos concurrents. Je ne suis pas loin de croire qu’il s’agissait en fait d’un salarié infiltré par ce concurrent. C’est la thèse que je viens de soutenir pendant une longue réunion avec le directoire du groupe Horizon et les responsables de leur DRH. Autant dire que certains se sont fait remonter les bretelles.” Bien évidement, lui n’en faisait pas partie. Il n’eut pas besoin de le préciser, tout le monde l’avait bien compris. Et s’il était aussi heureux, c’est qu’il était apparu comme le pompier, l’homme qui avait géré la crise et réglé le problème, sans bavure, sans vague. De quoi asseoir sa position au sein d’Horizon. Je comprenais bien mieux sa bonne humeur.

Pourtant, tandis que j’attendais devant leur immeuble que Matthieu revienne me chercher, quelque chose me semblait louche. Une impression de trop facile, de truc qui ne collait pas. Un peu la même impression lorsque que je fais irruption avec mon scout dans la base ennemie et que je la trouve vide, sans personne. Et généralement, d’après mon expérience, cette sensation laisse rapidement place aux tirs en rafale, des points de vie en chute libre avant de se conclure par un rageant Alana was explosed by grenade.

Mon Mocha Grande me réchauffait lentement, après la rincée que j’avais du combattre pour arriver jusque là. Le siroter lentement, Netbook sur les genoux, dans l’un de mes Starbucks préférés au troisième sous-sol d’un centre commercial, en attendant que la séance du ciné d’en face finisse me plongeait presque dans une transe tranquille. Comme toujours, j’avais enlevé l’opercule de plastique qui m’empêchait de le savourer pleinement. Et comme toujours, la buée opacifiait légèrement mes lunettes. Encore 35 minutes avant d’aller commencer à faire la queue pour ma place. Tout le temps de finir mon café et d’envoyer quelques mails. Enfin c’est ce que je pensais. Parce que je n’avais pas fini de penser cela que mon téléphone se mettait à sonner vigoureusement.

Carpendar, indiquait-il. Alors que je décrochais, une pensée me traversa l’esprit rapidement. Les grenades venaient d’exploser.
“Bonjour Mons…
– Je n’ai pas le temps pour des politesses. Je pensais que vous étiez la meilleure ! Les piratages recommencent. Je vous veux dans mon bureau tout de suite, au plus vite. Si vous ne réglez pas le problème, vous ne trouverez plus jamais un seul client. Je vous le promets. Vous finirez au tribunal et dans 72 ans vous nous paierez encore des dommages et intérêts.”

Avant que j’ai eu le temps de dire un mot, rien qu’un petit mot, il avait déjà raccroché. Apparemment, ce n’était pas un bon jour pour aller se faire un ciné…


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Feb 222010
 

Bon, ben voilà, après quelques semaine d’attente, et malgré les multiples obstacles que j’ai du surmonter, voici le nouveau chapitre de mon polar geek, qui du coup, gagne un titre un peu moins générique que Polar Geek. Un remerciement tout spécial à ma chère et tendre qui a hérité du travail de relecture. Et au vu de ses remarques, parfois assassines, ce ne fut pas de tout repos….
Bonne Lecture

«Avec plaisir oui, sucré et avec un peu de lait s’il vous plaît».
Et en plus il sucre son café… Si vous voulez mon avis, on devrait torturer les gens qui gâchent le café en le sucrant.
«Vous me disiez que vous vous étiez fait pirater, expliquez-moi ça, et d’abord, qu’est-ce que vous vous êtes fait pirater ?».
«Oui vous avez raison, il faut que je vous explique. Mais… Tout d’abord, ce que je vous dirais restera bien confidentiel n’est-ce pas ? Comme avec les avocats ?».
Ne pas rire, ne pas rire, me répétais-je alors.
«En fait non, Monsieur, mais j’ai une certaine déontologie que je respecte et si vous le voulez nous pouvons signer un accord de confidentialité tout de suite, celui-ci m’empêchera légalement de divulguer vos problèmes».
«Ah oui alors, signons cela, j’aurais l’esprit plus tranquille».
Aussitôt dit, aussitôt fait. Et c’est ainsi que j’appris son nom : Arthur Carpendar, DG d’une société appelée LearnMore.
«Maintenant que vous vous êtes assuré de mon silence Monsieur Carpendar, je vous écoute».
Tandis qu’il rangeait précieusement sa copie de l’accord de confidentialité, il commença à parler : «LearnMore est une société qui propose des formations à distance reconnues par l’État. Nous formons nos étudiants à tout type de métiers, mais nous sommes avant tout présents dans le médical. Nous nous occupons aussi des plateformes d’apprentissage et d’examens d’une majorité des écoles d’infirmières du pays».
Pendant que mon client parlait, je prenais rapidement des notes sur l’un des petits carnets à spirale qui jonchaient mon bureau. Oui, je sais, le papier c’est dépassé. Mais écrire m’aide à réfléchir. Et j’aime la sensation de mon stylo qui glisse sur le papier, je trouve ça étrangement sensuel.
«Et depuis quelques temps, un de nos élèves a réussi à nous pirater. Des dizaines de notes ont été changées, plusieurs tests ont vu leurs questions modifiées et d’une façon qui nous a ridiculisés…».
«Ah bon, que voulez-vous dire par là ?».
«Que demander à des élèves infirmiers s’il est vrai que le code du travail leur interdit de porter des sous-vêtements sous leur blouse, cela nous ridiculise…».
Comment dans de telles situations, je réussis à ne pas rire, parfois je m’impressionne moi-même. Cette fois-ci encore je jugulais mon rire et me contentais d’un : «En effet, ce n’est pas du meilleur effet».
«Non et cela doit cesser. Il y a quelques mois, nous avons été rachetés par un grand groupe américain, le groupe Horizon. Il y a eu, du coup, un nombre important de remaniements dans nos équipes, si vous voyez ce que je veux dire. Si l’affaire s’ébruite, c’est ma tête qui va tomber».
«Oui, je vois. Je saurais faire preuve de la plus grande discrétion. Mais pourquoi pensez-vous que c’est un piratage ? Vous avez des indices ?».
«En fait, c’est ce que pense notre ingénieur réseau, chef de projet. Il y a presque deux ans, nous avons demandé à une société de services de faire des modifications profondes dans le code. Notre informaticien pense qu’ils ont fait un travail de mauvaise qualité et ouvert des failles qu’un de nos élèves a fini par trouver».

Taper sur les sociétés de services, c’est toujours si pratique. Enfin, il faut bien dire qu’elles le méritent assez souvent. Mais on ne peut pas vendre de la viande et en même temps avoir un engagement qualité haut de gamme. Ce n’est que mon avis, mais je ne supporte plus ces garagistes de l’informatique.

«Ce que je vous propose, si vous acceptez mes tarifs, c’est de venir le plus rapidement possible dans vos locaux pour commencer à auditer le code de votre applicatif ainsi que votre SI et trouver votre pirate».
Mon presque client me coupa avant que je puisse énoncer mon prix de journée : «Votre prix sera le mien. Cet après-midi c’est le mieux si vous êtes disponible, je préviendrais les informaticiens».
Je ravalais précipitamment le chiffre que j’allais énoncer et pleine d’aplomb, en croisant les doigts derrière mon écran, lui assenais le double.
«C’est parfait», lâcha-t-il sans même frémir.
J’envoyais une petite prière silencieuse au dieu des détectives et tentait un : «Et bien entendu, il me faudrait trois jours d’acompte».
«Bien, je m’en doutais. Casey Pollard m’avait prévenu».
C’est bizarre comme parfois, les mots nous prennent au dépourvu. Je fus heureuse d’être assise.
«Pollard vous a parlé de moi?», demandais-je comme si cela n’avait aucune importance.
«Oui, je le connais depuis des années, nous avons des amis communs. Il y a trois ou quatre jours, je lui ai dit que j’avais des problèmes informatiques que je voulais régler en toute discrétion. Il m’a tendu votre carte en me disant qu’elle serait la solution à tous mes problèmes. Il a rajouté que ça allait me coûter cher, mais que le travail serait parfait».

Je bouillais de rage. Il avait même mes cartes de visite… Pensait-il que je n’étais pas capable de me débrouiller seule qu’il me faisait l’aumône des clients ? Je me rendis compte que je venais d’égorger violemment une Lucky Strike à coup d’ongles rageurs. Et que j’avais loupé les derniers mots de mon client.

«… le connaissez ?».
«Ah… C’est une longue histoire, disons que nous avons eu l’occasion de travailler ensemble. Par contre, si vous voulez bien me pardonner, je dois préparer l’entretien de cet après-midi avec votre équipe». Se rendit-il compte que je le jetais presque dehors ? Me prit-il pour une autiste d’une impolitesse crasse ? Je dois bien dire que sur le moment, cela m’importait peu. Je voulais juste être seule et me vider la tête avec une bonne session de Team Fortress.

L’après-midi était, comme il se doit pour un lundi après-midi d’hiver, gris et glacial. Après une vraie croisade à travers les transports publics suivie d’une petite marche que l’on pourrait qualifier de revigorante mais que je décrirais plutôt comme frigorifiante, je finis par enfin me retrouver devant les locaux de LearnMore. Pour que vous vous fassiez une idée, comparé à l’immeuble qui me faisait face, les tunnels du métro ressemblaient au pays joyeux de l’île aux enfants. Je me serais cru dans un mauvais polar. Vous savez ceux où les immeubles sont toujours gris et lugubres, perdus au fond d’une zone industrielle où les seules femmes que l’on croise sont celles qui attendent sur le bord de la route en faisant tourner leur petit sac à main. Un vrai cliché.

«Bonjour, Alana Oscar, Monsieur Carpendar m’attend», annonçais-je à la standardiste en soufflant sur le bout de mes doigts pour les réchauffer. J’ai le bout des doigts très sensibles, je ne supporte pas les gants, je ne peux donc porter que des mitaines. Et de toute façon, cela peut être très sexy les mitaines. En voyant que la standardiste me regardait avec des yeux aussi gros que des assiettes à pizza italienne, je me rendis compte que j’avais oublié d’enlever mon bonnet. C’est un cadeau de ma petite nièce. Elle a eu droit à un atelier couture pendant ses dernières vacances. J’ai donc gagné un gros bonnet en laine, comment dire, arc en ciel. Mais il tient chaud et ça lui fait plaisir que je le porte. Et puis en y réfléchissant, il nuit moins à ma vie sociale que mon vieux bonnet Domo Kun.
«C’est la nouvelle tendance de l’hiver, si vous m’appelez Monsieur Carpendar tout de suite, je vous dirais où vous pouvez l’avoir à tout petit prix». Elle ne daigna même pas me répondre…

«Vous avez raison Mademoiselle, il est ennuyeux qu’il n’y ait pas de logs sur les connexions du VPN, mais ce n’est pas très grave dans l’affaire qui vous occupe vu que ce n’est pas par ce biais que se connectent les élèves». Cela faisait moins d’une heure que j’étais là et j’avais déjà envie de courir à travers les couloirs en hurlant avant d’assommer le responsable réseau à coup de clavier, voire de l’écarteler avec des RJ45. Et le fait que ses notions d’anatomie humaine lui fasse croire que les yeux des femmes étaient à hauteur de poitrine, n’aidait pas vraiment non plus.

«Laissez-moi juge de ce qui est grave ou pas, Monsieur Tave». Je remontais mes lunettes d’une petite pichenette avant de continuer. Je ne devrais pas vous le dire, mais ce sont des verres blancs. Une femme informaticienne c’est déjà suffisamment dérangeant, si je ne portais pas de lunettes, je pense que certains de mes interlocuteurs refuseraient de croire que j’existe et me classeraient dans la catégorie créature mythique et fantasmée.

«Si je récapitule, votre applicatif est accessible à vos élèves, par le web, ce qui est normal. C’est la même chose pour les professeurs qui ne sont pas des salariés LearnMore. Mais aucun log n’est fait de leur activité, on sait juste quand ils se connectent et combien de temps. L’accès administrateur de ce même applicatif n’est possible que de votre réseau d’entreprise, cette limitation étant mise en place par de la restriction IP. Mais permettez-moi de vous dire que LearnMore n’a jamais été et ne sera jamais un password sécurisé. Pour que le tout soit un peu plus piquant, il existe un VPN qui donne accès à votre réseau d’entreprise, pour vos salariés mobiles. Bien entendu, à partir de ce VPN on peut se connecter sur votre application, y compris en accès administrateur, mais ça, apparemment, ça ne gène personne. Et, histoire d’être sûr de remporter le Darwin Awards des réseaux informatiques, il n’y a pas de logs de connexions concernant ce VPN. Rien, nada, nichego, le VPN le plus aveugle que je connaisse. Est-ce que j’oublie quelque chose ?»

«C’est que… Je… Je n’étais que développeur PHP jusqu’il y a peu de temps. Ce n’est que depuis la restructuration que je dois m’occuper du réseau aussi. J’ai tout laissé comme c’était avant que l’on vire le responsable».

«J’ai bien compris monsieur Tave…», faire un jeu de mot en lui disant qu’il était un pauvre gus me démangeait depuis qu’il s’était présenté, surtout qu’il avait le physique de l’emploi. «… que vous n’étiez pas qualifié pour gérer l’infrastructure réseau, et que vous n’êtes pas le seul à blâmer… Mais tout de même. Vous pensez vraiment que ce n’est pas grave qu’il n’y ait aucun log nulle part ? Vous pensez vraiment qu’il n’est pas important de logguer quand et d’où se connectent ceux qui ont les privilèges administrateurs ? Au vu de ce que vous venez de me montrer, les modifications dans vos bases pourraient venir de n’importe où et l’hypothèse que vous imaginez, celle de l’élève pirate informatique, me semble clairement la moins plausible».

C’est le moment que choisit Carpendar pour intervenir. «Monsieur Tave pensait pourtant que cela ne pouvait provenir que des élèves, que c’était, comme je vous l’ai dit ce matin, dû à une faille qu’aurait laissé la société de services qui a travaillé sur notre applicatif. Comment pouvez-vous affirmer le contraire sans avoir vu le code source. Et, si ce n’est pas cela, qui a donc piraté nos bases ?».
«Je parle en terme de plausibilité. Vu la qualité de votre sécurité informatique, je pense que c’est là que ce trouve le point faible. A mon avis, c’est tout simplement un sabotage interne. Quelqu’un qui par exemple n’a pas apprécié le rachat de votre société et qui se connecte soit directement de vos locaux, soit à travers le VPN».

Je vis alors clairement que mon hypothèse les choquait. L’admin réseau surtout, avait l’air catastrophé. Le pauvre, il devait se dire que tout allait lui retomber dessus. «Je vais tout de même auditer le code de votre application, au cas où. Mais pendant que je ferrais cela, vous monsieur Tave, vous allez changer les mots de passe de tous vos salariés en prétextant que le groupe Horizon vous oblige à mettre en place une politique de changement de mots de passe forcé tous les trimestres. Vous allez également faire en sorte que chaque action faite sur l’applicatif de cours soit loguées. Et enfin vous allez activer tous les logs possibles sur le VPN. Et surtout, surtout, vous allez changer le mot de passe du compte admin de votre applicatif. Et c’est moi qui vous donnerait le nouveau mot de passe. Des questions ?».
«Non Mademoiselle, je vais m’y mettre tout de suite et je vous tiendrais au courant».
«Non, avant cela, nous allons voir la configuration de votre VPN et définir des zones d’accès en fonction des fonctions des salariés. Monsieur Carpendar, nul besoin que vous restiez plus longtemps, cela va devenir technique, je viendrais vous voir pour faire un rapide debriefing avant de repartir, pourriez-vous simplement faire en sorte que je puisse rentrer en taxi après notre réunion ?».

Le bureau de Carpendar criait que celui-ci avait plus d’égo qu’un jeune diplômé de l’ENA. Des reproductions de tableaux que je trouvais moches à souhait, mais qui devaient être la dernière mode côtoyait des photos de lui lors de grandes occasions. Au centre, trônait un lourd bureau très Renaissance, un bureau de Président, tout à fait la sorte de bureau qui vous dit quand vous le voyez ”celui qui s’assoit ici est important, pour de vrai, tu devrais être heureuse de simplement avoir le droit de pouvoir lui adresser la parole”. Tout cela me fit sourire. Les DG, décidément, tous les mêmes.

«Je ne vous cacherais pas que votre politique de sécurité est déplorable. Je suis presque étonnée que vous n’ayez pas eu de problèmes plus tôt. Nous avons, avec Monsieur Tave, mis en place, une configuration un peu plus étoffée du VPN, en limitant autant que possible les accès. Avec les logs que l’on a rajouté un peu partout, nous devrions pouvoir y voir plus clair. Le risque principal, maintenant, c’est que votre pirate, si c’est un salarié interne prenne peur du fait du changement de mot de passe et arrête tout. De mon coté je vais auditer le code de votre application et je reviens vous voir dans une semaine, plus tôt si vous détectez une activité suspecte».


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Jan 242010
 

Voilà le premier épisode de ma contribution à Polar Geek. Je sais, c’est très court. Mais ce n’est que le premier épisode, une petite scène d’ouverture pour présenter les personnages. Et puis c’était histoire de me mettre en jambe, avant d’attaquer les choses sérieuses. J’espère en tout cas que ce premier épisode vous plaira (et les suivants encore plus). Allez hop, place à Polar Geek (j’espère trouver rapidement un nom pour cette histoire) :

Je déteste les matins, et encore plus les lundi matins. Surtout que depuis peu, pour réduire les coûts, j’ai installé mon bureau dans mon petit chez moi. Je ne peux donc même plus rester à trainasser en nuisette le lundi matin. Bon d’accord, je ne mets que des pyjamas. Mais le problème reste le même. Le lundi matin est, j’en suis certaine, le premier des cercles de l’enfer. Une espèce d’avant goût de ce qui attend les méchants. Du coup, je croise les doigts pour avoir le droit de faire la bise à Saint Pierre.

Voilà à peu près les pensées qui me trottaient la tête ce matin là. Toute à ces joyeuses pensées, je regardais le temps passer en discutant sur IRC, d’un sujet hautement important : est-ce qu’il était plus viril de dire «pain au chocolat» ou «chocolatine». Qu’une fille parle de virilité, ce n’est pas commun vous allez me dire. Et vous aurez raison. Mais j’ai tendance à oublier que je suis une fille. Et puis une fille qui vit seule avec ses ordinateurs et des peluches de petits démons ou de pingouins, ce n’est de toute façon pas commun. J’étais donc en train d’occuper mon temps d’une manière très instructive lorsque la sonnette de l’immeuble sonna.

«Oui ?», demandais-je, en essayant d’avoir l’air heureuse de répondre. Je sais, je suis d’une inventivité rare lorsque je parle à d’autres personnes, mais je vous l’ai déjà dit, c’était un lundi matin.
«Je viens voir A. Oscar», me répondit sèchement une voix d’homme, un brin essoufflé.
«Je vous ouvre, c’est au cinquième mais l’ascenseur est en panne», lui répondis-je avec toujours autant d’imagination, tout en lui ouvrant la porte.

Quelques dizaines de marches plus tard, j’entends mon visiteur, qui totalement haletant, frappe à ma porte. Je suis très fière de ma porte. Une belle porte blindée, vert pisseux mais sur laquelle sont collées, en lettres dorées, les mentions «A. Oscar» et juste en dessous «détective informatique». J’ai à chaque fois l’impression, lorsque je rentre chez moi, que je suis dans un vieux polar américain et que lorsque je rentrerais dans mon appartement, Bogart se retournera en me lançant un langoureux t’as de beaux yeux tu sais avant de… Enfin, voilà, j’adore ma porte. Mais revenons à mon visiteur qui entre, tout essoufflé. La quarantaine bien tassée, il détaille mon salon, contemple avec un petit air méprisant ma collection de figurines en vinyle puis me lance «Bonjour, je suis venu voir Monsieur Oscar, pourriez-vous m’annoncer ?».

Tu l’as bien cherché pourriez-vous me dire. Et vous auriez raison. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois, loin de là, que l’on me prenait pour la secrétaire de Monsieur Oscar. Pourquoi est-ce que je n’écrivais pas mon prénom en toutes lettres alors, pourriez-vous continuer à me demander. Ne vous méprenez pas, je n’ai pas honte de mon prénom, même si Alana ce n’est pas très commun (que voulez-vous, il doit y avoir peu de petites filles dont le papa admire Alan Turing), j’ai appris à l’aimer mon prénom. Non, il semblerait simplement que la plupart des gens qui pourrait avoir besoin de mes services pensent qu’une fille ne peut pas être compétente. Ce qui m’oblige à ruser. Mais qui du coup m’énerve lorsque l’on me prend pour la secrétaire. Je me rendis d’ailleurs compte que je l’étais, énervée, lorsque je pris conscience que je tapotais machinalement le filtre d’une de mes Lucky Strike contre mon clavier. J’essaie d’arrêter de fumer voyez-vous. Et mon patch de nicotine à moi, c’est de tapoter sans fin le filtre d’une Lucky contre mon clavier. Mais revenons à ce brave homme, que je fais patienter depuis quelques temps maintenant et qui visiblement commence à s’énerver, là debout dans mon salon bureau.

«Excusez-moi Monsieur, une affaire urgente à régler, permettez-moi de me présenter Alana Oscar, détective» (j’adore prononcer ce mot, à ce moment là, ça me donne des petits frissons partout). Je continue, sans lui laisser le temps de me couper. «Non ne vous excusez pas, les gens font souvent l’erreur, mais que voulez-vous, il se trouve que parfois un prénom féminin fait peur quand on parle d’informatique. Mais asseyez-vous et dites moi pourquoi vous êtes venus».

Mon bonhomme, ayant eu le temps de se reprendre son souffle, s’assit dans mes fauteuils décoration Star Wars et lâcha une seule phrase, d’un ton catastrophé. «Nous nous sommes fait pirater». C’est toujours pareil avec les clients, au moindre pépin, c’est la faute aux méchants pirates d’Internet. Aucune autre explication ne leur vient à l’esprit, non, c’est un piratage. J’essayais de cacher mon petit sourire amusé.

«Vous voulez un café pendant que vous me donnerez un peu plus de détails ?».

To be continued…


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