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	<title>Le Mad Blog &#187; Histoires et écrits</title>
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		<title>Pour un panier en plastique de plus</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Oct 2011 16:18:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoires et écrits]]></category>

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		<description><![CDATA[(NdA : pour la petite histoire, j&#8217;ai imaginé cette nouvelle, un été, alors qu&#8217;en vacances chez mes beaux parents, je rangeais le panier à linge de ma belle-maman et que je me demandais qui s&#8217;occupait de dessiner les petits motifs sur ledit panier). &#160; Georges avait 41 ans. Il pensait être quelqu&#8217;un d&#8217;important. Chaque soir, <a href='http://j-mad.com/blog/2011/10/12/pour-un-panier-en-plastique-de-plus/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>(NdA : pour la petite histoire, j&#8217;ai imaginé cette nouvelle, un été, alors qu&#8217;en vacances chez mes beaux parents, je rangeais le panier à linge de ma belle-maman et que je me demandais qui s&#8217;occupait de dessiner les petits motifs sur ledit panier).</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Georges avait 41 ans. Il pensait être quelqu&#8217;un d&#8217;important. Chaque soir, lorsqu&#8217;il rentrait chez lui, après qu&#8217;il se soit lavé les mains et les oreilles, sa mère le lui répétait. Pendant tout le repas, et jusqu&#8217;à ce qu&#8217;ils aillent se coucher après avoir passé leur soirée devant la télévision, elle ne cessait de lui dire combien il était spécial, doué, talentueux. Georges en était lui-même convaincu. D&#8217;ailleurs, il avait fait les Beaux-Arts et si il n&#8217;avait jamais été remarqué, si ses oeuvres n&#8217;avaient pas eu de succès, il savait que c&#8217;était simplement parce que les grands artistes ne sont jamais reconnus de leur vivant.</p>
<p>En fait, Georges était un raté. S&#8217;il avait fait les Beaux-Arts, ce n&#8217;était pas parce qu&#8217;il avait du talent, mais bien grâce aux relations de sa mère. Elle avait même réussi tant bien que mal, à force de pressions et de menaces, à ce qu&#8217;il ne soit pas renvoyé avant la fin. Après une longue période de déconvenues et de déceptions toutes plus humiliantes les unes que les autres, Georges, grâce à un ami de sa mère, avait fini par trouver du travail dans une grande fabrique de paniers en plastique.</p>
<p>Son entreprise fabriquait toutes sortes de paniers, des paniers à linge, des petits, des grands, des paniers en forme de tube, de cube ou d&#8217;étoile. Et Georges avait la difficile tâche de dessiner les différents motifs qui seraient imprimés, troués ou gravés sur les paniers. Peu à peu, années après années, il avait finit par se convaincre qu&#8217;il était l&#8217;un des piliers de son entreprise. Il avait constamment peur de perdre l&#8217;inspiration. Georges se figurait en effet que sans lui et son talent, la fabrique de panier dans laquelle il travaillait, son entreprise comme il l&#8217;appelait serait vouée à la faillite. De même, pour ne pas risquer d&#8217;oublier une idée géniale, il ne se déplaçait jamais sans un petit calepin sur lequel il dessinait ses esquisses de motifs. Ayant conscience de sa valeur, il ne parlait plus aux autres employés, les considérant comme de simples outils jetables suivants les volontés du marché. Bien entendu son attitude hautaine en avait fait la cible de tous les quolibets. Pour Georges, les sarcasmes de ses collègues était la preuve parfaite de leur jalousie et donc de son talent. Mais cela ne l&#8217;empêchait pas de se lamenter à ce sujet auprès de sa mère. Comme il aurait aimé, disait-il souvent, que les gens moins doués que lui sachent rester à leur place, qu&#8217;ils se contentent de leur petitesse et l&#8217;admirent pour son talent.  Mais, soupirait-il, tandis que sa mère l&#8217;aidait aux mots croisés, les gens peu gâtés par la nature sont ainsi qu&#8217;ils n&#8217;éprouvent que colère et jalousie.</p>
<p>Georges était tellement certain d&#8217;être la force vive de son entreprise qu&#8217;il suivait les ventes de chacun des nouveaux produits et cela quotidiennement. Lorsqu&#8217;un des nouveaux types de paniers mis sur le marché se vendait mal, il le prenait comme un affront personnel, comme un déni de son talent. Lorsque  le modèle grand format de panier à linge rectangulaire sur lequel il avait dessiné des farandoles de petits cochons et de lièvres avait fait un monumental flop, Georges avait bien failli ne jamais s&#8217;en remettre.</p>
<p>Pourtant, malgré toute la satisfaction que lui apportaient l&#8217;importance de sa position sociale et sa vie parfaitement réussie, il n&#8217;était pas tout à fait heureux. Il rêvait en effet de partir en croisière avec sa mère, une longue croisière à la conquête des îles tropicales. Il économisait donc, petit à petit, afin de s&#8217;offrir son rêve.</p>
<p>Finalement, Georges eut assez d&#8217;argent. Consciencieusement, il prépara ses bagages et ceux de sa mère. Comme il était prévoyant et qu&#8217;il ne voulait pas risquer que l&#8217;une de ses géniales idées soit perdue en cas de naufrage, il avait acheté un petit scanner et un transmetteur par satellite. Ainsi, il pourrait envoyer à son bureau chacun de ses croquis et même s&#8217;il arrivait malheur au bateau, il continuerait, pour un temps, à soutenir les ventes de son entreprise.</p>
<p>Un matin, alors que la croisière touchait à sa fin et que Georges admirait son tout nouveau bronzage rouge brûlé, il eut une idée géniale, une véritable illumination. Pris de tremblements sous la beauté de son inspiration, il pris son calepin et dessina une frise de losanges, chacun des losanges étant constitué de petites spirales. Dès qu&#8217;il eut finit son croquis, il se précipita dans sa cabine et le scanna. Au moment d&#8217;envoyer le croquis numérisé, il fut pris d&#8217;un accès de paranoïa et décida d&#8217;utiliser les fonctionnalités de cryptage de son transmetteur. Celui-ci mis ce qui sembla une éternité à Georges pour crypter et envoyer le fichier à son bureau. Enfin, il émit une courte série de bips aigus, indiquant que l&#8217;envoi était fini. Georges s&#8217;autorisa alors à soupirer de soulagement. Plus que jamais, il avait la sensation qu&#8217;il était important et que ses actes auraient d&#8217;immenses conséquences. Et, malheureusement, pour la première fois, Georges avait raison.</p>
<p>Peu après l&#8217;envoi de Georges, sur la face cachée de la Lune.</p>
<p>Zggrtsu, le chargé des communications de la base avancée ZgrutStio dans ce système solaire courait de toutes ses 22 pattes le long des coursives pour aller prévenir le commandant.</p>
<p>Les ZgrutStio; cette race technologiquement très avancée était présente dans la majeure partie de la galaxie. Pourtant, ce n&#8217;était pas une race portée sur la recherche théorique et la science. Non, c&#8217;était plutôt des pirates, des pilleurs. Ils recherchaient avec avidité de jeunes civilisations pleine de vie. Une fois qu&#8217;ils en avaient trouvée une, ils attendaient, l&#8217;espionnant, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;elle devienne mûre. Alors ils attaquaient, volant tout ce qu&#8217;ils pouvaient voler, réduisant les élites en esclavage, détruisant tout le reste. Cette fois-ci, les ZgrutStio s&#8217;estimaient plus que chanceux. La civilisation qu&#8217;ils surveillaient, bien que très jeune, était très prometteuse. Les ZgrutStio espéraient que les secrets qu&#8217;ils allaient pouvoir voler leur donneraient un avantage important contre les Dracvis. Les ZgrutStio étaient en effet en guerre contre les Dracvis et cette guerre ensanglantait la Galaxie depuis des milliers d&#8217;années. Les deux races avaient juré qu&#8217;elles se détruiraient l&#8217;une l&#8217;autre.</p>
<p>Mais revenons à Zggrtsu.</p>
<p>Ses longues tentacules dorsaux brillaient de l&#8217;écarlate le plus pur, signe de la terreur qui lui glaçait le sang. Il déboula dans la salle de réunion du conseil de la base alors que celui-ci était réuni au grand complet pour discuter des prochains objectifs à remplir. Les tentacules dorsaux du commandant en chef en devinrent vert de colère. Il ne retint d&#8217;ailleurs qu&#8217;avec d&#8217;immenses efforts le jet d&#8217;acide concentré qu&#8217;il aurait pu cracher sur le jeune Zggrtsu.</p>
<p>&#8220;Comment osez-vous déranger ainsi le conseil ? Vous voulez être déclassé et finir en nourriture pour larve ? Expliquez vous officier ?&#8221;.</p>
<p>Zggrtsu, tremblant, tenta de reprendre un peu d&#8217;aplomb &#8220;J&#8217;ai capté une transmission Dracvis de niveau 20, Monsieur&#8221;.</p>
<p>Les tentacules dorseaux du commandant s&#8217;agitèrent de surprise.</p>
<p>&#8220;D&#8217;où provenait cette transmission ? Et que disait-elle ?&#8221;</p>
<p>&#8220;Elle provient de la planète que nous surveillons, Monsieur. Il semblerait que les habitants de celle-ci soit sous la protection des Dracvis&#8221;.</p>
<p>Les membres du conseil déglutirent de surprise, tandis que les dos se teintaient de violine, couleur de la stupeur puis passèrent rapidement au bleu haineux.</p>
<p>Zggrtsu continua, espérant que les hauts gradés qui l&#8217;entouraient ne déchargeraient pas leur haine sur lui.<br />
&#8220;Le message est explicite, ils disent qu&#8217;ils savent que nous les espionnons, qu&#8217;eux-mêmes nous surveillent et qu&#8217;en écoutant nos transmissions, ils ont pu découvrir les coordonnées de notre planète mère.&#8221;</p>
<p>Zggrtsu, se laissa enfin aller à la panique, ses tentacules parcourant toutes les nuances de l&#8217;arc en ciel. &#8220;Comment ont-ils pu découvrir cela ? Si les Dracvis venaient à avoir cette information qu&#8217;adviendrait-il de nous ?&#8221;.</p>
<p>Le commandant en chef, sans répondre à Zggrtsu, appuya sur certains des boutons de la console qui se trouvait devant lui. Une grande image holographique apparu alors, au centre un ZgrutStio surpris salua.</p>
<p>&#8220;Salutation mon commandant, que puis-je pour vous ?&#8221;.</p>
<p>Le commandant rendit le salut puis donna ses ordres.</p>
<p>&#8220;Officier, je veux que vous armiez immédiatement tous les vaisseaux chasseurs avec les petits destructeurs et que vous attaquiez, j&#8217;ordonne la destruction immédiate de la planète bleue&#8221;.</p>
<p>Et tandis que des dizaines de petits vaisseaux chasseurs décollaient de la base ZgrutStio leurs soutes chargées de mort, Georges lui, montrait la frise à sa mère, lui assurant que ce motif là transformerait le monde.
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		<title>Vert, explication de texte</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Sep 2011 12:12:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Explication de Texte]]></category>

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		<description><![CDATA[Suite à mon retard de train hier soir en rentrant de Paris et à la proposition de certains d&#8217;écrire un petit truc se passant dans un train. N&#8217;ayant pas vraiment le temps pour écrire un truc inédit je me suis souvenu d&#8217;une vieille nouvelle que j&#8217;ai commis il y a presque 10 ans. En farfouillant <a href='http://j-mad.com/blog/2011/09/24/vert-explication-de-texte/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Suite à mon retard de train hier soir en rentrant de Paris et à la proposition de certains d&#8217;écrire un petit truc se passant dans un train. N&#8217;ayant pas vraiment le temps pour écrire un truc inédit je me suis souvenu d&#8217;une vieille nouvelle que j&#8217;ai commis il y a presque 10 ans.</p>
<p>En farfouillant dans mon disque dur, j&#8217;ai fini par la retrouver et c&#8217;est elle que je publie aujourd&#8217;hui.</p>
<p>Vert a été imaginé dans un train, le train de nuit qui relie Strasbourg à Marseille (les horaires de départ et d&#8217;arrivée dans la nouvelle sont les vrais horaires). Il faut savoir qu&#8217;à l&#8217;époque ma chérie habitait en Alsace alors que moi, j&#8217;étais à Marseille. Les trains de nuit allez et retour n&#8217;avaient alors pas de secret pour moi.</p>
<p>Et comme, il faut bien le dire, les couchettes seconde classe de la SNCF ne sont pas vraiment le meilleur des endroits pour passer une bonne nuit, il fallait bien que j&#8217;occupe mes longues nuits d&#8217;insomnies. Ce qui a donné des choses comme <a href="http://j-mad.com/blog/2011/09/24/vert/" target="_blank">Vert</a> et d&#8217;autres textes (et un nombre incalculable de bouquins lus).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Bonne lecture.
<div class="TweetButton_button" style="float: right; margin-left: 10px;;height:20px;margin-bottom:5px;"><a href="http://twitter.com/share data-url="http://j-mad.com/blog/2011/09/24/vert-explication-de-texte/" data-text="Vert, explication de texte"data-count="vertical" data-via="mrjmad" data-lang="en""><img src="http://j-mad.com/blog/wp-content/plugins/tweetbutton-for-wordpress/images/tweet.png" style="border:none" /></a></div>
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		<title>Vert</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Sep 2011 11:06:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoires et écrits]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour l&#8217;explication du contexte et autre, voir le billet suivant &#160; 20 h 40 Thomas sort du taxi et referme la portière. &#8220;Combien je vous dois ?&#8221;, &#8221; 23 euros &#8220;. Thomas tend 30 euros, son petit sac de voyage chargé sur l&#8217;épaule. &#8220;Gardez la monnaie&#8221;, &#8220;Merci Monsieur et bon week-end&#8221;, &#8220;Merci, à vous aussi&#8221; <a href='http://j-mad.com/blog/2011/09/24/vert/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour l&#8217;explication du contexte et autre, voir le <a href="http://j-mad.com/blog/2011/09/24/vert-explication-de-texte/" target="_blank">billet suivant </a> <img src='http://j-mad.com/blog/wp-includes/images/smilies/icon_smile.gif' alt=':)' class='wp-smiley' /> </p>
<p>&nbsp;</p>
<h3>20 h 40</h3>
<p>Thomas sort du taxi et referme la portière.<br />
&#8220;Combien je vous dois ?&#8221;,<br />
&#8221; 23 euros &#8220;.</p>
<p>Thomas tend 30 euros, son petit sac de voyage chargé sur l&#8217;épaule.<br />
&#8220;Gardez la monnaie&#8221;,<br />
&#8220;Merci Monsieur et bon week-end&#8221;,<br />
&#8220;Merci, à vous aussi&#8221;</p>
<p>Thomas se retourne face à la gare de Strasbourg. Il aime cette belle et grande gare, bien différente de celle de sa ville, Marseille. Coup d&#8217;oeil rapide à sa montre, il lui reste quinze minutes pour trouver son train et sa couchette. Il entre dans la gare, examine le tableau des départs et trouve ce qu&#8217;il cherche. &#8220;Quai numéro 7&#8243;, murmure-t-il pour lui-même. Il composte son billet, monte les escaliers qui mènent au quai et salue le personnel de la SNCF.</p>
<p>Il fait froid, un peu. Thomas se dépêche de trouver son wagon, son compartiment et sa couchette. Il voyage toujours de nuit pour perdre moins de temps, toujours en couchette pour pouvoir dormir et toujours en première classe parce qu&#8217;il y a moins de monde et qu&#8217;il n&#8217;aime pas les compartiments bondés où il faut supporter la présence et les ronflements des autres voyageurs.</p>
<h3>20 h 53</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le train va partir dans deux minutes. Thomas sourit, il sera seul dans son compartiment. Il a rangé son sac sous sa couchette. Il prend toujours la couchette du bas, pour pouvoir ranger son sac dessous et toujours la couchette de gauche, parce qu&#8217;il est droitier.</p>
<h3>20 h 54</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le sifflement qui annonce le départ vient de retentir, les portes des wagons vont se fermer. Thomas est sorti de son compartiment, le dos à l&#8217;entrée de celui-ci prenant bien garde à ce que personne n&#8217;y rentre pour lui voler son sac, il regarde le quai à travers les vitres. Il remarque une petite blonde qui court, rentre dans le wagon juste avant que les portes ne se rabattent. Essoufflée, elle avance vers Thomas, regardant les numéros des compartiments. Elle va lui adresser la parole, il le sait, il le s&#8217;y prépare.</p>
<p>&#8220;Bonsoir, j&#8217;ai bien failli le rater&#8221;,<br />
&#8220;Oui, vous l&#8217;avez attrapé juste à temps&#8221;.</p>
<p>Tout en parlant, Thomas la scrute discrètement, vérifiant qu&#8217;il n&#8217;a pas d&#8217;hallucinations, que sa folie ne se manifeste pas à travers elle. Mais non, rien.</p>
<p>&#8220;C&#8217;est bien la voiture 12 ?&#8221;,<br />
&#8220;Oui &#8220;,<br />
&#8220;Vous êtes dans ce compartiment ?&#8221;,<br />
&#8220;Oui, couchette 11, en bas à gauche&#8221;,<br />
&#8220;J&#8217;ai la couchette 22&#8243;,<br />
&#8220;C&#8217;est celle du milieu, à droite&#8221;,<br />
&#8220;Merci&#8221;.</p>
<p>Thomas, qui en a déduit par l&#8217;emplacement de la couchette qu&#8217;elle était gauchère, se pousse pour la laisser passer et rentrer dans le compartiment.</p>
<p>Elle pose son sac, tout au fond de la couchette, se retourne vers Thomas, engage à nouveau la conversation. Elle lui dit s&#8217;appeler Agnès et être institutrice en Avignon.</p>
<p>Il lui donne son prénom, lui dit qu&#8217;il habite à Marseille mais qu&#8217;il n&#8217;aime pas sa ville.</p>
<p>Elle rajoute qu&#8217;elle est venue voir sa soeur qui habite Strasbourg et vient d&#8217;accoucher de jumelles.</p>
<p>Il lui explique qu&#8217;il est commercial dans l&#8217;entreprise familiale d&#8217;emballages de cartons et qu&#8217;il est venu renégocier un contrat avec l&#8217;un de leurs plus gros client.</p>
<p>Elle demande si ça s&#8217;est bien passé.</p>
<p>Il ment, dit que oui, tout c&#8217;est très bien passé.</p>
<p>Ils discutent encore, parlant de tout et de rien, de leur vie. Il ne dit pas qu&#8217;il est fou, parce que d&#8217;habitude, ça fait fuir les gens quand il leur dit.</p>
<h3>23 h 48</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Elle est fatiguée. Elle se couche sur sa petite couchette, griffonne son numéro de téléphone sur un bout de papier, lui tend.</p>
<p>Il la remercie, glisse le papier dans la poche arrière de son pantalon. Il lui souhaite bonne nuit et éteint les lumières. Il se couche, sur le dos, comme toujours pour ne pas être asphyxié par l&#8217;oreiller.</p>
<h3>02 h 13</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Thomas se réveille, moite, tremblant. Il se tourne. Il y a quelqu&#8217;un dans le compartiment, deux personnes en fait. Il voit leurs jambes presque contre son visage. Il lève les yeux, ouvre la bouche pour demander des explications, manque hurler de peur, d&#8217;horreur.</p>
<p>Ce ne sont pas des humains. Ils n&#8217;ont pas de cou, pas de tête. A la place, il n&#8217;y a qu&#8217;un horrible foisonnement de tentacules vertes, puantes, humides, visqueuses. Les tentacules emmaillotent Agnès. Elles glissent autour de l&#8217;institutrice, l&#8217;enserrant dans un cocon de lianes vertes qui se resserrent avec de petits bruits de succions, de mastications.</p>
<p>Thomas va vomir, hurler. Il se rappelle qu&#8217;il est fou, que tout cela n&#8217;est qu&#8217;une nouvelle hallucination. Il se force à se retourner, à fermer les yeux, à nier ce que ses oreilles entendent, à se répéter qu&#8217;il est fou, que c&#8217;est un cauchemar. Il se le répète encore et encore jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il s&#8217;endorme à nouveau.</p>
<h3>05 h 55</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>La voix de la SNCF le réveille. &#8220;Bienvenue à Marseille Saint-Charles&#8221;. Il se lève, la jambe gauche d&#8217;abord comme toujours, pour ne pas se lever du mauvais pied. Agnès n&#8217;est plus là. Il commence à paniquer se rappelant son hallucination.. et si &#8230; murmure-t-il. Mais non, elle descendait à Avignon, elle le lui a dit. Il se rappelle qu&#8217;il est fou, sort du train, rentre chez lui.</p>
<h3>17 h 50</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Thomas sort de son travail, se dirige vers la station de métro la plus proche. La rame est bondée, comme toujours. Il soupire, rentre en croisant les doigts pour repousser les accidents, se serre un peu, tient bien fort sa sacoche avec sa main droite.<br />
Station Castellane, un jeune couple d&#8217;amoureux entre dans le wagon. Serrés l&#8217;un contre l&#8217;autre, ils ont l&#8217;air de ne faire qu&#8217;un. Ils s&#8217;embrassent, comme s&#8217;ils étaient seuls,  oublieux des autres. Thomas sourit, les quitte du regard, distrait par un reflet. Lorsque ses yeux reviennent se poser sur les amoureux, il manque défaillir. Le couple n&#8217;a plus de cheveux. A la place il n&#8217;y a qu&#8217;une masse de tentacules vertes qui se mêlent, s&#8217;entremêlent dans une horrible et perverse parodie de baisers.</p>
<p>Thomas a beau essayer de se répéter que ce n&#8217;est qu&#8217;une hallucination, qu&#8217;il est fou, il ne peut supporter cette vision. Les portes du métro s&#8217;ouvrent enfin, ce n&#8217;est pas son arrêt mais Thomas s&#8217;en fout. Il jaillit du wagon, retenant à grand peine ses hauts le coeur, bousculant les gens. Sur le quai, il vomit de la bile, souillant ses chaussures, sa sacoche. Il rentre chez lui à pied, son regard fixé sur ses chaussures, se répétant que tout va bien, qu&#8217;il va chez son psychiatre le lendemain, qu&#8217;après la séance, tout ira mieux, comme toujours. Arrivé chez lui, avant d&#8217;ouvrir, il tape à sa porte, comme toujours, pour prévenir les cambrioleurs et les esprits.</p>
<h3>14 h 55</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Thomas a passé la nuit à cauchemarder. Ses rêves ont été peuplés de tentacules vertes qui s&#8217;entremêlaient, qui glissaient sur sa peau, le dévoraient, l&#8217;avalaient en riant. Angoissé, épuisé, il arrive devant le cabinet de son psychiatre. Il tape, trois coups longs puis deux courts, pour chasser les malheurs, et entre.<br />
La secrétaire est là, à sa place, comme à chaque fois, tapotant sur son clavier. Il ne sait pas pourquoi mais ça le rassure.</p>
<p>&#8220;Bonjour Thomas&#8221;,<br />
&#8220;Bonjour, le docteur a-t-il du retard aujourd&#8217;hui ?&#8221;,<br />
&#8220;Juste quelques minutes, je lui dis que vous êtes là.&#8221;</p>
<p>Thomas se dirige vers la salle d&#8217;attente, s&#8217;assoit, prend un magazine. Il tourne les pages, lit sans retenir, juste pour s&#8217;occuper l&#8217;esprit, jetant parfois de rapide coup d&#8217;oeil pour vérifier qu&#8217;il n&#8217;y a pas de tentacules vertes.</p>
<h3>15 h 10</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le docteur vient le chercher. A peine est-il rentré dans la salle d&#8217;attente, serré la main de Thomas, que celui-ci se sent déjà mieux. Le docteur ressemble au grand-père que tous rêveraient d&#8217;avoir.<br />
Une barbe et des cheveux blancs, coupés courts qui adoucissent  son beau visage bien ridé respirant la compassion et la compréhension. De petites lunettes rondes, cerclés de métal chevauchent son nez et donnent un petit côté pétillant à son regard. Enfin, sa silhouette de Père Noël finit d&#8217;en faire un homme rassurant et à qui on aime se confier.</p>
<p>&#8220;Bonjour Thomas&#8221;,<br />
&#8220;Bonjour Docteur&#8221;,<br />
&#8220;Comment allez-vous, beaucoup d&#8217;hallucinations depuis notre dernière séance ?&#8221;<br />
&#8220;Quelques-unes oui, mais moins, de moins en moins&#8221;<br />
- &#8220;Venez, nous allons en parler&#8221;</p>
<p>Thomas suit le docteur, rentre dans le bureau, s&#8217;allonge sur le divan. Il parle, raconte tout, la rencontre avec Agnès, l&#8217;hallucination dans le train et dans le métro.</p>
<p>Le docteur ne le coupe pas, prend des notes sur un petit carnet, attendant que Thomas est finit de raconter. Quand celui-ci s&#8217;arrête de parler, le docteur propose une séance d&#8217;hypnose à Thomas qui accepte comme toujours. La voix du docteur se fait douce, envoûtante, apaisante. Thomas se laisse bercer et ne tarde pas à fermer les yeux, se sentant bien, plongé dans une obscurité de plus en plus verte, d&#8217;un vert chaud et rassurant. Thomas se sens à l&#8217;abri, en sécurité, comme dans un cocon. La voix du docteur lui parvient comme de très loin, une voix verte qui lui dit des choses que Thomas comprend, sans les entendre.</p>
<h3>16 h 30</h3>
<p>&#8220;Un, deux, trois, Réveillez-vous&#8221;.</p>
<p>Thomas ouvre à nouveau les yeux, il se sent bien, en forme. Il se lève. Le docteur lui sourit, lui serre la main, le raccompagne jusqu&#8217;à la porte du cabinet et lui dit de ne pas oublier le rendez vous de la semaine prochaine. Thomas le remercie et s&#8217;en va, l&#8217;esprit léger. Thomas aime son docteur.</p>
<h3>16 h 40</h3>
<p>Thomas arrive devant sa porte. Il toque à nouveau avant d&#8217;entrer. Il rentre dans son appartement, allume la télé sur la chaîne info. Il va dans la cuisine, ouvre le frigo, se sert un verre de jus de pamplemousse. Le présentateur parle d&#8217;une disparation, machinalement Thomas monte le son.</p>
<p>&#8220;La police est toujours sans nouvelle de la jeune institutrice de 33 ans, Agnès Luyan, disparue depuis 4 jours. Elle a été vu pour la dernière fois à Strasbourg alors qu&#8217;elle prenait le train de nuit pour rentrer en Avignon&#8221;.</p>
<p>Thomas sursaute, il a pris le même train que cette jeune femme. Elle a peut-être été enlevé et tué. Ils ont pris le même train&#8230; Ca aurait pu être lui et pas elle. Il éteint la télévision, ne voulant plus penser à ça, chassant le fait divers de son esprit. Le verre de jus de pamplemousse à la main, il marche jusqu&#8217;à ses fenêtres et observe la rue en contrebas. Son verre fini, il retourne à la cuisine. Sans savoir pourquoi, geste inutile, il fouille ses poches. Il ressort de sa poche arrière un petit bout de papier sur lequel figure un numéro de téléphone, juste un numéro. Il retourne le papier, pas de nom, rien, juste dix chiffres écrit par la main d&#8217;une femme. Il ne se souvient plus, hausse les épaules, ouvre la poubelle et jette le papier.</p>
<p>Agnès vient de mourir une deuxième et dernière fois.
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		<title>Bande Son, explication de texte</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Dec 2010 11:57:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Explication de Texte]]></category>

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		<description><![CDATA[Bande Son, c&#8217;est au final une nouvelle écrite à quatre main. Une première version écrite par votre serviteur et puis quelques années après, un retravail par un ami, qui voulait me convaincre par l&#8217;exemple, qu&#8217;il fallait retravailler ses textes pour les améliorer. (Nous avions eu une grande discussion à ce sujet, discussion lors de laquelle, <a href='http://j-mad.com/blog/2010/12/02/bande-son-explication-de-texte/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://j-mad.com/blog/2010/12/02/bande-son/">Bande Son</a>, c&#8217;est au final une nouvelle écrite à quatre main. Une première version écrite par votre serviteur et puis quelques années après, un retravail par un ami, qui voulait me convaincre par l&#8217;exemple, qu&#8217;il fallait retravailler ses textes pour les améliorer.</p>
<p>(Nous avions eu une grande discussion à ce sujet, discussion lors de laquelle, j&#8217;avais lancer un argument tueur &#8216;ouaip mais le retravail c&#8217;est chiant&#8217; et où il avait décider de me convaincre par l&#8217;exemple).</p>
<p>Il avait bien entendu raison, cela va de soit. Et Bande Son est bien meilleure dans sa version actuelle que dans &#8216;ma&#8217; version. Même si les fins sont très différentes, et que j&#8217;ai un petit faible pour &#8216;ma&#8217; fin.</p>
<p>En tout cas, bonne lecture.
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		<title>Bande Son</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Dec 2010 11:53:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoires et écrits]]></category>
		<category><![CDATA[récits]]></category>

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		<description><![CDATA[New York, printemps 2310. La mégalopole ne comptait quasiment plus d&#8217;immeubles de pierre ou de verre, presque tous ayant été remplacés par d’immenses tours de plastique et d&#8217;acier. Quelques bâtisses avaient tout de même échappées à la folie des nouveaux architectes urbains, parmi lesquelles un vieil immeuble de brique construit à la fin du 20ème <a href='http://j-mad.com/blog/2010/12/02/bande-son/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>New York, printemps 2310.</p>
<p>La mégalopole ne comptait quasiment plus d&#8217;immeubles de pierre ou de verre, presque tous ayant été remplacés par d’immenses tours de plastique et d&#8217;acier. Quelques bâtisses avaient tout de même échappées à la folie des nouveaux architectes urbains, parmi lesquelles un vieil immeuble de brique construit à la fin du 20ème siècle et dont la large silhouette recouvrait d’ombre le coin de la 19ème rue et de l’avenue Kurt Cobain. Selon la rumeur, le bâtiment et le bar qui en occupait tout rez-de-chaussée appartenaient à la légende du Néo-Jazz Alex Gantis et il était très probable que cette rumeur soit vraie. Tout d’abord, le bar s’appelait &#8221; le verre dans la pomme &#8220;, un jeu de mot français qui rappelait tout autant les origines du chanteur que son amour pour les traits d’esprit décalés. Ensuite, l’enseigne en elle-même, peinte à même le mur, l’était dans une typographie qui n’était pas sans rappeler celle utilisée sur la pochette du dernier album de l’artiste. Enfin, la réouverture de l’établissement abandonné par ses anciens propriétaires était survenue quelques semaines à peine après la soudaine disparition de Gantis.</p>
<p>Quelques sept années plus tôt et alors qu’il était au sommet de sa gloire, le virtuose avait décidé de disparaître de la scène, juste après ce qui fût son concert le plus majestueux, à Londres. Son agent avait alors distribué à la presse une vidéo sur laquelle Alex Gantis expliquait qu’il considérait sa carrière comme un affreux échec personnel. Comme beaucoup de grands artistes, le musicien avait une conception très évoluée de son art, et il expliquait maladroitement que la musique avait pour but de donner une dimension supplémentaire à sa vie comme à celle de ces auditeurs, une dimension perpétuelle qui deviendrait partie intégrante du quotidien des gens. Selon ses propres termes, sa musique aurait dû devenir la &#8221; bande son &#8221; de la vie, un but théorique que tout son talent n’avait pas réussi à atteindre. Pour Gantis, toute son œuvre n’était que l’Ersatz de ce qu’il rêvait d’accomplir et c’est ainsi qu’il décida de mettre fin à ce qu’il considérait comme une mascarade, sur fond de critiques acerbes de la part des spécialistes qui considéraient alors son acte comme un vulgaire coup marketing. Le temps démontra qu’ils avaient tort.</p>
<p>&#8221; Le verre dans la pomme &#8221; était un bar intimiste et chaleureux, très semblable aux vieux pubs du 20ème siècle, mis à part qu’il ouvrait en continu quelle que soit l’heure ou le jour. Les murs aux couleurs chaudes accueillaient sur fond ocre ou rouge les rappels d’imminents artistes disparus sans qu’aucun semblant d’ordre n’en régisse le placement. C’est ainsi que, derrière le grand bar aux bordures dorés, une vieille photo de Robert Johnson côtoyait une pochette de 33 Tours d’Eric Clapton et une vieille Gibson dédicacée de KT Tunstall, le tout figurant un hommage anarchique et passionné à la musique, cette musique qui emplissait les yeux et les oreilles des nombreux clients du lieu. Un éclairage hasardeux perçait la fumée des cigarettes de rayons pâles, finissant en halos de lumière tamisés permettant tout juste de distinguer les tables rondes qu’entouraient de confortables canapés de velours rouge. Dans le brouhaha ambiant, on captait quelques fois les paroles amères des fans du propriétaire fantôme, qui n’était jamais apparu dans son bar présumé, même si ces admirateurs continuaient à en garder le secret espoir.Assis tout au fond de la salle, toujours à la même table, John Benton Junior sirotait comme à son habitude un double scotch sec en sombrant petit à petit vers l’état de profonde alcoolisation qu’il affectionnait. L’homme se prétendait être un ancien musicien de Gantis, et il passait toutes ses journées assis à cette place, dans l’obscurité, son verre à la main et le regard dans le vide lorsqu’il ne dormait pas tout simplement, la tête sur la table. On continuait à le servir, par égard pour son probable passé (personne ne savait vraiment s’il disait la vérité) autant que par pitié, tant et si bien qu’il avait fini par faire partie du décor. Quelques nouveaux clients dont la curiosité était piquée par l’attitude de l’étrange vieux bonhomme s’essayaient à lui adresser la parole, mais ils ne recevaient toujours comme réponse qu’un ramassis d’insultes et de vulgarités entrecoupées de phrases parfaitement inintelligibles : les serveurs portaient alors un autre verre à John qui finissait par se calmer. Ce deuxième jour du printemps 2310, John de parvint pas à se saouler complètement ; Alors qu’il levait la main pour commander un autre verre, deux hommes richement habillés entrèrent dans la salle obscurcie et se dirigèrent vers lui d’un pas rapide et déterminé.</p>
<p>Le premier des deux était plutôt petit, vêtu d’un costume de travail noir et d’une cape de représentant de la loi, il était évident qu’il s’agissait d’un avocat. Il tenait fermement un porte-document électronique noir qui n’arborait aucun logo. L’autre, beaucoup plus grand, portait le même costume mais sans cape et avait les mains libres. Sa stature et son comportement ne laissaient aucun doute sur sa fonction, il n’était de toutes façons pas rare que les avocats se déplacent en compagnie d’associés plutôt musclés. L’avocat posa son porte-document sur la table et, sans un mot, pris place aux côtés de John tandis que son associé restait debout à quelques mètres. Il s’adressa ensuite à John de manière très formelle, tout en ouvrant son porte-document.<br />
&#8221; Etes vous John Benton Junior ? &#8221;<br />
&#8221; Qu’est-ce que ça peut te foutre ? &#8221;<br />
&#8221; Je suis avocat pour le compte de New Babylone, et je recherche John Benton Junior, répondez vous à ce nom ? &#8221;</p>
<p>New Babylone était une société importante, fondée deux siècles plus tôt par un milliardaire de génie. La société proposait à ses clients de s’exiler, pour des périodes plus ou moins longues, sur une station spatiale orbitale entièrement dédiée à la détente, aux jeux d’argents et à d’autres plaisirs moins avouables tels que le sexe et la drogue. Le concept avait très rapidement fonctionné, dans un premier temps auprès des grands cadres et PDG fortunés, puis touchant petit à petit toutes les couches de la population. Evidemment, New Babylone avait eu ses détracteurs, mais le succès et l’ascension économique fulgurante de l’entreprise avaient eu raison des opposants au projet et finalement, New Babylone était devenu une société respectée et reconnue comme le principal acteur du tourisme extra planétaire.</p>
<p>L’avocat regardait John fixement, attendant de sa part un réponse, pendant que se dernier vidait d’un trait le verre qu’on venait de lui apporter.<br />
&#8221; Et alors, qu’est ce que vous lui voulez à Benton, hein ? &#8221;<br />
&#8221; En fait, je souhaite plus exactement parler à Alexandre Mossinot Gantois, connu sous le pseudonyme de … &#8221;<br />
Le verre de John éclata soudainement dans sa main dont le sang commençait déjà à couler quand ce dernier frappa violement du poing sur la table. Ses yeux brillaient d’un éclat malsain et la colère les avait injectés de sang.<br />
&#8221; Je sais qui est Mossinot ! Ecoute petit gratte papier d’mes couilles, j’sais pas ou est Alex et je n’ai pas vraiment envie d’en parler avec toi, alors tu remballes tes affaires, ensuite toi et ton gorille vous me foutez le camp, pigé ? &#8221;<br />
Il n’y avait plus un bruit dans la grande salle et tous les clients s’étaient retournés par surprise vers la table de John. Ce dernier repris tant bien que mal son sang froid, puis il leva la main pour commander un autre verre en se rasseyant. L’avocat avait commencé à se lever, et le reste des clients s’étaient déjà désintéressés de la scène quand il se rassit en tendant un document à John.<br />
&#8221; Ecoutez, John, j’ai ici un document spécifiant qu’Alexandre Mossinot Gantois, français naturalisé américain, a demandé en 2304 un changement d’Etat civil pour raisons personnelles vers le nom de John Benton Junior. J’ai bien plus de pouvoir que ce que vous pensez, alors vous feriez bien de m’écouter, Gantis ! &#8221;</p>
<p>Alex était abasourdi : avec la mine pitoyable d’un enfant qui s’est fait prendre à voler un bonbon, il se adossa à son fauteuil et accepta d’écouter son interlocuteur. Le masque de John Benton avait quitté en une fraction de seconde le visage sur lequel il s’était installé depuis si longtemps. Si un client s’était retourné vers John à ce moment la, c’est bel et bien Alex Gantis qu’il aurait reconnu. Tout en lui tendant une serviette pour bander sa main blessée, l’avocat s’adressa à lui d’une voix pleine de compassion.<br />
&#8221; Nous sommes ici pour vous, Alex. Pour votre rêve, vous comprenez ? Nous sommes sur le point de réussir à donner une bande son à la vie de nos clients. &#8221;<br />
Alex était nerveux, la sueur commençait à perler sur son front, il réfléchissait silencieusement, les bras serrés contre son lui. Il se balançait doucement, sans s’en rendre vraiment compte, d’avant en arrière. Il répondu dans la vague, comme s’il s’adressait à lui-même plutôt qu’à l’avocat.<br />
&#8221; Je … j’y ai réfléchi, longtemps … c’est impossible, vous savez ? Impossible. Il faudrait être partout … et comment tout deviner … non ce n’est pas possible, et ça m’a détruit … &#8221;<br />
&#8221; Nous avons presque réussi, Alex, je peux vous l’assurer. Notre technologie nous permet de capter facilement l’état émotif de nos clients, et New Babylone est équipée pour cela. Nous avons installé un centre de traitement géant au sein du quel notre nouveau processeur gère les agents logiciels chargés d’analyser les émotions et de les trier. Nous savons aussi comment générer une perception musicale forte dans l’esprit de nos clients sans troubler son entourage. Nous avons tout cela, mais il nous manque l’élément central, celui qu’aucun processeur ne peut remplacer, le chef d’orchestre. Vous êtes le seul que nous connaissions qui soit doué d’une sensibilité artistique et émotionnelle suffisante pour mener se projet à son terme. Nous avons besoin de vous, comme vous avez besoin de nous. &#8221;<br />
En un instant, Alex Gantis, virtuose du Néo-Jazz et plus grand compositeur du 24ème siècle, était réapparu. Son visage s’était éclairé et son regard brûlait d’un intérêt extraordinaire pour les mots de l’avocat. Il fronça légèrement les sourcils en réfléchissant tout haut.<br />
&#8221; Oui, oui ça peut marcher … mais, ce n’est pas tout. Il y a un autre problème, c’est la matière … Quelle musique vais-je diffuser ? Il me faut des musiciens, des échantillons, … &#8221;<br />
&#8221; Nos ingénieurs ont pensé à tout cela. Vous aurez un orchestre philharmonique à votre disposition 24 heures sur 24, des musiciens que qualité qui ont été sélectionnés à cet effet et qui se relaieront pour être toujours à votre disposition. Nous avons aussi constitué une base de donnée contenant tout ce qui a été écrit et interprété depuis les permisses de la musique. &#8221;<br />
&#8221; Où est le piège ? &#8221;<br />
&#8221; N’en cherchez pas, vous perdriez votre temps. Voici les quelques règles à respecter : Tout d&#8217;abord, il s’agît d’un travail de chaque instant et votre engagement sera irrévocable jusqu&#8217;à votre mort. Ensuite, tout devra rester complètement et absolument secret. Enfin, vous ne devrez jamais tenter de communiquer avec un être humain autrement qu’en lui fournissant le son de sa vie. Il y aura quelques autres petites formalités mineures à effectuer, elles sont toutes indiquées dans ce dossier.&#8221;<br />
Alex signa sans même le lire le document électronique qui lui était présenté et leva la main pour commander un dernier verre. La satisfaction et l’excitation se lisaient sur son visage.<br />
&#8221; Quand dois-je partir ? &#8221;<br />
&#8221; Vous avez le temps de boire votre verre, M. Gantis. Bienvenue parmi nous. Votre rêve vous attend.&#8221;</p>
<p>New Babylone, quelques jours plus tard.</p>
<p>A grand renfort de spots publicitaires, New Babylone avait finalement levé le voile sur son plus grand coup marketing. Dorénavant, la vie de chacun des visiteurs de New Babylone pourrait être dotée d&#8217;une bande son toujours renouvelée et en parfait harmonie avec ses sentiments. La société ne communiquait rien de l’aspect technique de cette nouveauté et ce mystère attisait encore plus la curiosité des futurs clients. Alex avait très rapidement appris à doter d&#8217;une bande son la vie de quelques volontaires tests résidant à vie à New Babylone. Il maîtrisait déjà parfaitement le fonctionnement de ses assistants, des petits programmes intelligents qui scrutaient les moindres changements d’émotion des habitants de la station.</p>
<p>Alex était heureux. Il avait enfin accédé à son paradis, réalisé son rêve. Il était le grand chef d&#8217;orchestre de New Babylone, celui qui dotait d&#8217;une bande son la vie de millions de gens. Lorsqu’il en avait besoin, il transmettait les informations nécessaires au gigantesque orchestre, juste en dessous de lui, par la simple pensée. Il virevoltait d&#8217;un habitant à un autre, observant quelques secondes ou se focalisant des heures sur un cas intéressant. Il pouvait choisir de jouer un petit air stressant, plein de suspense lors de la dernière main d&#8217;une partie de poker, ou s&#8217;amuser à jouer une marche funèbre lorsqu&#8217;un richissime client de la station n&#8217;arrivait pas à honorer la fille qu&#8217;il s’était payé pour la nuit. Alors que son cerveau bardé d&#8217;électrodes flottait doucement dans sa cuve de liquide nutritif, il dota la vie d&#8217;un homme qui venait de tout perdre à la roulette d&#8217;une sinistre bande son. Finalement, toutes ces petites formalités n&#8217;avaient été qu&#8217;un faible prix à payer pour pouvoir enfin réaliser son chef d’oeuvre.</p>
<p>Au même moment, à New York.</p>
<p>Les techniciens de New Babylone finissaient d’emporter les meubles du &#8221; verre dans la pomme &#8220;. Debout devant le vieux bâtiment, Greg Hulston, chef de projet pour la grande société, regardait la scène avec amusement. L’un des anciens serveurs du bar s’approcha de lui et le salua avec respect.<br />
&#8221; Bonjour Monsieur. Nous achevons de démonter le décor, et les comédiens ont tous été payés. Cela représentait une somme considérable, vous vous en doutez, sept ans de travail acharné ! Je pense que nous aurions pu obtenir le même résultat au bout de trois ou quatre ans … &#8221;<br />
&#8221; C’était à moi d’en décider, pas à vous ! Cette mission a été menée à bien, et c’est l’essentiel. Finissez d’embarquer le matériel, et rejoignez moi à Chicago rapidement, on dit que la grande actrice Elisabeth Martin souhaite mettre fin à sa carrière. &#8220;
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		<title>Souffre douleurs explication</title>
		<link>http://j-mad.com/blog/2010/11/13/souffre-douleurs-explication/</link>
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		<pubDate>Sat, 13 Nov 2010 16:30:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Explication de Texte]]></category>
		<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Attention, la suite du billet renferme des spoilers pour à la fois la nouvelle en cours mais les prochaines que je pourrais venir à écrire dans la même veine. Souffre douleurs est le dernier texte que j&#8217;ai écrit, avant de reprendre la plume avec polar geek ; il y a maintenant au moins trois ans, voir <a href='http://j-mad.com/blog/2010/11/13/souffre-douleurs-explication/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><span style="color: #ff0000;">Attention, la suite du billet renferme des spoilers pour à la fois la nouvelle en cours mais les prochaines que je pourrais venir à écrire dans la même veine.</span></h2>
<p>Souffre douleurs est le dernier texte que j&#8217;ai écrit, avant de reprendre la plume avec polar geek ; il y a maintenant au moins trois ans, voir quatre. (J&#8217;ai arrêté d&#8217;écrire bloqué par la nouvelle suivante que je ne suis jamais arrivé à finir&#8230; en fait je n&#8217;ai même jamais réussi à finir la première page).</p>
<p>Je me souviens très bien du moment où j&#8217;ai eu l&#8217;idée qui a débouché sur le texte. Je rentrais du boulot, assez tard, vers les 20H. C&#8217;était vers la fin de l&#8217;été, le moment de l&#8217;année où à20h, il ne fait pas encore nuit mais où il ne fait plus vraiment jour.</p>
<p>A l&#8217;époque, n&#8217;ayant pas de parking attitré pour la bagnole, je me retrouvais à devoir la garer, sur les places libre à coté des trottoirs. Ce qui me faisait parfois marcher plus ou moins longtemps. Ce qui fut le cas ce soir là. En marchant plongé dans mes pensées, d&#8217;un coup, je crus surprendre un mouvement orange, roux du coin de l&#8217;œil, quelque chose qui se déplaçait. M&#8217;arrêtant, je me rendis compte que ce n&#8217;était qu&#8217;un panneau de signalisation de travaux, les oranges et gris en plastique.</p>
<p>L&#8217;idée est née de ça. Juste de ce petit quiproquo visuel. En fait, j&#8217;ai commencé à gamberger la dessus, dés que je me suis rendu compte que ce n&#8217;était qu&#8217;un panneau posé sur le sol. Et à imaginer qu&#8217;en fait l&#8217;éclair que j&#8217;avais vu était une fée ou un lutin qui n&#8217;avait pas pris suffisamment de précaution. Et que quand j&#8217;avais regardé pour de vrai il avait soit disparu, soit s&#8217;était caché dans le panneau.</p>
<p>En tournant et retournant l&#8217;idée dans ma tête, j&#8217;en suis venu à imaginer un cadre pour différentes histoires. Histoires dans lesquelles, les héros péteraient un plomb à un moment ou un autre et où la raison de cette bascule dans la folie pourrait être soit &#8216;normale&#8217;, &#8216;classique&#8217;, soit du fait de l&#8217;action d&#8217;un membre du petit peuple, amusé à l&#8217;idée de voir souffrir les gens.</p>
<p>Souffre douleurs est la première de ces histoires.
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		<title>Souffre douleurs</title>
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		<pubDate>Sat, 13 Nov 2010 16:28:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoires et écrits]]></category>
		<category><![CDATA[récits]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;Monsieur Paul, revenez s&#8217;il vous plait, nous devons revoir quelques détails du projet Brutek&#8221; La voix qui avait prononcé cette phrase était sèche, cassante, une voix de sadique digne d&#8217;un mauvais film d&#8217;horreur. Monsieur Paul (car le trentenaire légèrement voûté qui venait de sortir du bureau de son supérieur, ses rouleaux de plan sous le <a href='http://j-mad.com/blog/2010/11/13/souffre-douleurs/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&#8220;Monsieur Paul, revenez s&#8217;il vous plait, nous devons revoir quelques détails du projet Brutek&#8221; La voix qui avait prononcé cette phrase était sèche, cassante, une voix de sadique digne d&#8217;un mauvais film d&#8217;horreur.</p>
<p>Monsieur Paul (car le trentenaire légèrement voûté qui venait de sortir du bureau de son supérieur, ses rouleaux de plan sous le bras était Monsieur Paul) grimaça sous une vicieuse attaque de son début d&#8217;ulcère et soupira intérieurement.</p>
<p>Il se retourna, faisant face à l&#8217;homme à qui appartenait la petite voix de sadique.</p>
<p>-&#8221;Le projet Brutek ? La réunion de travail à ce sujet n&#8217;est-elle pas prévue dans trois jours ?&#8221; répondit-il d&#8217;une voix lasse.<br />
-&#8221;Que la réunion soit dans trois jours ne m&#8217;interdit pas de vouloir en parler avec vous Monsieur Paul. J&#8217;ai étudié certains des plans que vous m&#8217;avez remis et j&#8217;ai remarqué des erreurs, digne d&#8217;un débutant. C&#8217;est inacceptable. Corrigez les avant la réunion ! Et ne me dites pas que vous n&#8217;aurez pas le temps. Je ne suis pas responsable de votre inaptitude. Vous dormirez moins, cela ne vous ferra pas de mal de ne pas perdre autant de temps en ronflements.&#8221;</p>
<p>Monsieur Paul soupira à nouveau, un soupir presque muet pour ne pas que son supérieur ne l&#8217;entende et entra dans le bureau de celui-ci, s&#8217;apprêtant à subir à nouveau un long flot de remontrances et de menaces.</p>
<p>Paul Luksi travaillait depuis dix ans dans ce grand cabinet d&#8217;architecte. Lorsque quatre ans plus tôt, il a été affecté à l&#8217;équipe de Richard Krelme, il en avait été ravi. L&#8217;équipe de Krelme était en effet celle qui s&#8217;occupait des plus grands projets, à l&#8217;international. Barrages hydroélectriques, viaducs, grattes-ciel, tous les gros contrats étaient pour l&#8217;équipe de Krelme.</p>
<p>Bien sûr Richard Krelme avait une odieuse réputation. Sadique, irascible, lunatique, colérique, haineux, aucun mot n&#8217;était assez violent pour le qualifier. On racontait dans les couloirs du cabinet qu&#8217;il avait poussé plusieurs membres de son équipe à la démission ou pire, au suicide.</p>
<p>Paul n&#8217;avait pas écouté les rumeurs, les prenant pour les exagérations de jaloux et il avait accepté la mutation.</p>
<p>-&#8221;J&#8217;aurais mieux fait d&#8217;écouter les bruits de couloir et de ne jamais accepter cette putain de promotion&#8221; pensait-il en rentrant chez lui ce soir là, ou plutôt vu l&#8217;heure, ce matin là.</p>
<p>Furieux, il gara sa voiture dans le parking souterrain de son immeuble, manquant d&#8217;emboutir la voiture garée sur la place voisine lorsque son début d&#8217;ulcère lui envoya une longue onde de douleur qui le transperça.<br />
&#8220;Cet ulcère finira par vous tuer&#8221; lui avait dit son docteur, mais nul doute qu&#8217;il ne pensait pas à un accident de voiture à ce moment là.</p>
<p>-&#8221;Il me demande de refaire toute la partie ouest, à trois jours de la réunion, tout ça parce qu&#8217;il trouve le trait trop épais et mes notes explicatives illisibles. Quel connard, je vais devoir travailler jour et nuit. Je vais finir par lui dire ce que je pense de lui, vraiment, et ce jour là&#8230;&#8221; grognait Paul tandis qu&#8217;il rentrait dans son petit appartement. Il savait, bien entendu, que jamais il ne dirait quelque chose à son chef. Krelme était très bien vu de la direction. Un mot de lui pouvait faire virer n&#8217;importe qui. Il prétendait même pouvoir vous empêcher de retrouver un jour du travail.</p>
<p>Mais bien que Paul était conscient qu&#8217;il ne se rebellerait jamais, qu&#8217;il ne dirait jamais ses quatre vérités à son patron, ces douces rêveries étaient l&#8217;une des choses qui lui apportaient un bien maigre réconfort à son enfer quotidien.</p>
<p>L&#8217;après-midi était doux, presque chaud pour ce samedi printanier. Paul, de bonne humeur, marchait dans le centre ville en sifflotant. La réunion de la veille, pour le projet Brutek, s&#8217;était merveilleusement passée. Les clients étaient ravis, n&#8217;ayant rien à redire, félicitant même Paul pour son travail. Krelme s&#8217;était senti obligé de reconnaître qu&#8217;effectivement, les plans étaient parfaits. Mais en disant cela, il avait lancé un regard à Paul qui l&#8217;avait glacé. Le regard de Krelme était clair. Il ferait payer cher à Paul ce compliment, très cher.</p>
<p>Mais aujourd&#8217;hui, en se levant, Paul avait décidé d&#8217;oublier le boulot et cet enfant de putain de chef. Il avait décidé qu&#8217;il allait, pour une fois, passer l&#8217;après midi à faire ce qu&#8217;il adorait par dessus tout, chiner.</p>
<p>Avant d&#8217;être muté en Enfer, Paul, chaque samedi, arpentait les pavés des rues piétonnes du centre ville et explorait consciencieusement chacune des boutiques des brocanteurs, y découvrant ce qu&#8217;il appelait ses trésors. Parfois une vieille lampe ou un tableau poussiéreux, parfois un meuble mangé par les vers ou une vieille arme blanche toute rouillée. Cela faisait pourtant plus de six mois qu&#8217;il n&#8217;avait pas eu l&#8217;occasion de le faire.</p>
<p>Il avait déjà farfouillé dans ses trois magasins préférés. Il y avait déniché une vieille lampe qu&#8217;il trouvait superbe avec son abat jour en verre orangé et une vieille fourche de paysan, intégralement en bois et à demi édentée.</p>
<p>Il allait rentrer chez lui lorsqu&#8217;il aperçut une vitrine qu&#8217;il ne connaissait pas. Il s&#8217;approcha. Un grand panneau de carton, qu&#8217;une armure du Moyen-Âge tenait entre ses gants de fer, proclamait &#8220;Ouverture du magasin, Remise exceptionnelle de 20 % sur tous les articles&#8221;</p>
<p>La vitrine était encombrée d&#8217;un bric à brac invraisemblable. Chapeaux de l&#8217;époque coloniale, sabres d&#8217;apparat, petites commodes en bois précieux, vieux livres et au centre la grande armure qui portait un chapeau à plumes comme couvre-chef. Pour parachever ce décor et donner un sens au nom du magasin &#8220;La fée cabotine&#8221;, des dizaines de petites fées étaient accrochées au plafond de la vitrine par de fins fils de nylon et semblaient voleter un peu partout.</p>
<p>Paul sourit &#8220;une vraie caricature de vitrine d&#8217;antiquaire&#8221; pensa-t-il. &#8220;Allons voir si le patron est un vieux Monsieur presque chauve avec de petites lunettes et une bedaine de bon vivant.&#8221;</p>
<p>Il poussa la porte, lançant un sonore &#8220;Bonjour&#8221; de sa voix grave. La tintement de la petite clochette accrochée à la porte fut la seule réponse qu&#8217;il obtint.</p>
<p>Alors qu&#8217;il refermait la porte, il fut frappé par l&#8217;odeur qui emplissait le magasin. C&#8217;était un mélange de vieux bois, de poussière et d&#8217;une senteur qu&#8217;il m&#8217;y quelques temps à reconnaître. Finalement, il trouva. L&#8217;odeur lui rappelait la senteur des fleurs des bois. C&#8217;est alors qu&#8217;il remarqua les bâtonnets d&#8217;encens qui brûlaient un peu partout.<br />
&#8220;Voilà pour les fleurs des bois&#8221; se dit-il.</p>
<p>Il s&#8217;avançait lentement, contemplant ce que contenait le magasin, lorsque une jeune femme fit irruption devant lui.<br />
-&#8221;Bonjour cher premier client, avez vous besoin d&#8217;aide ?&#8221; La voix de la propriétaire était chaude, lumineuse, envoûtante.<br />
-&#8221;Et voilà pour le vieux propriétaire&#8221;, se dit Paul un sourire aux lèvres.<br />
-&#8221;Non merci, je me contente de regarder.&#8221;<br />
-&#8221;Bien, si vous avez besoin de moi, je suis dans l&#8217;arrière boutique&#8221; répondit-elle, tournant les talons dans un tourbillon de mèches rousses.<br />
-&#8221;Comme les feuilles des arbres en automne&#8221; pensa Paul.</p>
<p>Le magasin était grand, plus grand qu&#8217;il ne le semblait de l&#8217;extérieur. Alors qu&#8217;il était occupé à feuilleter de vieux livres, Paul jeta un coup d&#8217;oeil vers la vitrine et se rendit compte qu&#8217;il faisait déjà nuit.</p>
<p>&#8220;Il est l&#8217;heure de rentrer&#8221;. Il prit sous son bras les quelques volumes qu&#8217;il avait décidé d&#8217;acheter et se retourna.</p>
<p>La vendeuse était là. Il sursauta légèrement.<br />
-&#8221;Je ne vous avais pas entendu&#8221;<br />
-&#8221;Pardonnez-moi si je vous ai fait peur, je voulais vous prévenir que nous fermions&#8221;<br />
-&#8221;Ha ? Je crois que je n&#8217;ai pas vu le temps passer&#8221;<br />
La vendeuse esquissa un sourire &#8220;Vous prenez ces livres ?&#8221;<br />
-&#8221;Oui, combien vous dois-je ?&#8221; répondit-il en lui donnant les livres qu&#8217;il tenait.</p>
<p>La vendeuse prit les livres, les feuilletant.<br />
-&#8221;De bien jolis ouvrages&#8221; commenta-t-elle.<br />
&#8220;Cela vous fait 130 euros&#8221; rajouta-t-elle en glissant les volumes dans un sachet en papier aux couleurs du magasins. Paul tendit les billets qu&#8217;il avait déjà sortis.<br />
-&#8221;Voilà et merci.&#8221;<br />
-&#8221;Merci à vous, n&#8217;hésitez pas à revenir et bonne soirée à vous Monsieur mon premier client&#8221;</p>
<p>Paul sourit, lui souhaita également une bonne soirée et se dirigea vers la sortie. Alors qu&#8217;il allait pour ouvrir la porte vitrée du magasin, un éclair roux attira son regard. Un rire de petite fille sembla tinter à ses oreilles.  Intrigué, il se retourna, cherchant du regard ce qu&#8217;il pensait être une petite fille qui courait entre les meubles.</p>
<p>Son coeur rata un battement. Là, du fond du magasin, Krelme le regardait.<br />
&#8220;Monsieu..&#8221; commença Paul avant de se rendre compte que ce n&#8217;était pas son patron mais une tête d&#8217;élan empaillée qui le fixait.</p>
<p>Pourtant la ressemblance était frappante. Paul en oublia l&#8217;éclat roux, le rire enfantin et se rapprocha de l&#8217;élan.</p>
<p>&#8220;Stupéfiant&#8221; pensa-t-il. Les même bajoues ramollies qui pendent de chaque coté du visage, le même regard torve et haineux, la même forme de visage. Il avait vraiment l&#8217;impression de voir son chef.</p>
<p>-&#8221;Un très vieux trophée de chasse, venant d&#8217;un des anciens ducs de la région,  très bien conservé&#8221;<br />
Paul sursauta à nouveau, encore une fois surpris par la vendeuse.<br />
-&#8221;Saisissant oui, il me rappelle mon chef, combien coûte-il ?&#8221;<br />
-&#8221;450 euros&#8221;<br />
-&#8221;Trop cher pour moi&#8221; Paul laissa s&#8217;échapper un petit rire gêné &#8220;Et puis voir mon patron au boulot me suffit amplement. Vous m&#8217;aviez dit que vous fermiez, désolé de vous retarder.&#8221;<br />
-&#8221;Ce n&#8217;est pas grave&#8221;<br />
-&#8221;Au revoir&#8221;<br />
-&#8221;Au revoir Paul&#8221;</p>
<p>Paul sortit du magasin, encore retourné par la tête d&#8217;élan. Il lança un dernier coup d&#8217;oeil à travers la vitrine. La vendeuse était déjà repartie dans l&#8217;arrière boutique et seule la tête empaillée lui renvoya son regard.<br />
&#8220;Bizarre que je ne l&#8217;ai pas vu en entrant&#8221; se dit-il. Haussant les épaules, il prit le chemin de son appartement.</p>
<p>Les jours passèrent, l&#8217;enfer continua. Comme prévu, Krelme lui fit payer très cher le compliment qu&#8217;il lui avait dit. Les brimades se multiplièrent, les problèmes se succédèrent et à chaque fois que Paul manquait de s&#8217;énerver, son chef était là, prés à se saisir de la plus petite excuse pour le faire virer.</p>
<p>Pour couronner le tout, Paul n&#8217;arrivait plus à dormir. Il pensait sans arrêt à la tête d&#8217;élan. Elle peuplait chacun de ses rêves, hantait chacun de ses cauchemars. Parfois elle le poursuivait, parfois c&#8217;était son patron qui le poursuivait de ses injures. Mais dans ses rêves, son patron n&#8217;avait pas son vrai visage mais celui de l&#8217;élan.</p>
<p>Tout cela n&#8217;arrangeait pas son ulcère qui n&#8217;arrêtait pas de le lancer. Parfois, la douleur était si forte qu&#8217;il manquait d&#8217;en perdre conscience. Il ne pouvait alors rien faire d&#8217;autre que trembler de souffrance en fouillant ses poches ou son bureau pour chercher les comprimés que lui avait donné son médecin et qui soulageaient ses douleurs.</p>
<p>-&#8221;Je n&#8217;en peux plus&#8221;<br />
Paul avait donné rendez vous à Marc, un de ses amis d&#8217;enfance, dans l&#8217;un des bars où ils avaient leurs habitudes. Assis tous les deux autour de l&#8217;un des tonneaux de chêne qui servaient de tables dans l&#8217;établissement, ils sirotaient lentement leur bières.<br />
-&#8221;Toujours ton patron ?&#8221;<br />
-&#8221;Lui oui et aussi l&#8217;élan.&#8221;<br />
-&#8221;L&#8217;élan ?&#8221; demanda Marc, fronçant les sourcils d&#8217;incompréhension.<br />
-&#8221;Oui, une tête d&#8217;élan empaillée que j&#8217;ai vu chez la nouvelle antiquaire que j&#8217;ai découvert il y a quelques temps.&#8221;<br />
Et Paul raconta tout l&#8217;histoire, décrivant la tête d&#8217;élan, la ressemblance frappante avec son chef, les cauchemars qui l&#8217;empêchaient de dormir avec la tête d&#8217;élan, toujours présente.</p>
<p>-&#8221;C&#8217;est vrai que tu n&#8217;as pas l&#8217;air bien, tu es vraiment pâle et tu as de ces cernes, à faire peur&#8221;<br />
-&#8221;Je ne dors presque plus Marc, je ne sais plus quoi faire.&#8221;<br />
-&#8221;Tu sais quoi ? Je serais toi, je l&#8217;achèterais cette tête d&#8217;élan. Je l&#8217;accrocherais à un des murs de mon appartement et tous les soirs je l&#8217;insulterais en imaginant que c&#8217;est mon patron, je lui lancerais des fléchettes, je lui cracherais dessus. Tu vois le truc ?&#8221; répondit Marc en éclatant de rire, se moquant gentiment de Paul.<br />
-&#8221;C&#8217;est peut-être une idée, tu as raison&#8221; répondit Paul, qui lui était sérieux.<br />
-&#8221;Hé, je plaisantais. Tu devrais penser à prendre des vacances ou à changer de boulot&#8221;<br />
-&#8221;Tu sais bien que je ne peux pas Marc&#8221;<br />
-&#8221;Bon alors, trouve toi une fille. Tu sais, Sophie à une cousine qui vient de divorcer, je pourrais&#8230;&#8221;<br />
-&#8221;Arrête avec tes conneries Marc, parle moi plutôt de ta fille, comment se porte ma petite filleule ?&#8221;<br />
-&#8221;Bien, elle nous empêche juste de dormir vu qu&#8217;elle fait ses dents&#8221;</p>
<p>Pendant les jours suivants, la conversation avec Marc poursuivit Paul. Après tout, Pourquoi pas ? pourquoi ne pas acheter cette tête d&#8217;élan, se disait-il. Bien entendu, il n&#8217;allait pas lui cracher dessus ou l&#8217;insulter, ce serait puéril. Mais il pouvait l&#8217;acheter, juste pour l&#8217;accrocher dans son salon.</p>
<p>Le samedi suivant, dès neuf heure du matin, il était déjà devant la vitrine du magasin. Fouillant la vitrine du regard, il ne trouva pas la tête d&#8217;élan. Craignant le pire, serrant les dents pour ne pas se plier de douleur suite à une nouvelle crise de son ulcère, il ouvrit la porte d&#8217;une main tremblante.<br />
La même odeur le frappa à nouveau. Délicate odeur de sous bois, de fruits rouges et de fleurs des champs qui lui emplissaient les narines.<br />
-&#8221;Bonjour, est ce qu&#8217;il y a quelqu&#8217;un ?&#8221; demanda-t-il en s&#8217;avançant.<br />
-&#8221;Bonjour Monsieur mon premier client&#8221;.<br />
Il reconnut tout de suite la voix de la patronne. Elle apparut d&#8217;ailleurs, tenant la tête d&#8217;élan.<br />
-&#8221;Vous venez l&#8217;acheter, n&#8217;est ce pas ?&#8221; ajouta-t-elle.<br />
Paul, lorsqu&#8217;il vit la tête d&#8217;élan, laissa malgré lui échapper un long soupir de soulagement.<br />
-&#8221;Oui, en regardant à travers la vitrine, je ne l&#8217;ai pas vu, j&#8217;ai cru que vous l&#8217;aviez vendu&#8221;<br />
-&#8221;Non, je savais que vous reviendrez la chercher alors je l&#8217;avais mise dans l&#8217;arrière boutique.&#8221;<br />
-&#8221;Oh&#8230;&#8221; Paul ne savait plus quoi dire, soudain bizarrement empli de joie. &#8220;Merci de l&#8217;avoir fait&#8221;<br />
-&#8221;Ce n&#8217;est rien, mon premier client a bien droit à quelques petites faveurs&#8221; répondit la vendeuse, en laissant échapper un petit rire.</p>
<p>La tête d&#8217;élan trônait sur son mur, bien au centre. Paul se tenait devant elle, mains sur les hanches, fier de son travail. Il avait même réussi à l&#8217;accrocher droit.</p>
<p>&#8220;Alors salopard, ça fait quoi d&#8217;être accroché à mon mur ? Tu fais moins le fier là maintenant hein connard ?&#8221;<br />
C&#8217;était sorti tout seul. Il ne s&#8217;était même pas rendu compte qu&#8217;il avait insulté la tête d&#8217;élan. Il allait se traiter de fou lorsqu&#8217;il se rendit compte qu&#8217;il se sentait bien mieux maintenant, beaucoup moins stressé, que ses douleurs d&#8217;estomac s&#8217;étaient tues.</p>
<p>&#8220;Après tout, pourquoi pas&#8221; se dit-il.</p>
<p>Et les insultes se mirent à pleuvoir, encore et encore, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il n&#8217;est plus de salive, jusqu&#8217;à ce que sa gorge lui fasse mal. Ensuite, pour la première fois depuis des années, Paul dormit d&#8217;un sommeil de bébé, sans aucun cauchemars.</p>
<p>Deux mois passèrent. Paul n&#8217;était plus le même homme. Au boulot, il était serein, toujours souriant, ne faisant plus aucun cas des colères ou des menaces de Krelme.</p>
<p>-&#8221;Allez Paul, dis nous comment tu fais, tu as des appuis hauts placés ?&#8221;<br />
Paul était à la cafétéria de son cabinet d&#8217;architecte, attendant que son café soit prêt. Laurent et Matthieu, deux de ses collègues, le pressaient de questions depuis quelques jours. Ils voulaient savoir, connaître eux aussi le secret de son tout nouveau calme. Cette fois, c&#8217;était Laurent qui était revenu à la charge.<br />
-&#8221;Mais non, vous vous imaginez des choses tous les deux. Il n&#8217;y a rien de changé, j&#8217;ai juste décidé de prendre les choses plus sereinement&#8221; répondit Paul.<br />
-&#8221;Bien sûr, bien sûr&#8221; attaqua Matthieu. &#8220;Prendre sereinement les réflexions de Krelme. Arrête, on y croit pas. Ou alors tu t&#8217;es fait prescrire des cachets ? C&#8217;est ça ? Des calmants ou un truc dans le genre ?&#8221;<br />
-&#8221;Mais non, puisque je vous dit qu&#8217;il n&#8217;y a rien&#8221;<br />
Mais les deux comparses ne s&#8217;arrêtèrent bien évidemment pas. Chaque jour, ils continuèrent à poser questions sur questions, à espionner Paul, à l&#8217;épier, à tenter de le surprendre en flagrant délit de prise de cachets.</p>
<p>Si bien que Paul finit par craquer.<br />
-&#8221;Bon vous avez raison, j&#8217;ai un truc. Si je vous le dit, vous me laisserez en paix ?  Et vous garderez cela pour vous ?&#8221;<br />
Laurent et Matthieu échangèrent un regard. &#8220;Bien entendu Paul. Tu sais que nous ne sommes pas des commères.&#8221;<br />
-&#8221;Bon, alors, voilà. Il y a quelques mois je fouinais chez un antiquaire et j&#8217;ai vu cette tête d&#8217;élan&#8230;&#8221;<br />
Et Paul leur raconta tout. L&#8217;achat, la première fois qu&#8217;il avait insulté la tête empaillée puis les insultes quotidiennes, les crachats, les brûlures de cigarettes, les jets de fléchettes.</p>
<p>Lorsqu&#8217;il eut finit, les deux compères échangèrent à nouveau un regard.<br />
-&#8221;Hé bien, qui aurait cru..&#8221; fut la seule chose que Laurent trouva à dire.<br />
-&#8221;Ton antiquaire n&#8217;en aurait pas une deuxième par hasard ? Pour moi ?&#8221; demanda Matthieu en riant.<br />
-&#8221;Non, elle n&#8217;en avait qu&#8217;une&#8221; répondit Paul qui regrettait déjà d&#8217;avoir parlé.<br />
-&#8221;Vous me croyez fou&#8221; rajouta-t-il.<br />
-&#8221;Mais non voyons, ce n&#8217;est pas commun comme histoire mais cela ne fait pas de toi un fou&#8221; répondit Laurent.<br />
Inquiet, Paul rappela &#8220;Vous avez promis de ne rien dire. Si cela parvenait aux oreilles de Krelme, je suis fichu.&#8221;<br />
-&#8221;Mais ne t&#8217;inquiète pas voyons, nous sommes amis n&#8217;est ce pas Paul ?&#8221; le rassura Matthieu.&#8221;Nous ne dirons rien&#8221; rajouta-il.<br />
-&#8221;Oui nous ne dirons rien&#8221; appuya Laurent. &#8220;Mais, tu ne voudrais pas nous la montrer, ta tête d&#8217;élan ?&#8221;<br />
Paul sentit son coeur s&#8217;arrêter et des gouttes de sueur froide lui couler dans le dos. C&#8217;était sa tête à lui, ils voulaient lui voler, sa tête à lui dont il avait tant besoin.<br />
-&#8221;Non&#8230; Non, c&#8217;est la mienne. Je vous en ai déjà trop dit. J&#8217;ai du travail&#8221; Paul sorti de la cafétéria, oubliant son café, s&#8217;enfuyant plus qu&#8217;il ne sortait, sans comprendre pourquoi l&#8217;idée de montrer la tête d&#8217;élan à quelqu&#8217;un d&#8217;autre que lui était si intolérable.</p>
<p>Tout le service était en ébullition. La réunion finale du projet Brutek devait se tenir le lendemain. Paul savait qu&#8217;il allait devoir travailler toute la nuit. Krelme était en train de vérifier les derniers plans que Paul lui avait envoyé.</p>
<p>Paul se doutait que Krelme n&#8217;allait pas tarder à le convoquer pour lui demander de faire, encore, des modifications de dernières minutes. Mais cela ne le troublait plus. Ce matin, il avait patiemment enfoncé une douzaine de longues aiguilles à tricoter dans la tête d&#8217;élan, en imaginant qu&#8217;il faisait subir ce traitement à son chef, s&#8217;offrant ainsi une longue journée de calme olympien.</p>
<p>La pendule du bureau venait d&#8217;afficher 23h30. Il n&#8217;y avait plus que Paul et Krelme dans le bâtiment. Paul faisait les dernières modifications sur une partie mineure des plans. La sonnerie stridente du téléphone interne faillit lui faire raturer son trait.<br />
-&#8221;Monsieur Paul, venez dans mon bureau je vous prie.&#8221; C&#8217;était Krelme, bien entendu.<br />
-&#8221;J&#8217;arrive&#8221; Paul raccrocha, mal à l&#8217;aise. Son patron lui avait semblé joyeux, bien trop joyeux. Quelque chose n&#8217;allait pas. Pour se calmer, il pensa au stock d&#8217;aiguilles qui lui restait, aux insultes dont il pourrait bientôt abreuver la tête d&#8217;élan.</p>
<p>Lorsqu&#8217;il entra dans le bureau de Krelme, celui-ci se tenait debout, derrière son bureau, une grande tasse de café à la main.<br />
-&#8221;Asseyez vous, Monsieur Paul&#8221;<br />
Paul obéit, remarquant que la majeure partie des plans qu&#8217;il avait réalisé pour le projet Brutek se trouvaient étalés sur le bureau de son patron, essayant de voir de son fauteuil ce qui n&#8217;allait pas, ce qu&#8217;il allait devoir refaire dans l&#8217;urgence au cours de la nuit.<br />
-&#8221;Ce sont bien vos plans ?&#8221; demanda Krelme avec une voix doucereuse, pleine de miel.<br />
-&#8221;Oui, monsieur, ce sont mes plans&#8221;<br />
Krelme vida alors sa tasse de café, lentement, sur la liasse de plan étalé sur son bureau, y prenant visiblement beaucoup de plaisir. Son regard brûlait de haine tandis qu&#8217;il détruisait ainsi le travail de Paul.<br />
-&#8221;Mais que faites vous ?&#8221; hurla celui-ci</p>
<p>-&#8221;Je sais tout&#8221; répondit Krelme, froidement calme.<br />
-&#8221;Je sais tout sur vous, sur votre ridicule tête d&#8217;élan, sur la façon dont vous l&#8217;utilisez.<br />
Vous n&#8217;êtes qu&#8217;un fou, qu&#8217;un pauvre fou. Et vous allez être viré pour avoir saccagé les plan du projet Brutek.&#8221;<br />
-&#8221;Mais, c&#8217;est vous qui venait de ..&#8221; tenta de contrer Paul.</p>
<p>Krelme rit, un long rire mauvais, cruel.<br />
-&#8221;Prouvez le. Cela sera votre parole contre la mienne. Et quand tout le monde saura pour votre tête d&#8217;élan, votre parole ne vaudra plus rien&#8221;<br />
-&#8221;Mais je ne vais pas m&#8217;arrêter à ça&#8221; poursuivit Krelme.<br />
-&#8221;Je vous ferai virer, mais ensuite, je vous ferai interner comme le dangereux fou que vous êtes. Et je ferai brûler cette horreur de tête d&#8217;élan.&#8221;</p>
<p>Lorsqu&#8217;il entendit ces mots, quelque chose se brisa en Paul. Non, il avait trop besoin de la tête d&#8217;élan. Il ne pouvait pas vivre seul, sans elle.</p>
<p>Sans se rendre compte de ce qu&#8217;il faisait, il se leva, pris un des T d&#8217;architecte en acier posé contre le bureau et dans un rugissement de colère, frappa, encore et encore. Il frappa jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il ait mal aux bras, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il soit recouvert de sang.</p>
<p>-&#8221;Monsieur Luksi, c&#8217;est la gendarmerie. Ouvrez où nous enfonçons la porte&#8221;<br />
Un rire fou et une bordée d&#8217;insulte &#8220;Sale petit connard de fils de pute, tu voulais me faire virer. Tu pensais être plus fort que moi&#8221; fut la seule réponse que reçut l&#8217;équipe de la force d&#8217;intervention spéciale de la gendarmerie.</p>
<p>Monsieur et Madame Luksi, retraités, habitaient un petit pavillon cossu en campagne. Madame Luksi ne s&#8217;était jamais remise du départ de son fils pour la ville. Elle tenait donc propre la chambre de son &#8216;bébé&#8217; pour les trop courts moments que Paul revenait passer à la maison. Noël n&#8217;était pas attendu avant  trois mois, mais déjà elle avait acheté et emballé les cadeaux pour son fils et les avaient déposés sous le lit de celui-ci.</p>
<p><span style="color: #000080;">Monsieur et Madame Luski avaient un emploi du temps journalier strict et qui ne souffrait pas de changement. Chaque jour, après le déjeuner qui se finissait vers 12h50, ils s&#8217;installaient devant leur poste de télévision, avec leur deux chats et une tasse de thé miel-citron. Ils regardaient alors le journal télévisé puis faisaient une légère sieste avant de jouer quelques parties de Scrabble, parties que Madame Luksi gagnait invariablement.</span></p>
<p><span style="color: #000080;">Pourtant pour la première fois depuis plus de dix ans, ils étaient en retard. Ce jour là en effet, la voisine était venue juste avant le repas pour leur raconter que son petit-fils allait devenir avocat, qu&#8217;il avait réussit un examen très difficile, qu&#8217;il serait bientôt riche et à n&#8217;en pas douter bientôt marié à une belle et intelligente femme. Il était donc 13h15 lorsque Madame Luksi alluma le poste de télévision, sa tasse de thé chaud à la main.</span></p>
<p><span style="color: #000080;">Comme à chaque fois qu&#8217;on l&#8217;allumait, le poste de télévision, antique machine qui aurait plus été à sa place dans un musée de l&#8217;audiovisuel plutôt que dans le salon d&#8217;une maison, même une maison de retraités, se mit en marche avec le volume sonore à zéro. Madame Luski ne vit donc que la photo de son fils en haut à droite de l&#8217;écran, tandis que le présentateur parlait sans être entendu.</span></p>
<p><span style="color: #000080;">&#8220;Papa, vient vite, Paul passe à la télévision.<br />
Je savais bien qu&#8217;il allait être célèbre, je lui ai toujours dit.&#8221;</span></p>
<p><span style="color: #000080;">&#8220;Mais dépêche toi, tu vas tout rater&#8221; cria-t-elle de sa petite voix aigu en cherchant la télécommande, cachée sous un coussin, pour monter le son.<br />
La télécommande retrouvée, la voix du présentateur se fit enfin entendre.</span></p>
<p><span style="color: #000080;">&#8220;Paul Luksi, l&#8217;architecte fou qui aurait tué son patron en le décapitant&#8230;&#8221;</span></p>
<p><span style="color: #000080;">Le bruit clair d&#8217;une tasse qui se brise et celui, sourd, d&#8217;un corps qui tombe résonnèrent alors dans le petit salon. Le présentateur, indifférent à ce qui se passait dans le petit salon de la petite maison continua tranquillement de parler, donnant de plus ample information sur ce meurtre plus qu&#8217;inhabituel.</span></p>
<p><span style="color: #000080;">&#8220;&#8230;aul Luski a été appréhendé ce matin à son domicile par les forces de police. La tête de son patron a été retrouvé sur les lieux. Paul Luksi, ayant apparemment cédé à la folie, avait fixé la tête de sa victime au mur, la couronnant de deux bois de cerf. Lorsque les forces de polices ont fait irruption chez lui, il était en train d&#8217;enfoncer des aiguilles à tricoter dans les yeux de la tête de son patron tout en l&#8217;insultant. Il a fallu toute la force des six gendarmes présents pour le ceinturer.</span></p>
<p><span style="color: #000080;">Nous passons maintenant à notre reportage sur les préparatifs d&#8217;Halloween&#8221;.</span></p>
<p><span style="color: #000080;">C&#8217;est le moment que choisit le poste de télévision pour se détraquer à nouveau et remettre le son à zéro.  Le reportage sur Halloween passa donc, en silence, sans que personne ne le regarde. Pendant ce temps, les chats se frottaient au corps de leur maîtresse en léchant le thé répandu sur le sol. On n&#8217;entendit plus que leurs ronronnement de bonheur jusqu&#8217;à ce que :<br />
&#8220;Maman, tu sais ou j&#8217;ai mis mes appareils pour entendre, je ne les trouve plus, ils ne sont pas dans le petit placard&#8230;&#8221;</span></p>
<p><em>Lorsqu&#8217;ils enfoncèrent la porte, les gendarmes trouvèrent Paul Luksi en train d&#8217;enfoncer une longue aiguille à tricoter dans ce qu&#8217;ils prirent tout d&#8217;abord pour une tête d&#8217;élan accrochée au mur.</em></p>
<p><em>En fait, et la presse le lendemain ne se priva pas de donner tous les détails, Paul avait détaché la tête d&#8217;élan de son socle et lui avait sciée les bois.  Il les avait ensuite ficelés avec du fil de fer à la tête de Richard Krelme qu&#8217;il avait ramené avec lui . Il avait alors cloué la tête de son ancien chef au socle en bois et c&#8217;était celle-ci qu&#8217;il insultait en lui enfonçant une aiguille à tricoter dans l&#8217;oeil gauche lorsque les gendarmes l&#8217;appréhendèrent. </em>
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		<title>Bonus Track du DVD polar geek, les références des trois premiers épisodes</title>
		<link>http://j-mad.com/blog/2010/11/05/bonus-track-du-dvd-polar-geek-les-references-des-trois-premiers-episodes/</link>
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		<pubDate>Fri, 05 Nov 2010 09:44:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Explication de Texte]]></category>
		<category><![CDATA[Polar geek]]></category>
		<category><![CDATA[polargeek]]></category>
		<category><![CDATA[regardage de nombril]]></category>

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		<description><![CDATA[Bon alors, comme je n&#8217;ai pas eu le temps de beaucoup poster depuis lundi, un petit billet rapide listant les petites références plus ou moins obscures qui se sont glissées dans les trois premiers épisodes de mon PolarGeek. Petites précisions à propos des références, quand c&#8217;est Alana qui les donne directement, à travers une pensée <a href='http://j-mad.com/blog/2010/11/05/bonus-track-du-dvd-polar-geek-les-references-des-trois-premiers-episodes/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bon alors, comme je n&#8217;ai pas eu le temps de beaucoup poster depuis lundi, un petit billet rapide listant les petites références plus ou moins obscures qui se sont glissées dans les trois premiers épisodes de mon PolarGeek.</p>
<p>Petites précisions à propos des références, quand c&#8217;est Alana qui les donne directement, à travers une pensée ou un dialogue, je m&#8217;oblige à n&#8217;utiliser que des références qu&#8217;elle peut avoir, histoire de rester un peu logique, tout de même.</p>
<p>L&#8217;épisode 1 était un peu trop court pour pouvoir s&#8217;amuser à mettre des clins d&#8217;œils (à part l&#8217;histoire des chocolatines ..:) ). Il n&#8217;y a donc qu&#8217;une référence aux fauteuils déco starwars.  Bon, en fait, je ne vais pas relever toutes les références à StarWars plus ou moins explicite, ça serait vous faire injure. Et rallonger artificiellement mon billet.</p>
<p>Pour l&#8217;épisode 2 :</p>
<ul>
<li>Casey Pollard, c&#8217;est un petit clin d&#8217;oeil à Cayce Pollard, l&#8217;héroïne d&#8217;<a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2253111139?ie=UTF8&amp;tag=mrjmad-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2253111139">identification des schémas</a> de William Gibson (un de ses chefs d&#8217;œuvres)</li>
<li>LearnMore, c&#8217;est directement relié à BuyMore, le magasin qui occupe une place centrale dans la série <a href="https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/Chuck_%28s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e%29">Chuck</a>.</li>
<li>Le bonnet Domo Kun, je vous invite à aller le voir sur thinkgeek (<a title="bonnet Domo Kun" href="http://www.thinkgeek.com/tshirts-apparel/hats-ties/a78b/">le liens direct vers le bonnet</a>) .</li>
</ul>
<p>Pour l&#8217;épisode 3 :</p>
<ul>
<li>Jack, qui apparaît dans le premier dialogue entre Alana et Mathieu est une référence, bien entendu, mais mystère, je ne vais pas non plus pas vous dévoiler tout de suite qui est Jack&#8230;</li>
<li>&#8216;Je ne dis pas que c&#8217;est pas injuste, je dis que ça soulage&#8217; est une citation des <a href="https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/Les_Tontons_flingueurs">tontons flingueurs</a>, de Théo, pour être exact.</li>
<li>Evey, le nom de la chienne de Mathieu, c&#8217;est bien entendu tiré de <a href="https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/V_pour_Vendetta_%28film%29">V pour Vendetta</a>.</li>
<li>La mention du scout ou du Alana was explosed by grenade → Team Fortress 2 (où je suis un très mauvais joueurs), mais ce n&#8217;est pas et de loin, la première fois qu&#8217;Alana en parle.</li>
<li>Tout plein de références directes à StarCraft 2, Zerg, Protoss et autres ..</li>
</ul>
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 <p><a href="http://j-mad.com/blog/?flattrss_redirect&amp;id=1040&amp;md5=425dcfdf9e0616248796794c702e5eaf" title="Flattr" target="_blank"><img src="http://j-mad.com/blog/wp-content/plugins/flattr/img/flattr-badge-large.png" alt="flattr this!"/></a></p>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Piratage en blouse blanche (épisode 3)</title>
		<link>http://j-mad.com/blog/2010/10/31/piratage-en-blouse-blanche-episode-3/</link>
		<comments>http://j-mad.com/blog/2010/10/31/piratage-en-blouse-blanche-episode-3/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 31 Oct 2010 18:09:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Polar geek]]></category>
		<category><![CDATA[polargeek]]></category>
		<category><![CDATA[récits]]></category>

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		<description><![CDATA[Quatre jours maintenant que j&#8217;étais plongée dans l&#8217;audit du code d&#8217;e-learning. Enfin disons plutôt cinq jours, si j&#8217;en crois le tac que j&#8217;ai entendu quand j&#8217;ai commencé mon dernier, enfin presque dernier, expresso. Et mon dieu, j&#8217;ai rarement vu une application aussi mal développée. Quand je parlais de garagistes à propos de certaines SSII, je <a href='http://j-mad.com/blog/2010/10/31/piratage-en-blouse-blanche-episode-3/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quatre jours maintenant que j&#8217;étais plongée dans l&#8217;audit du code d&#8217;e-learning. Enfin disons plutôt cinq jours, si j&#8217;en crois le <em>tac</em> que j&#8217;ai entendu quand j&#8217;ai commencé mon dernier, enfin presque dernier, expresso.</p>
<p>Et mon dieu, j&#8217;ai rarement vu une application aussi mal développée. Quand je parlais de garagistes à propos de certaines SSII, je crois que j&#8217;étais en dessous de la vérité. J&#8217;ai déjà listé des dizaines de failles possibles, de trous de sécurité si grands qu&#8217;on pourrait y faire passer des troupeaux d&#8217;éléphants&#8230; J&#8217;avais vraiment l&#8217;impression de remonter un fleuve de merdes codifiques depuis que j&#8217;avais plongé mon nez là-dedans.</p>
<p>&#8220;Mais&#8230;&#8221;, je ne pus retenir une exclamation, m&#8217;attirant le regard courroucé de mon Dark Vador Bubble Head, réveillé en sursaut alors qu&#8217;il rêvait de conquérir la galaxie et de faire cuire à la broche des petits lutins verts.</p>
<p>Pourquoi, mais pourquoi celui qui avait codé cette appli avait trouvé intelligent de faire générer en javascript des bouts de requêtes SQL exécutées sans vérification sur le serveur ? Je n&#8217;avais plus qu&#8217;à rajouter un item dans mon long long long rapport de failles et faire un petit patch rapide.</p>
<p>De longs couloirs dégueulasses et sombres. A ma droite, Drak courait en clopinant, lâchant un juron douloureux de temps en temps, visiblement mal en point. A ma gauche, Risfil, qui n&#8217;a plus rien de l&#8217;elfe propre sur lui qu&#8217;il était encore il y a quelques heures. Je ravale mes larmes en pensant à Fyx, notre barde qui doit servir de festin aux créatures qui nous sont tombées dessus&#8230; J&#8217;entends encore son dernier cri lorsque ces monstres l&#8217;ont fait tomber à terre et ont commencé à le dévorer, alors qu&#8217;il était encore vivant&#8230; Nous n&#8217;aurions pas du accepter la mission que l&#8217;encapuchonné nous proposait. Dès le départ, je savais que c&#8217;était trop bien payé pour être honnête. Et les morts ne profitent pas de leur argent. Si je devais mourir, ça ne serait pas seule. Je me retournais écartant les bras tout en psalmodiant les premiers mots de mon plus puissant sortilège. Le pouvoir se rua dans mes veines, électrisant mes cheveux, tandis que la magie hurlait d&#8217;impatience, attendant que je prononce le dernier mot de mon sortilège, attendant d&#8217;être libérée et de…</p>
<p>Je reconnu rapidement la sonnerie qui me vrillait les tympans comme étant celle de mon smartphone. Le retrouver ne fut pas une aussi mince affaire.<br />
&#8220;Allo ?<br />
- Hum, excusez-moi Monsieur le zombie, j&#8217;ai du me tromper de numéro&#8230;<br />
- Fais pas le con Mathieu, tu me réveilles.<br />
- A 15 heures ?<br />
- J&#8217;ai bossé tard.<br />
- Ok, tu as le temps pour un ciné avec tes vieux potes ?<br />
- Pas cette fois, non, faut que je m&#8217;y remette.<br />
- Ok, tant pis, passe le bonjour à Jack.&#8221;</p>
<p>Avant que je n&#8217;ai pu répondre de la répartie la plus cinglante que j&#8217;eus été capable de trouver au saut du lit, ce fourbe avait déjà raccroché. Tant pis. Je trouverais bien l&#8217;occasion de me venger. En attendant, je récupérais Jack qui était tombé de notre lit, je l&#8217;adossais à nouveau aux coussins et rallumais la machine à expresso.</p>
<p>Je vous ai déjà dit que je détestais les lundi ? Et bien, c&#8217;est encore pire lorsqu&#8217;ils arrivent après un week-end passé à auditer l&#8217;un des logiciels le plus mal codé de l&#8217;histoire de l&#8217;humanité. Cette appli était une telle catastrophe que sur les dernières heures j&#8217;aurais préféré faire n&#8217;importe quoi, même des logiciels de gestion d&#8217;assurance en WinDev plutôt que continuer à explorer ce code…</p>
<p>&#8220;Bonjour Messieurs, j&#8217;ai donc procédé durant la semaine dernière à un rapide audit non exhaustif de votre application&#8221;. Carpendar n&#8217;avait malheureusement pas profité de la semaine pour redécorer son bureau. J&#8217;avais l&#8217;impression que chacune des photos de lui me regardait tandis que j&#8217;exposais le résultat de mes recherches au petit comité qui m&#8217;écoutait. &#8220;Je dis non exhaustif parce que vu la somme de problèmes que j&#8217;ai trouvée&#8230;&#8221;, petit signe vers le gros rapport posé sur le bureau du DG, &#8220;… je pense qu&#8217;il faudra que vous procédiez à un audit complet de votre application&#8221;.</p>
<p>Plus je parlais, plus l&#8217;heure tournait, plus je les voyais se décomposer. J&#8217;étais presque sûre que Carpendar réfléchissait à comment il allait pouvoir faire en sorte que mon rapport n&#8217;arrive jamais jusqu&#8217;aux dirigeants d&#8217;Horizon. Quant à Tave, il devait prier pour que mes conclusions ne soient pas trop violentes avec lui. &#8220;En conclusion, en ce qui concerne l&#8217;audit, je vous ai joint un patch corrigeant ou limitant chacun des problèmes que j&#8217;ai pu trouver. Je vous conseille d&#8217;ailleurs vivement de me laisser les mettre en place dès la fin de cette réunion&#8221;.</p>
<p>&#8220;Et concernant les piratages ? D&#8217;après Monsieur Tave, personne n&#8217;a tenté de se connecter d&#8217;une manière frauduleuse. N&#8217;est-ce pas ?&#8221; Le gugus avait un large sourire victorieux en répondant à son boss. Je préférais de loin lorsque quelques minutes plus tôt il suait à grosses gouttes en se demandant si j&#8217;allais citer les noms des responsables qui avaient commit le code que j&#8217;avais audité et s&#8217;il en ferait partie. &#8220;Effectivement, aucune tentative de connexion frauduleuse, comme je le pensais. Je pense que Mademoiselle Oscar a formulé des conclusions un peu hâtives la semaine dernière et que c&#8217;est bien, comme je vous l&#8217;avais dit, un piratage d&#8217;un élève.&#8221; J&#8217;enrageais. L&#8217;image rapide d&#8217;un clavier lui écrasant le crâne me traversa l&#8217;esprit. Le bougre continua sur sa lancée. &#8220;Il est fort probable que les corrections qui nous sont proposées régleront le problème. Est-il absolument nécessaire de garder le dispositif de contrôle que nous avons du mettre en place ? Il ralentit en effet notre applicatif et j&#8217;ai peur que les utilisateurs finissent par se plaindre&#8221;. Mais qu&#8217;est-ce qu&#8217;il avait à me descendre comme ça celui-là ? A croire qu&#8217;il veut absolument redorer son blason.</p>
<p>&#8220;Qu&#8217;en pensez-vous Mademoiselle ?&#8221;, me demande Carpendar. &#8220;Je pense qu&#8217;il est trop tôt pour en déduire quoi que se soit. Et que la plupart des protections que j&#8217;ai mises en place la semaine dernière sont de toute façon indispensables si vous voulez pouvoir dormir sur vos deux oreilles. Et qu&#8217;en cas de problèmes, elles vous donneront des informations qui vous permettront de réagir au mieux. Voilà ce que je vous propose : nous nous revoyons dans une quinzaine de jours et si vous souhaitez vraiment diminuer tout ce qui est logs et surveillance, je vous conseillerais sur ce que vous pouvez désactiver sans risque. Et je le ferais gratuitement. Mais en attendant, j&#8217;aimerais pouvoir patcher au plus vite votre application, certains problèmes sont vraiment critiques. Et j&#8217;aurais besoin de Monsieur Tave, son nom est cité à plusieurs reprises dans des portions de code  problématiques, il pourrait être utile que je lui explique quelques subtilités&#8221;. Le dit Tave se fit littéralement fusillé du regard par son patron. Œil pour œil, Monsieur le développeur. Et tant pis si je n&#8217;étais pas entièrement sûre que cela soit vrai, les auteurs ne figurant quasiment jamais en entête des fichiers. Il le méritait bien. Je ne dis pas que c&#8217;est pas injuste, je dis que ça soulage, comme dirait Théo.</p>
<p>&#8220;Merci Mathieu de m&#8217;avoir amenée, je ne sais pas comment j&#8217;aurais fait sinon.<br />
- Tu sais que j&#8217;aime te rendre service ma grande, et puis peut-être que tu accepteras un dîner&#8230;<br />
- Le jour où tes zergs arriveront à la cheville de mes protoss peut-être, pas avant&#8230;<br />
- Tu es trop dure. Je me gèle les fesses pour t&#8217;amener en banlieue alors que j&#8217;aurais pu rester au chaud devant mon clavier et voilà comment tu me remercies.<br />
- Tu aurais pu aussi penser à la nettoyer, j&#8217;ai des poils de chien partout maintenant.<br />
- Evey ne perd pas ses poils&#8221;, commença-t-il à répliquer alors que je lui en tendais trois ou quatre accrochés à ma manche de manteau. &#8220;Ou alors presque pas&#8221;, finit-il en maugréant.<br />
- &#8220;Je vais faire un tour dans le coin, appelle-moi quand tu veux que je te ramène.<br />
- Tu es vraiment un amour Mathieu, promis la prochaine partie, je laisse 35 secondes d&#8217;avance à tes zergs&#8221;. Je ne comprends pas pourquoi, il démarra alors sans me répondre et en me tirant la langue… Les hommes&#8230;</p>
<p>Même sans mon bonnet, étrangement, la standardiste me reconnue. &#8220;Monsieur Carpendar vous attend, vous pouvez y aller&#8221;.</p>
<p>L&#8217;ambiance du jour, dans le bureau du DG, n&#8217;était pas du tout la même que celle de la semaine dernière. Carpendar était visiblement joyeux, un peu comme s&#8217;il venait d&#8217;être classé premier sur un championnat de TeamFortress. Il exsudait la confiance et l&#8217;autosatisfaction. Quant à Tave, il me semblait étrange. Un peu comme s&#8217;il était surpris. Un peu comme le dernier survivant d&#8217;un Saw. &#8220;Mademoiselle Oscar, vous aviez raison et cela depuis le début. D&#8217;ailleurs pour vous remercier de vos services&#8230;&#8221;. Le DG fit glisser une enveloppe vers moi. Sans trop comprendre je l&#8217;ouvrais. J&#8217;y trouvais un premier chèque, correspondant au paiement de la facture que j&#8217;avais envoyée pour les jours passés. Mais il n&#8217;était pas seul. Son petit frère, son frère jumeau en fait, se trouvait aussi dans l&#8217;enveloppe. &#8220;Oui, nous avons décidé de rajouter une prime pour l&#8217;efficacité de votre travail. Vous nous ferez une facture supplémentaire que vous pourrez envoyer à notre service comptabilité.&#8221; &#8220;Merci beaucoup mais je ne comprends&#8230;&#8221;, je dus prendre sur moi de ne pas sauter sur place de bonheur. Ces deux chèques m&#8217;envoyaient directement au paradis des situations financières.</p>
<p>&#8220;Comme je le disais, vous aviez raison depuis le début. Samedi, Monsieur Tave a détecté une intrusion par l&#8217;un de nos salariés. Un professeur, que nous avions embauché il y a peu, s&#8217;est connecté et a changé plusieurs questions de l&#8217;examen qui se tient en ce moment même. Autant dire que nous avons tout de suite supprimé tous ses accès et que nous avons entamé une procédure de licenciement pour faute grave.<br />
- Voici donc la raison de votre bonne humeur ?<br />
- Pas seulement. En fait, ce recrutement a été fait par le service de DRH du groupe Horizon qui n&#8217;avait pas vérifié qu&#8217;il y a quelques mois ce salarié travaillait pour l&#8217;un de nos concurrents. Je ne suis pas loin de croire qu&#8217;il s&#8217;agissait en fait d&#8217;un salarié infiltré par ce concurrent. C&#8217;est la thèse que je viens de soutenir pendant une longue réunion avec le directoire du groupe Horizon et les responsables de leur DRH. Autant dire que certains se sont fait remonter les bretelles.&#8221; Bien évidement, lui n&#8217;en faisait pas partie. Il n&#8217;eut pas besoin de le préciser, tout le monde l&#8217;avait bien compris. Et s&#8217;il était aussi heureux, c&#8217;est qu&#8217;il était apparu comme le pompier, l&#8217;homme qui avait géré la crise et réglé le problème, sans bavure, sans vague. De quoi asseoir sa position au sein d&#8217;Horizon. Je comprenais bien mieux sa bonne humeur.</p>
<p>Pourtant, tandis que j&#8217;attendais devant leur immeuble que Matthieu revienne me chercher, quelque chose me semblait louche. Une impression de trop facile, de truc qui ne collait pas. Un peu la même impression lorsque que je fais irruption avec mon scout dans la base ennemie et que je la trouve vide, sans personne. Et généralement, d&#8217;après mon expérience, cette sensation laisse rapidement place aux tirs en rafale, des points de vie en chute libre avant de se conclure par un rageant <em>Alana was explosed by grenade</em>.</p>
<p>Mon <em>Mocha Grande</em> me réchauffait lentement, après la rincée que j&#8217;avais du combattre pour arriver jusque là. Le siroter lentement, Netbook sur les genoux, dans l&#8217;un de mes Starbucks préférés au troisième sous-sol d&#8217;un centre commercial, en attendant que la séance du ciné d&#8217;en face finisse me plongeait presque dans une transe tranquille. Comme toujours, j&#8217;avais enlevé l&#8217;opercule de plastique qui m&#8217;empêchait de le savourer pleinement. Et comme toujours, la buée opacifiait légèrement mes lunettes. Encore 35 minutes avant d&#8217;aller commencer à faire la queue pour ma place. Tout le temps de finir mon café et d&#8217;envoyer quelques mails. Enfin c&#8217;est ce que je pensais. Parce que je n&#8217;avais pas fini de penser cela que mon téléphone se mettait à sonner vigoureusement.</p>
<p>Carpendar, indiquait-il. Alors que je décrochais, une pensée me traversa l&#8217;esprit rapidement. Les grenades venaient d&#8217;exploser.<br />
&#8220;Bonjour Mons&#8230;<br />
- Je n&#8217;ai pas le temps pour des politesses. Je pensais que vous étiez la meilleure ! Les piratages recommencent. Je vous veux dans mon bureau tout de suite, au plus vite. Si vous ne réglez pas le problème, vous ne trouverez plus jamais un seul client. Je vous le promets. Vous finirez au tribunal et dans 72 ans vous nous paierez encore des dommages et intérêts.&#8221;</p>
<p>Avant que j&#8217;ai eu le temps de dire un mot, rien qu&#8217;un petit mot, il avait déjà raccroché. Apparemment, ce n&#8217;était pas un bon jour pour aller se faire un ciné&#8230;
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		<title>Ep2 : Nilgor, bourreau de père en fils</title>
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		<pubDate>Thu, 21 Oct 2010 10:20:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nilgor, bourreau du roi]]></category>
		<category><![CDATA[récits]]></category>

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		<description><![CDATA[Les hivers en Ilderland sont longs, rudes et glacés. La neige tombe sans interruption pendant de nombreux mois. Les vents froids s&#8217;amusent à gifler ceux qui se risquent à sortir. L&#8217;hiver est si terrible que les loups viennent aux coins des maisons fouiller les ordures qui traînent, gelées. Et, au plus profond de l&#8217;hiver, lorsqu&#8217;il <a href='http://j-mad.com/blog/2010/10/21/ep2-nilgor-bourreau-de-pere-en-fils/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les hivers en Ilderland sont longs, rudes et glacés. La neige tombe sans interruption pendant de nombreux mois. Les vents froids s&#8217;amusent à gifler ceux qui se risquent à sortir. L&#8217;hiver est si terrible que les loups viennent aux coins des maisons fouiller les ordures qui traînent, gelées. Et, au plus profond de l&#8217;hiver, lorsqu&#8217;il fait si froid que l&#8217;air que l&#8217;on respire nous brûle la poitrine, il parait qu&#8217;alors, certaines nuits, les croquemitaines sortent de leur cachette et viennent toquer aux fenêtres des maisons, espérant qu&#8217;un petit enfant curieux leur ouvrira et qu&#8217;ils pourront le kidnapper et le dévorer.</p>
<p>IlderBourg, la capitale, n&#8217;est pas épargnée par le froid de la morte saison, bien au contraire. Perchée toute en haut de l&#8217;unique montagne du pays, elle grelotte, glacée, essayant de résister tant bien que mal aux assauts du blizzard, en attendant impatiemment le printemps. Des feux brûlent à chaque coin de rue. Des pages du Roi parcourent les rues, répandant du sel au sol pour empêcher qu&#8217;il s&#8217;y forme du verglas. Pourtant, chaque année, lorsque le printemps arrive et que les bonhommes de neige fondent, les préposés au nettoyage des ruelles se rendent compte que certains étaient en fait de pauvres hères morts de froid, gelés et recouverts de neige.</p>
<p>Le vieux Roi, lui, adore l&#8217;hiver. Le vent froid, la neige blanche et pure lui rappelle sa jeunesse et les guerres qu&#8217;il a dû mener pour protéger l&#8217;Ilderland alors qu&#8217;il n&#8217;était qu&#8217;un jeune prince. Il se promène souvent dans la cour de son château, emplissant ses poumons du parfum de l&#8217;hiver tandis qu&#8217;il lui semble entendre à nouveau les bruits des batailles de sa jeunesse, les cris d&#8217;agonie des soldats, le bruit des épées s&#8217;entrechoquant et les cris des corbeaux qui tournent au dessus du carnage.</p>
<p>Ce jour d&#8217;hiver, comme chaque jour, le Roi se promenait. Alors qu&#8217;il marchait lentement le long du chemin de ronde de sa forteresse, contemplant son royaume, son regard tomba sur la chaumière appuyée contre le mur d&#8217;enceinte Nord, la demeure et l&#8217;atelier de son bourreau. Une épaisse fumée noire sortait de la cheminée de celle-ci et des bruits bizarres s&#8217;en échappait, à intervalles réguliers, d&#8217;abord comme si deux pièces de métal glissaient l&#8217;une contre l&#8217;autre, puis un bruit sourd, puis à nouveau le glissement des pièces de métal suivi du bruit sourd.</p>
<p>Intrigué, le vieux Roi décida de rendre visite à son bourreau.</p>
<p>Lorsqu&#8217;il entra dans la chaumière de son bourreau, il comprit  tout de suite d&#8217;où provenait les bruits bizarres qu&#8217;il avait entendu de l&#8217;extérieur. Ils émanaient de la machine à découper en fine tranches les prisonniers. Deux apprentis du bourreau s&#8217;affairait autour d&#8217;elle, l&#8217;utilisant sans cesse, se servant de mannequins à la place de prisonniers. Après chaque découpage, ils prenaient des notes puis modifiaient les poids qui actionnaient les lames découpeuses.</p>
<p>Alors qu&#8217;il pensait sa curiosité satisfaite, il remarqua avec étonnement la grande hotte de métal qui chapeautait la cheminée à foyer ouvert. Cette cheminée était un élément essentiel de l&#8217;atelier du bourreau. Siégeant au centre de la chaumière, elle réchauffait la pièce et servait aux petits travaux de forge que demandait la construction des machines à torture. Enfin, elle permettait de chauffer à blanc les lames, pinces et autres instruments que Nilgor utilisait lorsqu&#8217;il pratiquait  son art dans sa chaumière. Mais, le Roi ne comprenait pas à quoi pouvait servir la grande hotte de métal. Un long tuyau noir sortait de la hotte et la reliait à une deuxième hotte placée juste au-dessus de l&#8217;établi du maître des lieux. Un des assistants de Nilgor, juché sur une espèce de monture en fer, pédalait de toutes ses forces, entraînant ainsi tout un ensemble de poulies et de câbles reliés au grand tube noir de métal.</p>
<p>Nilgor qui travaillait sur sa planche à dessin rudimentaire, se leva en sursautant et salua bien bas le Roi tout en bégayant légèrement.<br />
&#8220;Messire, quel honneur de vous avoir dans ma modeste chaumière. J&#8217;en suis ravi. Je voulais justement vous montrer les plans de ma nouvelle machine, une vraie merveille, une avancée phénoménale dans la façon de penser la tor&#8230;&#8221;.</p>
<p>Le Roi, sans attendre la fin de la tirade de Nilgor le coupa d&#8217;un geste de la main et d&#8217;un &#8220;plus tard&#8221; tranchant.<br />
&#8220;Avant de me montrer votre nouvelle création, expliquez-moi à quoi sert cette bizarre machinerie, maître bourreau&#8221;, ordonna le Roi tout en montrant la grande hotte, les tubes de métal noir, les poulies et l&#8217;apprenti qui s&#8217;échinait toujours sur ses pédales.</p>
<p>&#8220;Trois fois rien, mon Seigneur, c&#8217;est une idée qui m&#8217;est venue récemment. Voyez vous mon Roi, je suis plutôt frileux et l&#8217;hiver il m&#8217;est très difficile de dessiner des plans corrects, le froid faisant trembler mes doigts. Alors j&#8217;ai inventé ce dispositif tout simple, il recueille l&#8217;air chaud qui se trouve au dessus du foyer et l&#8217;amène jusqu&#8217;au dessus de mon établi. L&#8217;air est déplacé grâce à des hélices logées dans les tubes et qui sont actionnées par mon assistant. Invention très ingénieuse, n&#8217;est-il pas mon Roi ?&#8221;</p>
<p>Le Roi acquiesça distraitement, tandis qu&#8217;il regardait à nouveau les apprentis utiliser la  machine à découper en fine tranches les prisonniers.<br />
&#8220;Maître bourreau, que font donc vos apprentis avec cette machine ?&#8221;.<br />
Nilgor saisit une lamelle d&#8217;un des gros mannequins qui traînait par terre.<br />
&#8220;Vous vous souvenez sûrement Messire, les problèmes que nous avions eu avec la découpeuse lors de la dernière torture publique&#8221;.<br />
&#8220;Bien entendu que je me souviens,&#8221; rétorqua le Roi. &#8220;Le royaume a du dédommager les spectateurs, cela nous a coûté une fortune, nous avons même du augmenter les impôts&#8221;.<br />
Nilgor, honteux d&#8217;être indirectement responsable de la presque faillite du royaume, repris : &#8220;Je vous présente encore une fois toutes mes excuses mon Roi. Je ne pouvais prévoir que ce demi-ogre serait si gras et si gros. Il était impensable que les lames puissent ainsi se coincer a mi parcours. Pour que cela ne se reproduise plus, j&#8217;ai fait construire des mannequins de la corpulence de ce demi-ogre et mes apprentis testent la machine. Nous pourrons ainsi nous en resservir&#8221;.<br />
Le Roi qui commençait déjà à s&#8217;ennuyer hocha la tête.<br />
&#8220;Bien, très bien maître Bourreau, mais notre temps est précieux, montrez moi donc les plans de votre nouvelle machine&#8221;.<br />
Nilgor ne se le fit pas dire deux fois et s&#8217;empressa de déplier les plans sur lesquels il travaillait avant que le Roi n&#8217;entre.<br />
&#8220;Regardez Messire, l&#8217;idée est très simple, et c&#8217;est mon système de chauffage de ma planche à dessin qui me l&#8217;a inspiré. Cette machine est faite pour torturer deux gueux dont l&#8217;un des deux aura la vie sauve. Elle se compose de deux cages. Le fond de chaque cage est plongée dans de l&#8217;huile bouillante. A l&#8217;intérieur de chaque cage, il y a une plateforme sur laquelle est fixée le même mécanisme que celui-ci&#8221;. Nilgor montre alors l&#8217;espèce de monture sur laquelle un pauvre apprenti tout en sueur s&#8217;échine à pédaler.<br />
&#8220;Vous voyez&#8221;, reprend Nilgor. &#8220;La plateforme est raccrochée à une tige à dents en métal. Cette tige permet de faire descendre ou monter la plateforme grâce à cette roue à dents que vous pouvez voir. Comme vous pouvez le voir sur le plan, la roue est reliée à un contrepoids par une chaîne. Lorsqu&#8217;on lâche le contrepoids, la plateforme, et donc le prisonnier, ont donc tendance à descendre lentement vers l&#8217;huile bouillante. C&#8217;est là qu&#8217;intervient ce bizarre mécanisme à pédales ainsi que le deuxième contrepoids, lui aussi relié à la roue à dents grâce à une autre poulie. Mais alors que le premier contrepoids fait descendre la tige et donc la plateforme vers l&#8217;huile bouillante, le deuxième contrepoids lui exerce une force opposée qui a donc tendance à ralentir ou même stopper la descente.&#8221;<br />
&#8220;Mais alors Bourreau, jamais aucun des deux prisonniers ne frira et votre machine ne sert à rien, si personne ne meurt&#8221;<br />
&#8220;Vous auriez tout à fait raison Majesté, si le deuxième contrepoids n&#8217;était pas une outre pleine d&#8217;eau mais, percée. C&#8217;est là toute l&#8217;astuce. Au fur et à mesure que l&#8217;eau s&#8217;écoule, l&#8217;outre s&#8217;allège et donc ne contrebalance plus le contrepoids de pierre. Le prisonnier se rapproche alors de l&#8217;huile. Le mécanisme à pédale que peut actionner le prisonnier permet de pomper de l&#8217;eau et de remplir l&#8217;outre. Donc, si le prisonnier pédale de toutes ses forces, il pourra ralentir ou même stopper la descente de la plateforme. A ce jeu là, il y aura forcément un des deux prisonniers qui se fatiguera et qui finira par frire lentement. L&#8217;autre aura la vie sauve&#8221;.<br />
&#8220;Merveilleux maître bourreau, tout simplement merveilleux, encore une fois vous prouvez que vous êtes le meilleur&#8221;.<br />
&#8220;Ce n&#8217;est pas tout, Messire&#8221; enchaîna Nilgor.<br />
&#8220;J&#8217;ai eu une autre idée, celle de faire participer les spectateurs, vous voyez, les contrepoids sont en fait des sacs dans lesquels il y a un certain nombre de pierres. Voilà ce que j&#8217;ai imaginé, les spectateurs pourraient avoir le droit de rajouter des pierres dans le sac de l&#8217;un des deux prisonniers, celui qu&#8217;ils veulent voir être frit, cela permettrait d&#8217;impliquer les spectateurs dans la torture, je suis sûr qu&#8217;ils ador&#8230;&#8221;.<br />
&#8220;Mais vous avez tout a fait raison mon Nilgor&#8221;, coupa à nouveau le Roi. &#8220;Nous pourrions d&#8217;ailleurs faire payer les spectateurs pour cela&#8221;, continue sa Majesté.<br />
&#8220;C&#8217;est décidément une idée géniale que vous avez eu là, le royaume vous pardonne presque le fiasco du demi-ogre. Bien je vous laisse travailler maintenant, il faut absolument que cette magnifique machine soit prête pour la prochaine torture publique&#8221;.<br />
Et tandis que Nilgor retournait s&#8217;activer sur sa planche à dessin, tandis que son pauvre apprenti suait sang et eau sur ses pédales, le Roi lui, repris sa petite promenade en rêvant aux recettes de la future séance de torture.
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		<title>La cantatrice et l&#8217;assassin</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Oct 2010 18:29:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoires et écrits]]></category>
		<category><![CDATA[récits]]></category>

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		<description><![CDATA[Explication de texte : La cantatrice et l&#8217;assassin est la première nouvelle que j&#8217;ai fini, vraiment fini et que j&#8217;estime &#8216;lisible&#8217;. (si je l&#8217;ai fini, c&#8217;est peut-être parce qu&#8217;il est très court&#8230; mais bon l&#8217;important est que je sois arrivé à le finir). Je me souviens l&#8217;avoir écrit un samedi après-midi, de novembre, il y <a href='http://j-mad.com/blog/2010/10/09/la-cantatrice-et-lassassin/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4><em>Explication de texte : </em></h4>
<p><em>La cantatrice et l&#8217;assassin est la première nouvelle que j&#8217;ai fini, vraiment fini et que j&#8217;estime &#8216;lisible&#8217;. (si je l&#8217;ai fini, c&#8217;est peut-être parce qu&#8217;il est très court&#8230; mais bon l&#8217;important est que je sois arrivé à le finir). Je me souviens l&#8217;avoir écrit un samedi après-midi, de novembre, il y a quelques années, juste après une opération mineure. Je m&#8217;en souviens bien, parce que les anesthésies, même locales, me mettent toujours un peu dans le cirage et que cette petite histoire, j&#8217;en ai rêvé une bonne partie, en début d&#8217;après-midi, avant de me réveiller et de me jeter sur un stylo, pour l&#8217;écrire d&#8217;une traite.</em></p>
<p>L&#8217;assassin chercha du regard le numéro de la chambre que ses patrons .. ou ses maîtres, oui maîtres était le mot qui convenait pensa-t-il, lui avaient donné en le déposant à deux rues de l&#8217;hôtel de luxe dont il arpentait les couloirs. Il n&#8217;avait que quelques dizaines de minutes avant qu&#8217;on ne découvre son intrusion. Il devait tuer la cantatrice. Lorsqu&#8217;il avait demandé ce qu&#8217;était une cantatrice, ses maîtres lui avaient répondu qu&#8217;une cantatrice créait de la musique et de l&#8217;espoir. L&#8217;assassin ne savait pas ce qu&#8217;était l&#8217;espoir et encore moins ce que pouvait être la musique. Il trouva enfin la porte de la chambre qu&#8217;il cherchait. Tout en la crochetant, il pensa à la tulipe de sang qu&#8217;il allait tracer avec la pointe de sa lame sur la peau de sa victime. La serrure céda silencieusement. D&#8217;un bond, il entra dans la chambre, sa lame déjà dégainée et prête à tuer. La chambre était vide et plongée dans la pénombre. Seules quelques bougies et la pâle clarté des deux clairs de lune filtrant à travers les volets faisaient reculer l&#8217;obscurité. Il ferma la porte en se demandant sur quelle partie du corps de la cantatrice il dessinerait sa tulipe. L&#8217;assassin aimait les peaux jeunes et lisses, les tulipes y fleurissaient bien mieux que sur la peau des vieillards. Ses maîtres lui avaient dit que la cantatrice était jeune, l&#8217;assassin sourit. Ce soir, sa tulipe serait superbe.</p>
<p>L&#8217;assassin s&#8217;éloigna de la porte et scruta la pièce d&#8217;un long regard. Décorée de rouge et d&#8217;or, elle rayonnait la joie et la chaleur. Des valises à demi-ouvertes étaient posées sur le bord du lit bordeaux. Sur un dossier de siège, une robe de soirée attendait d&#8217;être mise. L&#8217;assassin passa ses doigts sur le doux tissu soyeux. De la lumière filtrait du dessous d&#8217;une porte. Ce devait être la salle de bain. Ses maîtres lui avaient certifié qu&#8217;elle serait dans sa chambre, la cantatrice devait donc être là. L&#8217;assassin tendit l&#8217;oreille, mais l&#8217;isolation était parfaite. Impossible de savoir ce que faisait la cantatrice. Il raffermit sa prise sur le manche de sa lame et avança doucement vers la porte, tous les sens aux aguets. Il posa enfin la main sur la poignée. Il pensait ouvrir la porte et se jeter en avant pour égorger sa cible avant qu&#8217;elle n&#8217;ait le temps d&#8217;appeler des secours. Il fit tourner la poignée et prépara sa dague. Alors qu&#8217;il allait sauter dans la pièce, la musique le stoppa net dans  son élan. La cantatrice était sous la douche, il pouvait la distinguer vaguement à travers le rideau de plastique. Mais surtout, la cantatrice chantait. De toute sa vie, l&#8217;assassin n&#8217;avait jamais entendu la moindre musique, le plus petit chant. Et là, brutalement, il entendait un chant si parfait.. qu&#8217;il en avait mal. Quelque part il le savait, des gardes avaient découvert sa présence. Ils devaient sûrement déjà être en train de hurler dans leur radio tout en courant vers cette petite salle de bain. Il le savait et pourtant il ne bougeait pas. Plus rien n&#8217;avait d&#8217;importance, plus rien d&#8217;autre n&#8217;existait que ce chant qui lui parlait, qui lui racontait sa propre vie.</p>
<p>Il entendit le chant lui parler des lacs infinis de tristesse où il s&#8217;était si souvent noyé. Il écouta le chant lui parler des déserts de souffrance que lui avaient infligés ses maîtres pour parfaire son entraînement. Le chant lui raconta les étendues blanches et infinies de solitude qu&#8217;il avait traversé tout au long de sa vie. L&#8217;assassin sentait les larmes couler sur ses joues. Ses doigts se déserrèrent et sa lame tomba au sol. Le chant continuait à lui parler et lui continuait à écouter et à pleurer. Les bruits de cavalcade se rapprochèrent et les gardes enfoncèrent la porte de la chambre qu&#8217;il avait si soigneusement refermé. Ils se précipitèrent à l&#8217;intérieur de la chambre en hurlant à la cantatrice de ne pas bouger. La cantatrice, effrayée, arrêta de chanter.  Apeurée, elle cria qu&#8217;elle était dans la salle de bain et passa la tête entre les deux pans du rideau de douche. Elle vit alors son assassin, les yeux plein de larmes, le regard perdu et rempli de douleur, son arme traînant sur le sol. Elle vit aussi les gardes faire irruption. L&#8217;assassin encore empêtré dans la puissance et la beauté du chant reprit alors quelque peu ses esprits. Il tenta de se baisser tout en ramassant son arme pour faire face aux soldats et lutter. La cantatrice vit toute la scène comme au ralenti. L&#8217;assassin se retournait lentement, un instant elle crut qu&#8217;il allait réussir à ramasser son arme et à rouler bouler jusque derrière un meuble. Mais les gardes dégainèrent et tirèrent. L&#8217;assassin reçut les tirs des lasers en plein ventre. Il crut que ses entrailles hurlaient de douleur dans son crâne. Il s&#8217;écroula, sa vie s&#8217;écoulant lentement de ses blessures.</p>
<p>Le chef des gardes s&#8217;excusa auprès de la cantatrice pour cet incident. Il lui promit que tout serait rapidement remis en ordre, qu&#8217;on allait la changer de chambre et que cela ne se reproduirait plus. Il hurla dans sa radio pour que le service de ramassage se dépêche d&#8217;arriver pour s&#8217;occuper d&#8217;un mort et qu&#8217;on envoie au plus vite des gens pour la cantatrice.</p>
<p>L&#8217;assassin, enveloppé de son linceul de souffrance tenait ses mains crispées sur son ventre déchiré. Il tourna la tête vers la cantatrice. &#8220;Chantez encore, s&#8217;il vous plaît&#8221; supplia-t-il de la voix pâteuse des agonisants. Les gardes ricanèrent en lui promettant qu&#8217;il aurait bientôt droit aux doux chants des démons de l&#8217;enfer et le chef de la sécurité lui envoya un coup de pied dans les genoux pour faire bonne figure.</p>
<p>&#8220;De là d&#8217;où je viens, on respecte les mourants et on exécute leur dernière volonté, même si ce sont des criminels&#8221; s&#8217;insurgea la cantatrice d&#8217;un ton sec et tranchant. Elle sortit de la douche et s&#8217;agenouilla dans le sang de l&#8217;assassin. Les gardes éberlués ne savaient plus que dire ou que faire. La plus grande des cantatrices, celle pour qui les princes se damneraient, celle que tous rêvaient d&#8217;entendre chanter, celle dont les chants ravissaient les foules et faisaient naître l&#8217;espoir dans des millions de cœurs. Celle-la même était nue devant eux, assise dans le sang de celui qui avait tenté de la tuer. La cantatrice prit la tête de l&#8217;assassin et la posa sur ses genoux. L&#8217;assassin ouvrit à nouveau les yeux. Il plongea son regard au fond de celui de la cantatrice qui lui caressait les cheveux et le front. Il déglutit et articula difficilement alors que du sang apparaissait déjà aux commissures de ses lèvres : &#8220;Chantez encore, s&#8217;il vous plaît, chantez encore pour moi.&#8221;<br />
La cantatrice continua à peigner les cheveux de son assassin. Les larmes coulaient maintenant sur ses joues.<br />
&#8220;Oui, je vais chanter encore une fois pour toi&#8221; répondit-elle dans un souffle. La cantatrice commença alors à chanter. Elle chanta la vie, la rougeur de l&#8217;amour et le blanc de la haine, elle chanta l&#8217;espoir, la douleur et la joie. Les gardes debout écoutaient et pleuraient submergés par la force du chant.</p>
<p>Le regard de l&#8217;assassin ne lâchait plus celui de la cantatrice, muet dialogue, muet pardon. Il écoutait le chant qui lui parlait, lui apprenait les sentiments et les émotions qu&#8217;il ne connaissait pas. Et la cantatrice chanta encore, la flaque de sang autour d&#8217;elle s&#8217;agrandissant peu à peu.</p>
<p>Pour  la première fois, alors que sa vie le quittait, l&#8217;assassin comprenait ce qu&#8217;était le bonheur d&#8217;être en vie, pour la première fois il était heureux et en paix.  Il laissa le chant lui raconter le bonheur, il laissa le chant le bercer. La cantatrice chanta jusqu&#8217;à ce que le visage de son assassin devienne froid sous ses doigts. Elle ferma alors les yeux de l&#8217;inconnu qui avait voulu la tuer. Et pour la première fois, une cantatrice pleura son assassin.
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		<title>Ep1 : Nilgor, bourreau de père en fils.</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Sep 2010 11:35:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-Mad</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nilgor, bourreau du roi]]></category>
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		<description><![CDATA[Connaissez vous l&#8217;Ilderland ? C&#8217;est un joli petit pays, perdu quelque part dans les méandres du Moyen-Âge. La capitale est nichée au sommet d&#8217;une haute et sombre montagne, qui se trouve d&#8217;ailleurs être l&#8217;unique montagne du pays. Le château du Roi, lui se dresse en plein centre de la capitale. C&#8217;est un beau et fier <a href='http://j-mad.com/blog/2010/09/30/ep1-nilgor-bourreau-de-pere-en-fils/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Connaissez vous l&#8217;Ilderland ? C&#8217;est un joli petit pays, perdu quelque part dans les méandres du Moyen-Âge. La capitale est nichée au sommet d&#8217;une haute et sombre montagne, qui se trouve d&#8217;ailleurs être l&#8217;unique montagne du pays. Le château du Roi, lui se dresse en plein centre de la capitale. C&#8217;est un beau et fier château, tout en donjons, tours de garde, remparts et minaret. Dans la cour du château, quelques petites maisons recouvertes de leur toit de chaumes sur lesquels, parfois, se réfugient poules et poulets.</p>
<p>Puisque nous parlons de chaumière, vous voyez la petite là, qui se dresse tout contre le mur d&#8217;enceinte nord, avec ses murs noircis et son toit légèrement bancal ? C&#8217;est là qu&#8217;habite Nilgor, le maître bourreau. Quelque soit l&#8217;heure de la nuit ou du jour, elle bourdonne d&#8217;activités, des bruits bizarres y retentissent, des explosions s&#8217;y font entendre, des feux s&#8217;y déclenchent, des odeurs pestilentielles s&#8217;en échappent parfois. Et lorsque par miracle le calme s&#8217;y fait pour quelques instants, on ne tarde alors pas en voir sortir Nilgor, les bras chargés de plans, courant à la recherche du Roi comme si le destin du monde en dépendait.<br />
Nilgor prend en effet son métier très au sérieux qu&#8217;il a hérité de son père que lui même avait hérité de son père et cela depuis que l&#8217;Ilderland est l&#8217;Ilderland.<br />
Nilgor est le bourreau du Roi. Lorsque c&#8217;est nécessaire, il torture et met à mort les malheureux prisonniers qui pourrissent dans les geôles du château.</p>
<p>Mais les geôles sont bien souvent désespérément vide. Alors en attendant, pour ne pas s&#8217;ennuyer, il invente de nouveaux moyens de torture, tous plus tordus, loufoques, inimaginables les uns que les autres.</p>
<p>Vous voulez mon avis à propos de Nilgor ? Mon arrière-arrière-grand-père avait coutume de dire que les maisons ressemblaient à leur propriétaire. Si c&#8217;est vraiment le cas, le plafond de la chaumière de Nilgor doit être un véritable repaire d&#8217;araignées.</p>
<p>Tenez justement, le voilà qui sort en courant de sa chaumière, apparement tout excité, venez approchons-nous&#8230;</p>
<p>En effet, Nilgor, habillé de son uniforme de bourreau courrait vers le donjon du château tenant un bizarre assemblage de métal dans ses mains.</p>
<p>&#8220;Le Roi, je cherche le Roi, laissez passer le bourreau du Roi&#8221; s&#8217;époumonait-il en courant vers la salle du trône. Le Roi s&#8217;y trouvait d&#8217;ailleurs, somnolant sur son grand trône d&#8217;ivoire et d&#8217;or rembourré de coussins. Lorsque que Nilgor entra, ou plutôt fit irruption dans la grande salle, le Roi sursauta, manquant d&#8217;en perdre sa couronne.</p>
<p>Le Roi de l&#8217;Ilderland avait tout du bon vieux Roi. Ses cheveux blancs et sa longue barbe immaculée trahissaient son âge plus que vénérable. Un  embonpoint plus que confortable et qui augmentait avec les années, suffisait à prouver son amour de la bonne chair. Et si, en ce début d&#8217;après midi, le Roi somnolait sur son trône, c&#8217;était parce qu&#8217;il digérait lentement le dernier festin qu&#8217;il venait à peine de finir d&#8217;engloutir.</p>
<p>Le Roi se redressa, remettant sa couronne d&#8217;aplomb et tout en baillant à moitié, s&#8217;adressa à Nilgor d&#8217;une voix passablement endormie. &#8220;Oui, maître bourreau ?&#8221;</p>
<p>Le Roi aimait bien Nilgor. C&#8217;était en effet grâce à Nilgor que le royaume était aussi prospère. Grâce à Nilgor que le Roi avait pu s&#8217;offrir son magnifique trône. La réputation de son maître bourreau avait en effet franchi les frontières du pays. Elle était allée même bien plus loin, traversant pays après pays, jusqu&#8217;à, mais cela n&#8217;était sûrement que rumeurs d&#8217;ivrognes, ce qu&#8217;elle rebondisse contre les bords du monde. Des dizaines et des dizaines de touristes se pressaient à chacune des exécutions publiques de l&#8217;Ilderland espérant pouvoir admirer la nouvelle machine à torturer que Nilgor n&#8217;avait pas manqué de construire. Et qui dit touristes dit argent, dépenses, souvenirs, achat de petits cadeaux. Des boutiques de souvenirs n&#8217;avaient d&#8217;ailleurs pas tardées à fleurir partout dans la ville. On y vendait des modèles réduits de machines à tortures, des plans, des maquettes, des poupées Nilgor, des oreillers, des tableaux dédicacées et que sais-je encore.  Et à chaque fois qu&#8217;un touriste achetait un souvenir, louait une chambre, s&#8217;offrait un repas, une partie de son argent, grâce à la magnifique invention qu&#8217;était les impôts, se retrouvait dans les coffres du Roi. Alors oui, le Roi adorait son maître bourreau. Il l&#8217;adorait tellement qu&#8217;il lui pardonnait même les multiples entorses à l&#8217;étiquette que Nilgor ne manquait pas de faire. Que voulez-vous, on ne tue pas la poule aux oeufs d&#8217;or.</p>
<p>Nilgor après une rapide révérence, tellement râtée qu&#8217;elle en aurait fait se pâmer de honte un courtisan professionnel, s&#8217;approcha du Roi, donnant des explications d&#8217;une voix surexcitée.</p>
<p>&#8220;Vous voyez, Majesté, après le repas, j&#8217;adore manger une fine tranche de fromage sur du pain. Et comme je suis assez gourmand, j&#8217;en mange toujours deux. Mais c&#8217;est vraiment difficile de couper une fine tranche de fromage, une tranche dont l&#8217;épaisseur ne varie pas et qui soit suffisamment longue pour recouvrir le pain.&#8221;</p>
<p>A ce moment, Nilgor sortit un pavé d&#8217;emmental d&#8217;une quinzaine de centimètres de long, d&#8217;une demi douzaine de largeur et d&#8217;épaisseur, mimant le geste consistant à couper une longue lamelle d&#8217;un peu moins d&#8217;un demi-centimètre d&#8217;épaisseur.</p>
<p>&#8220;Vous voyez ?  C&#8217;est presque impossible de faire une belle tranche, et ça m&#8217;a toujours empêcher de pleinement déguster mon fromage&#8230;&#8221;.</p>
<p>Le Roi, ne comprenait pas vraiment ce que lui racontait son bourreau, commençait à s&#8217;impatienter et à se dire qu&#8217;il n&#8217;arriverait jamais à se rendormir&#8230;</p>
<p>&#8220;Soit, soit, mon maître bourreau, mais en quoi cela concerne votre Roi ?<br />
Venez-en au fait que diable !&#8221;</p>
<p>Nilgor s&#8217;empourpra, puis continua.</p>
<p>&#8220;Vous allez comprendre Majesté, regardez. Pour résoudre mon problème, j&#8217;ai inventé une machine découpeuse de tranches de fromage. Et comme je suis gourmand, elle coupe deux tranches à la fois&#8221;</p>
<p>Nilgor s&#8217;approcha un peu plus du Roi,lui montrant le bizarre assemblage qu&#8217;il tenait contre lui. La machine, si on pouvait l&#8217;appelait ainsi était en fait très simple, deux espèces de C de fer se faisaient face. Les C étaient reliés par quatre tiges filetées de métal. On rapprochait les C de fer l&#8217;une de l&#8217;autre en vissant des écrous qui se trouvaient sur les tiges. Si on serrait les écrous au maximum, on se retrouvait donc avec un parallélépipède. Sur les parties horizontale des C, on pouvait distinguer une petite rainure, se trouvant à peu près à un demi centimètre de la partie verticale du C de fer.</p>
<p>&#8220;Regardez Majesté, je place le fromage entre les mâchoires de ma machine, je serre avec les écrous jusqu&#8217;à ce que le fromage soit coincé et ensuite&#8230;&#8221;.</p>
<p>Nilgor sorti deux lames de fer qu&#8217;il plaça dans les rainures et qu&#8217;il fit glisser ensuite dans celles-ci, coupant deux tranches parfaites de fromages.</p>
<p>&#8220;Et voilà, j&#8217;obtiens deux magnifiques tranches de fromage, et cela quelle que soit l&#8217;épaisseur de départ de mon bout de fromage, n&#8217;est-ce pas magnifique Majesté ?&#8221;</p>
<p>Le Roi qui ne comprenait maintenant plus rien et qui commençait à s&#8217;ennuyer ferme, s&#8217;énerva un peu plus.</p>
<p>&#8220;Vous gagnez toutes mes félicitations pour votre invention cher maître bourreau, mais en quoi cela justifie-t-il que vous dérangiez votre Roi ? Vous auriez du montrer cela à mon chef cuisinier.&#8221;</p>
<p>Nilgor s&#8217;empourpra un peu plus.</p>
<p>&#8220;Je suis désolé d&#8217;abuser ainsi de votre temps mon cher Roi, mais si je viens vous parlez de ma toute petite invention, c&#8217;est parce qu&#8217;il m&#8217;est apparu tantôt, tandis que je me coupais deux tranches de fromage, que nous pourrions construire une machine bien plus grande, et qu&#8217;à la place de fromage nous pourrions découper un supplicié en tranche, toutes fines, jusqu&#8217;à ce que mort s&#8217;en suive, qu&#8217;en pensez-vous mon Roi ? Si vous m&#8217;en donnez la permission j&#8217;aimerais construire tout de suite la machine pour pouvoir l&#8217;utiliser dès que possible&#8221;</p>
<p>Le Roi, réprima un frisson, imaginant la chose, se disant une fois de plus que son maître bourreau était complètement fou&#8230;</p>
<p>Puis le Roi pensa à tout l&#8217;argent qu&#8217;allait rapporter la prochaine torture publique et il sourit à Nilgor.</p>
<p>&#8220;C&#8217;est vraiment une idée géniale que vous avez eu mon cher maître bourreau, vous avez bien entendu mon autorisation, construisez la machine aussi vite que possible. Je suis sûr qu&#8217;elle enthousiasmera les foules qui viendront assister à votre office.&#8221;</p>
<p>Et tandis que le Roi continuait tranquillement sa sieste, rêvant de trône et de festin, Nilgor tout joyeux, rempli du sentiment du devoir bien fait, commençait à construire sa découpeuse de suppliciés.
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